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500 - Terres boisées
Méthode d'inventaire et d'identification des paysages


En forêt de Chizé le paysage particulier d'une zone de régénération.
Dans la forêt de production, les travaux de foresterie organisent aussi le paysage.

 

Les ambiances de pins et de lande démarquent le massif forestier de la Double saintongeaise des autres massifs de la région.

 

Les routes forestières composent l'essentiel des visions des grands massifs, droites comme le trajet de la lumière, et forment les perpectives "classiques" à l'intérieur de la matière boisée.

Les terres boisées regroupent tous les secteurs qui, à l'échelle régionale, créent des effets de transition paysagère entre d’autres secteurs bien identifiés (entre plaines et vallées, au contact de plaines vallonnées ou de terres viticoles). C’est donc ici la présence répétée de l'arbre dans le paysage -en massifs, bois ou bosquets- qui en détermine l’identité. Bien que les descriptions dans les ouvrages sur la région et les observations sur le terrain permettent d’identifier et de localiser ces secteurs assez précisément, la réalité des terres boisées repose à la fois sur des dimensions historiques, géographiques, culturelles parfois relatives.

La "marche boisée", en particulier, ne l'est plus que partiellement. A l'échelle de la région, il reste cependant important de révéler le rôle de frontière qu'elle a joué et joue encore entre le Poitou et les Charentes. D'autres forêts sont en revanche associées au littoral...

Ces types de paysages concernent environ 10% du territoire régional et comprennent les secteurs suivants :

CES TYPES DE PAYSAGES
COMPRENNENT LES SECTEURS SUIVANTS :

    - la "marche boisée"

    501

      - le pays de karst

      502

        - le pays d'Horte

        503

          - les côtes de l'angoumois

          504

            - les collines de Montmoreau

            505
            - le petit angoumois
            506
            - la double saintongeaise
            507
            - les bois et forêts de la Landes
            (citée en 206, 404, 405)
            508

            L'AMBIANCE PAYSAGERE
            Les représentations : les modèles littéraires, picturaux...
            La perception sensible des terres boisées
            Les terres boisées dans le contexte régional
            L'analyse par motif
            s

            LES DYNAMIQUES
            ET ENJEUX DE PAYSAGE

            Les principales dynamiques des terres boisées
            Le diagnostic paysager
            Les mesures en cours
            Quelques boîtes à idées


            I -L'AMBIANCE PAYSAGERE
             
            I1 - LES REPRESENTATIONS : les "modèles" littéraires, picturaux…
              


            Les forêts sont très souvent porteuses d'un imaginaire fort, entretenu de génération en génération par les contes : Pierre et le Loup, le Petit Chaperon Rouge, le Petit Poucet, pour ne citer que ceux-là.

            Les représentations mentales de la "marche boisée" sont quant à elles rattachées à l’histoire de la région. Lors du peuplement celte, deux grands groupes se sont partagé le territoire : au nord les Pictons, (Poitiers et le Poitou) et au sud les Santons (Saintes et la Saintonge). Entre les deux territoires, une zone de " marche ", éloignée des centres de diffusion des peuplements, reste moins défrichée. La vaste forêt d’Argenson s’étendait du golfe des Pictons jusqu’en Dordogne. Il en reste aujourd’hui une vaste série de massifs plus ou moins étendus, qui marque toujours le territoire régional, située aux limites des départements poitevins et charentais. Cette très ancienne mémoire inscrite dans les territoires contribue fortement à la figure régionale, et vient doubler le seuil du Poitou qui marque au plan national la frontière entre le nord et le sud. Elle est affirmée par la présence de mégalithes (pourtant bien antérieurs aux peuples celtes) et de sites moyenâgeux en ruines : prieurés, chapelles. Les paysages du secteur ne sont pas fortement représentés. Cependant, la présence de la réserve nationale de chasse de faune sauvage à Chizé est inscrite dans l’imaginaire, et permet d’associer mentalement la forêt avec l’idée d’une "première nature", même si celle-ci tient à des objectifs scientifiques. Le zoorama, associé à la réserve, permet au public d’approcher cette identité et motive la diffusion d’images de la forêt par le biais des publications touristiques.

