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- Les Vallées du Clain et de ses affluents

 
 
I. L'AMBIANCE PAYSAGERE
II. DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE DE LA VALLEE DU CLAIN ET DE SES AFFLUENTS

I. L'AMBIANCE PAYSAGERE
 


      I.4.ANALYSE PAR MOTIFS


           Relief et roches

C’est pour l’essentiel le relief qui détermine les sites et les caractères des vallées, selon les roches traversées. Un phénomène lié à la position de seuil géologique voit se succéder, dans la partie ouest, les roches anciennes et les roches sédimentaires, aux flancs des coteaux et au fond du lit des rivières elles-mêmes : chaos granitiques en amont (avec les magnifiques groupes de Bois Pouvreau), parois de calcaire en aval (falaises de Poitiers). Il n’est pas rare de voir en même temps des découpes calcaires aux parois des vallées, tandis que les rochers granitiques animent le cours de la rivière (Ligugé). Les falaises, qu’elles soient granitiques ou calcaires, représentent (au moins potentiellement) un fort degré de pittoresque. Ceci est très important à l’échelon régional dont le territoire est marqué par les grandes plaines horizontales. Par contrepoint, les verticales des falaises instaurent un contraste déterminant, un des seuls dont les paysages régionaux peuvent se prévaloir. Elles restent cependant souvent négligées comme motifs de paysage, tel qu'autour de la gare à Poitiers. C’est ainsi que, quand le relief s’évase et que disparaissent les motifs de découpe, les vallées perdent une grande partie de leur intérêt paysager.


           Eau

Pour la vallée du Clain et de ses affluents, l’eau est bien évidemment inscrite au centre des « tableaux », des images et des paysages. Elle s’y inscrit aussi comme phénomène dans le temps : l'eau du Clain provoque des inondations, parfois violentes, comme en 1982. Les voies de chemin de fer de la gare, recouvertes d'eau, ont alors rappelé leur situation en fond de vallée…


           Végétation

Elle se manifeste sous des formes très diverses, ce qui contribue à la variété des paysages rencontrés. Les différents motifs de la végétation s’étagent depuis les rives des cours d’eau jusqu’au rebord des coteaux, organisent une concentration des motifs sur une même entité de lieu. Mais ils jouent également, trop souvent, le rôle d’écrans qui interdisent d’apprécier totalement cette même qualité. La végétation propre des rives, très riche quand elle n'est pas éliminée par le recalibrage, s’organise en bandes de ripisylves plus ou moins épaisses et denses selon les situations. Elle peut isoler dans un couloir l’espace même des rivières, mais aussi organiser de belles fenêtres qui mettent en scène la présence de l'eau. Lors des franchissements, c’est souvent la vigueur de cette végétation qui s’impose au détriment d’une vision de l’eau. La matière spécifique des saules et des aulnes, la fraîcheur des iris et des joncs, suscitent des scènes très plaisantes directement associées à l’eau. Dans les fonds de vallée, les prairies, les peupleraies et les cultures se succèdent selon les profils, et conditionnent largement l’ambiance proposée : prairies recoupées de haies dans le bocage, vallées de plus en cultivées vers l’aval. La possibilité de percevoir les éléments qui composent l’entité paysagère « vallée » est très variable selon que le fond est dégagé ou non. Les sites remarquables offrant la possibilité de « lire ensemble » (c’est à dire de percevoir un paysage) l’eau, les berges, les coteaux jusqu’au ciel, sont rares ou insuffisamment identifiés hors agglomération. Autour des villes, le contact entre le fond de vallée et le coteau est le lieu privilégié des jardins. Ils trouvent là des sites motivants, associant : dégagement visuel, étagement de terrasses et autres talus. Ailleurs, les pentes accueillent tantôt des cultures ou des prairies (de plus en plus rares), tantôt des bois (qui souvent apportent une « conclusion » au paysage de vallée en en fermant l’horizon), voire des vignes et des vergers, sinon des friches à des stades divers résultant des difficultés de gestion des terres en pente. Les coteaux offrent un formidable potentiel de variété végétale par la succession des sols (granitiques ou calcaires), par les multiples types d’exposition à la lumière, à la pluie et à la chaleur... A ces variations s’ajoutent celles des modes de gestions. Les prairies, pâturées ou fauchées, assurent la présence végétale la plus riche sur ces sites (les orchidées sur les stations calcaires exposées au sud restent un symbole de cette potentialité). Le climat relativement doux du secteur implique une variété renforcée, et permet d’observer des stations de végétation méditerranéenne sur les versants sud et de stations septentrionales sur les versants à l’ombre. Les paysages des vallées concentrent alors, en sus de toutes les autres condensations de motifs paysagers (relief, roche, eau...), la rencontre végétale du sud et du nord de la France, trait spécifique de la région.


