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- La Gâtine de Parthenay

 
 
I. L'AMBIANCE
II. DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE EN GATINE ET BOCAGE BRESSUIRAIS

I. L'AMBIANCE
 


      I.4. ANALYSE PAR MOTIFS


           Relief et roches

Le caractère du paysage de la Gâtine est d’abord défini par la présence du bocage, mais il est complété par le système du relief et des eaux, qui forme ici un ensemble cohérent de nombreux vallons orientés dans toutes les directions. Le relief est ici doucement chahuté, mais chahuté tout de même. Il définit un tissu régulièrement mouvementé, même si l’ampleur des mouvements reste modérée. On notera bien sûr l’altitude de ces terres granitiques, dernier avatar du Massif armoricain : avec 272 m, le Terrier du Fouilloux forme le point culminant des Deux-Sèvres. Le granite se présente parfois au flanc des vallées, sous la forme de falaises ou tout au moins de pans de rochers. Mais la forme la plus frappante, et spécifique de la région, est celle des chaos de granite, boules curieuses qui ponctuent les prairies, et forment des paysages étranges, excitant le versant fantastique de l’imaginaire : la tradition leur attribue ainsi fréquemment des pouvoirs magiques et des sortilèges.


           Eaux

Il pleut beaucoup sur ces terres hautes proches de l’océan, et la Gâtine est aussi associée à un château d’eau. Les paysages se présentent ainsi fréquemment sous la pluie, et il arrive même que l’on ait l’impression de se trouver à l’intérieur même d’un nuage. Les terrains imperméables n’absorbent pas l’eau, qui coule en une multitude de ruisseaux, dont la densité et les orientations multiples permettent de différencier ce secteur de ses voisins au sud et au nord. Les paysages des petites et multiples vallées ne laissent cependant pas l’eau des rivières si apparente : le réseau des écrans boisés, haies, ou peupleraies, et l’absence de voirie, la gardent camouflée aux regards. On perçoit plus aisément le relief des vallées, qui occasionne des scènes paysagères, assez fréquentes, dans lesquelles on peut deviner le cours des ruisseaux. Le régime des pluies n’est cependant pas équitablement réparti dans l’année : l’eau manque en été. Dans cette région d’élevage, chaque ferme a besoin de sa mare, et l’histoire regorge de querelles, parfois violentes, provoquées par les besoins en eau des hommes et du bétail. Cette circonstance a suscité d’importants travaux hydrauliques de retenue des eaux, des barrages ont créé les paysages singuliers des « lacs de bocage ». Pour citer un exemple, l’étang du Bois Pouvreau, près de Ménigoute, associe dans un ensemble de très grande qualité, le plan d’eau, les magnifiques chaos granitiques de l’ancienne vallée, et le bocage que l’on peut lire sur les flancs alentours. D’autres plans d’eau ne sont pas forcément aussi beaux (la Touche Poupard, ou le Cébron, ne présentent pas autant d’intérêt, notamment par l’absence de chaos), mais ils restent néanmoins des motifs qui « cristallisent » le paysage du bocage. Le plan d’eau crée en effet un espace de référence et un dégagement visuel, qui rejoint d’ailleurs l’archétype des compositions paysagères romantiques hérité de la référence des lacs de montagne. En outre, ce dégagement et ce premier plan de qualité permettent de lire et de valoriser les coteaux sur lesquels le bocage étend son écriture de haies. On peut cependant remarquer que la « mise en scène » paysagère de ces ouvrages, en particulier les rives ou l’impact des digues de retenue, pourraient être améliorées par une meilleure composition.


           Végétation

C’est le motif primordial du bocage, dont la haie constitue tant l’emblème que le principal élément de structuration de l’espace, et aussi l’essentiel des motifs visibles. La densité du réseau des haies va donc singulièrement déterminer l’ambiance des secteurs de bocage. Mais il faut également rappeler à quel point la position, la composition des haies et leur mode d’entretien sont importants pour déterminer la perception des paysages. Le degré d’opacité, la position vis à vis des routes et chemins, conditionnent la visibilité des territoires. Il y a par exemple une grande différence entre les haies opaques sur toute leur hauteur, et les haies qui associent une haie basse taillée sous une futaie, qui restent présentes pour assurer l’identité du bocage, et autorisent des vues dont elles forment un premier plan de grande qualité. Rappelons le charme des barrières en bois qui s’ouvrent sur les champs, qui forment des scènes simples et pleines de charme, assez emblématiques de ce type de paysage (c’est par exemple la couverture du fascicule La clé des champs). Certains pensent à ce propos que leur forme indique une appartenance au Bocage (2 vantaux) ou la Gâtine (1 vantail). Mais cette forme, pourtant impliquée dans les rares « tableaux » de ce type paysager, tant à être remplacée par de sévères et fonctionnelles barrières métalliques. La composition végétale et l’entretien vont aussi déterminer la matière végétale, les floraisons, la richesse floristique des motifs (on dit qu’une haie s’enrichit tout au long de son existence, et que les plus belles sont plusieurs fois centenaires). Enfin, le bocage présente depuis fort longtemps des types de composition floristique, formés avec les végétaux adaptés au climat, au sol, aux fonctionnalités des haies, largement inscrites dans le regard de chacun. Quand les gammes végétales s’en écartent, comme les haies de résineux aux abords des villages, il n’est plus possible de les associer au réseau général, dont le caractère de continuité rurale se trouve alors brisé. Ici, le chêne domine les haies de sa silhouette et de sa belle matière… mais cette étude ne saurait être aussi complète que les importants travaux d’inventaire et de plantations effectués, de longue date, par l’association Prom’Haies et ses partenaires, auxquels on se référera très utilement. Cette étude, menée à l’échelle de la région tout entière, ne permet en effet malheureusement pas de détailler l’analyse du réseau des haies, qui nécessite, pour une bonne prise en compte de ses caractéristiques paysagères, des études fines, à l’échelle de la commune. Le réseau de haies est complété par quelques bosquets et massifs forestiers, parmi lesquels les principaux occupent les positions de crête : Massifs de Secondigny, de l’Absie et de Chantemerle sur les hauteurs dominant l’entre-plaine-et-Gâtine, Saisine et Meilleraye au sud de Parthenay, Magot et Roux à l’est de la même ville, et les bois d’Armailloux et de Bressuire. On note également de nombreux vergers, (et le mouvement semble devoir progresser, comme en témoignent les encouragements de l’opération paysage de reconquête) notamment dans la région de Secondigny et Vernoux en Gâtine, qui apparaissent parfois quand ils ne sont pas inscrits dans le réseau de haies. D’un point de vue strictement paysager, la forme des vergers n’est pas forcément celle de la prairie plantée de fruitiers en plein-vent : on rencontre des formes plus modernes, adaptées aux techniques actuelles de traitement et de récolte, de grands cordons taillés comme des vignes, ou de sujets greffés très bas, formant une matière hirsute à hauteur d’homme, où le sol n’apparaît pas. Ces formes n’ont pas encore été fortement représentées, l’œil des néophytes ne les connaît pas encore très bien et peut avoir du mal à les intégrer à comme schéma (modèle) de campagne. Enfin, l’herbe des prairies elle-même, contribue à former l’ambiance du bocage : elle se marie avec la matière des haies pour organiser des scènes pastorales qui forment « l’essence » paysagère du secteur, et que co
           Motifs construits