            Le pays du karst et sa forêt de la Braconne réputée pour ses fosses et ses gouffres, contiennent tout autant d'imaginaire : "Ici règne la forêt, cette légendaire Braconne" A lui seul le mot "gouffre" éveille déjà l'imagination. La toponymie elle-même témoigne de la fascination qu'ont fait naître les gouffres, grottes, pertes de rivière et résurgences qui truffent la région : "Fosse Mobile", "Four du diable", "Fosse de la Femme Morte"... Un dépliant touristique, réalisé par l'Office National des Forêts et la commune de Brie sur la forêt de la Braconne, évoque les légendes qu'ont fait naître ces lieux dangereux ou simplement mystérieux : le Diable et ses vaines tentatives pour acheter des âmes (légende de la Grande Fosse), Dieu punissant un parricide (légende de la Fosse Mobile) ou l'existence d'un immense lac souterrain sous la forêt de la Braconne (croyance renouvelée par la publication, fin XIXe, du roman "les Brigands de la Braconne").

            D'autres terres boisées aspirent au calme, à la tranquillité, au bucolique.

            "Le pays d'Horte présente un visage paisible et rassurant, un peu secret par endroits. Annonçant le Périgord, il semble vouloir attirer le marcheur, le curieux de préhistoire, l'amateur d'églises et de châteaux, le pêcheur aussi, avec ses cours d'eau poissonneux." Le Guide Bleu présente ainsi ce secteur sur lequel, par ailleurs, les peintres ou les écrivains ne semblent pas s'être penchés. Il n'est guère représenté non plus dans les dépliants touristiques.

            Pour les côtes de l'angoumois, si ce secteur peut être caractérisé par la densité de ses boisements, on retient ­paradoxalement­ les paysages de ses vallées. C'est le pittoresque de leurs falaises, de leurs rivières aux eaux claires et des moulins installés sur leurs rives qui incite l'habitant d'Angoulême et de ses environs à s'y rendre. Ce sont de véritables "portes" ouvertes sur une campagne encore bucolique, au contact de l'agglomération. On retrouve ainsi, à l'échelle d'un unique secteur, un phénomène qui caractérise la région, à savoir la capacité des vallées à constituer de véritables lieux emblématiques.

            Pour ces secteurs, il apparaît souvent de grandes disparités dans les descriptions, notamment écrites (exemple : collines de Montmoreau). D'autres, qui souffrent d'un déficit de représentations, se raccrochent (mentalement) à des secteurs proches, sans avoir quoi que ce soit de commun du point de vue paysager (exemples : le petit angoumois avec Angoulême, la double saintongeaise avec les coteaux du Lary).

            Si l'idée d'une terre de transition est récurrente pour le secteur des collines de Montmoreau, les impressions de paysage aride et sauvage que décrit Alfred de Vigny (*) n'ont rien à voir avec ce qu'énonce le Pays : "une clarté océane, un rayonnement ambré qui estompent les contours et fondent les couleurs par touches de douceur", "des pierres qui renvoient la lumière, un village autour du clocher, des vignes ordonnées, des bois épars, des vallées primesautières : un petit air aquitain vient réchauffer le souffle antique" dit un prospectus touristique du Sud-Charente.C'est un pays riche d'histoire, un terroir fécond, où de colline en colline, les clochers d'église s'inscrivent "en point d'orgue du paysage" pour constituer l'archétype même d'un paysage de campagne tranquille, dont l'ordonnancement a traversé les âges.

            Le petit angoumois quant à lui, souffre d'un déficit de représentations, tant littéraires qu'iconographiques. Son nom le raccroche à Angoulême, dont il semble pourtant fort éloigné par son aspect très rural, calme et un peu hors du temps. Il est à peine cité par les guides touristiques, qui l'assimilent parfois à la double saintongeaise, l'incluant de fait dans cet ensemble boisé ­double saintongeaise d'une part, double périgourdine de l'autre­ installé en symétrie de chaque côté de la vallée de la Dronne. Il est présenté ainsi comme une terre de transition et, pour citer le Guide Bleu, "une terre de confins" un peu austère.