           Motifs construits

Sur ce thème à nouveau, les vallées rassemblent une exceptionnelle richesse. L’eau suscite un patrimoine bâti très largement impliqué dans la composition des images de paysages. Pour rester dans une logique picturale, ces éléments construits forment les fabriques qui animent les tableaux ou les photos. Les ponts, les moulins, les barrages, les manoirs, les fermes et les châteaux ponctuent le cours des vallées, associés à l’eau dans leurs rapports d'espace et d'usage. Ces bâtiments portent aussi, plus fortement que les formes végétales, la mémoire des usages anciens, en particulier les moulins. De même, les châteaux situés sur les sites défensifs rappellent l'implication des vallées dans l'histoire. A ce patrimoine de « fabriques » s’ajoutent les agglomérations elles-mêmes. L’accès à l’eau, le contrôle des franchissements, les sites défensifs sculptés par le relief, ont motivé leur implantation, et les vallées voient se succéder la grande majorité des localités de la région. Chacune d’entre elles occupe un « site » spécifique, un événement particulier du relief et du cours d’eau, souvent concentré par une position défensive et un franchissement qui forme le « noyau paysager » où se concentre le patrimoine bâti. Celui-ci, châteaux et centres anciens, forme avec les éléments naturels des compositions très typiques, autour desquelles les villes ont progressé. Elles débordent parfois les limites du site initial d’implantation, ce qui occasionne souvent des difficultés de lecture des rapports entre tissu urbain et éléments naturels. Ainsi, lorsque la silhouette du bâti vient se superposer au devant du contact initial (falaise, bois) ou bien envahir le fond de la vallée et s’interposer dans la lecture des flancs de vallée, des ruptures paysagères parfois irrémédiables apparaissent… L'ensemble des vallées du Clain et de ses affluents accueille de nombreuses localités. Sur le Clain : Poitiers, bien sûr, et toute l'urbanisation associée au Futuroscope entre la capitale régionale et Châtellerault. En amont, Ligugé, Iteuil, Vivonne, Sommières du Clain ponctuent le cours de la rivière. Nouaillé-Maupertuis est inscrit dans le cours du Miosson, Gençay dans celui de la Clouère, Couhé dans celui de la Dive, Lusignan et Ménigoute dans celui de la Vonne, Vouneuil dans celui de la Boivre, Ayron dans celui de la Vandelogne. La vallée de l'Auxances abrite Nanteuil, Migné, Quinçay, Périgny, Vouillé, Latillé, et semble la vallée la plus touchée par le phénomène d'urbanisation lié à l'influence de Poitiers. Les principales agglomérations sont donc inscrites sur le cours des rivières, même si certaines d’entre elles ont désormais largement débordé de leur site initial. Certaines viennent alors entretenir de nouveaux rapports avec d’autres paysages (plateaux) de manière plus ou moins heureuse. D’autres continuent à se déverser sans composition dans les vallées elles-mêmes, envahissant les coteaux et les fonds. La présence d’une population nombreuse dans les vallées confirme aujourd’hui notre attrait collectif, mais aussi la fragilité de ces paysages ; elles concentrent véritablement les enjeux de cadre de vie les plus forts.


           Motifs des réseaux

Les routes et chemins marquent eux aussi les paysages de vallées, ainsi que les motifs de franchissement des ponts, des viaducs, parfois des gués. Les routes et les parcours qu'elles proposent permettent plus ou moins, selon leur position, de ressentir la vallée, soit en suivant son cours, soit en le dominant. Mais cette jouissance reste liée à l'existence de points de vue, souvent obnubilés par la végétation ou d'autres obstacles. Les franchissements donnent une occasion de considérer les vallées, tout en s'inscrivant comme fabrique dans les scènes paysagères. Mais ils peuvent aussi en briser l'harmonie : là où le viaduc peut sublimer l’espace de la vallée, les remblais en cassent la continuité, et les entailles dans les coteaux éventrent les limites de son espace. Aujourd’hui, l’appréciation des paysages, en tant que loisir, passe par la promenade et la randonnée. La qualité paysagère d’un site se mesure ainsi en grande partie aux possibilités, offertes par les chemins, d’accéder et de voir les espaces.

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Quelques croquis (auteurs CASSINI, C. DOLLFUS-AMMOUR, paysagistes):   Croquis 1 : cliquer pour le voir    Croquis 2 : cliquer pour le voir


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