Le bocage fait contraste avec la plaine par son réseau de haies, mais aussi par la répartition du bâti : aux villages fortement regroupés de la plaine s’oppose la dispersion des établissements humains. Les petites unités de ferme et des hameaux, les châteaux et les manoirs isolés, forment une poussière bâtie très caractéristique. Le cloisonnement de l’espace, qui fragmente la perception en petites unités, camoufle une grande partie des établissements protégés des regards par le réseau dense des haies… Ceci permet aux volumes des stabulations ou aux industries dispersées, de rester le plus souvent cachés derrière les écrans du bocage. Pour les mêmes raisons, quand un bourg ou un village apparaît, ce n’est pas au loin : le système bocager fait subitement place à quelques rues, et se referme ensuite aussi vite. Du nord au sud, l’architecture utilise le matériau des roches de granite et de schiste. Mais si le paysage agricole reste affilié aux ambiances armoricaines, les toitures ne tardent pas à manifester, par l’utilisation progressive de la tuile canal, l’appartenance au Sud. Bressuire et Parthenay forment les principales agglomérations, auxquelles se réfèrent les sentiments d’appartenance au Bocage pour Bressuire, et à la Gâtine pour Parthenay. Chacune est inscrite dans un site de vallée : le Dolo pour Bressuire, le Thouet pour Parthenay (voir fiche Thouet). Le développement des villes au XXe siècle a bien sûr fait déborder la matière urbaine de leurs sites initiaux, et l’influence des agglomérations sur les paysages du bocage se fait maintenant sentir assez largement le long des routes. Comme c’est le cas pour les villages, la matière des entrées des villes met brusquement fin à celle du bocage. Les haies de thuyas des zones pavillonnaires prennent la place des haies champêtres, et l’influence paysagère du bocage disparaît assez vite au profit de paysages périurbains assez banals. L’appartenance des agglomérations au systèmes bocagers environnants n’est pas perceptible sur le plan paysager. Les transitions spatiales villes (voire bourgs)-campagnes laissent plutôt l’impression de parenthèses urbaines dans le tissu bocager, plutôt que celle de véritables agglomérations du bocage.


           Motifs des réseaux

La dispersion du bâti, ainsi que l’ancienneté du parcellaire, durabilisé par la fixité des haies, conduisent à un réseau dense de petites routes et d’innombrables chemins, aux parcours pas toujours directs, qui contribuent au sentiment d’enfouissement que procure le bocage. Par contraste, les routes récentes semblent appartenir à un autre territoire. Les chemins creux, bordés de haies établies sur des levées de terre, recouverts par la frondaison des arbres, forment un des motifs les mieux marqués du bocage, très apprécié par les randonneurs par temps chaud. Quant aux routes, elles occasionnent une certaine frustration : les haies qui les bordent sont le plus souvent entretenues à l’économie, taillées verticalement sans transparence, et ne présentent que trop peu d’échappées visuelles sur les scènes du bocage… Quand il en apparaît une, la route trop étroite ne permet pas de stationner pour en jouir. De même, l’articulation avec les chemins, qui existent pourtant, ne se fait pas d’une façon très lisible. L’étude d’inventaire n’a pas permis d’explorer tous les chemins du secteur, mais une tentative aux bords du Thouet a fait apparaître la difficulté d’en trouver le contact depuis le réseau routier. En effet, la faible présence paysagère de la rivière, du fait notamment d’un environnement végétal très touffu, crée l’impression d’une inaccessibilité presque générale de la rivière par les chemins. Par contraste, la satisfaction paysagère est réelle, quand une haie taillée sous la hauteur des yeux et surmontée de beaux chênes, forme le premier plan des vues sur les parcelles. L’entrée d’un champs, par exemple, constitue un épisode pittoresque capital dans la « mise en scène » générale du paysage de bocage.

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Quelques croquis (auteurs CASSINI, C. DOLLFUS-AMMOUR, paysagistes):   Croquis 1 : cliquer pour le voir    Croquis 2 : cliquer pour le voir


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