            Les prospectus touristiques, associant dans un découpage cantonal la double saintongeaiseet les coteaux du Lary, les présentent comme une région "loin des outrances des grandes cités" et..."près de tout" : "la Côte de Beauté, les chais de Cognac, le Périgord et le vignoble bordelais"... Un lieu de vacances paisible, où l'essentiel est de s'adonner à la douceur de la campagne, de s'imprégner de la "vrai ruralité", en rencontrant "les gens d'ici", en découvrant la cuisine et les coutumes régionales. Le nom de "lande saintongeaise", qui est aussi attribué au secteur de la Double, en procure une image plus sauvage, atténuée cependant par la description d'une forêt "aimable, à la spontanéité retenue", où l'on ne trouve "nul animal dangereux, nul précipice vertigineux". L'antithèse en somme des terribles forêts de Chizé -avec ses animaux sauvages- et de la Braconne, avec ses gouffres dangereux et maléfiques ! Le secteur de la Double a en commun avec les secteurs voisins son appartenance saintongeaise : le terme de Haute Saintonge, tout en le situant à la marge de l'ancienne province, le rattache à cet ensemble, sur fond d'histoire et de culture commune. Symétrique de la double périgourdine, il est comme son miroir saintongeais.

            Les représentations graphiques ou littéraires créent des attentes paysagères spécifiques de la part des promeneurs, des touristes, et de chacun. Des représentations "décalées" produisent donc des attentes ne pouvant être satisfaites.

            À l'exception notable de La Grande Fosse, le caractère spectaculaire des manifestations karstiques dans le pays même du karst est limité. Leur grand intérêt est ailleurs : sur les plans géologique, pédagogique, historique et légendaire.

              
             
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              I2 - LA PERCEPTION SENSIBLE DES TERRES BOISEES
                


              Le décalage entre réalités de terrain et mémoire des hommes.

              La"marche boisée"n’est plus la grande forêt restée dans les mémoires. Au fil des siècles, elle a été en partie défrichée, entaillée et représente aujourd’hui un ensemble de massifs de toutes tailles.

              Il en résulte une alternance de parties boisées et de parties dégagées.

              Les dégagements s’apparentent souvent à des clairières du fait des horizons forestiers. D'une certaine manière, le "pôle de Chizé" consacré à l’étude des animaux sauvages, entretient le mystère, chargé de crainte, qui lie les forêts aux contes (cf. ci-dessus) ; ces contes qui tiennent leur tension dramatique des dangers potentiels de la forêt. Chizé donne aujourd’hui l’occasion de s’approcher à nouveau de cette émotion.

              Les formes et compositions propres aux grands massifs domaniaux (allées, carrefours en étoile…) se retrouvent avec plus ou moins de lisibilité ou de permanence dans certains autres massifs, notamment les bois de chasse.

              En forêts domaniales (" marche boisée "), des réseaux de longues avenues rectilignes et des carrefours en étoile plantés spécifiquement organisent et composent l’espace : dans la matière boisée, la lumière et le regard peuvent emprunter les longues perspectives et percer l’épaisseur des masses de feuillages et de troncs. Dans la forêt domaniale d’Aulnay par exemple, l'une de ces allées traverse le massif sur plus de huit kilomètres. Les bois ne présentent pas de tels modes de perception, mais proposent des ambiances plus intimes.

              Dans lepays du karst, La Braconne a gardé sa structure de forêt de chasse, sur le modèle énoncé plus haut. Mais avec la dédensification de la "matière" forestière, ces allées ont perdu leurs qualités intrinsèques de continuité, et le dessin des perspectives ouvertes dans l'épaisseur végétale s'est affaibli. Les hangars militaires forts présents semblent abandonnés. D'autres ont été reconvertis en bâtiments d'activités. Malgré la reconversion partielle des terrains militaires et leur ouverture à la promenade, rien ne semble avoir été fait pour redonner à ce massif boisé cette "épaisseur" qu'on attend d'une forêt de surcroît "légendaire".

              A l'occasion de clairières ou d'espaces présentant soudainement un sol libre, les villages s'affirment par contraste ; les parcours révèlent des horizons boisés au gré des découpes forestières, par l'alternance d'ouvertures et de fermetures du paysage.

              En forêt de Chizé ("marche boisée"), le village de Villiers-en-Bois semble constituer le centre d'une immense clairière. Les autres présentent une continuité soit avec les plaines voisines (Contré), soit avec d’autres clairières qui forment alors des "chapelets" dégagés, creusés dans la forêt.
              Dans les côtes de l'angoumois, alors que la densité des boisements est relativement plus importante sur le plateau, les villages et hameaux sont souvent installés au cœur de grandes clairières aux lisières découpées qui font alterner ouvertures et fermetures, tout au long des parcours. Le relief offre alors quelques occasions pour apercevoir des horizons boisés par visions successives.

              En terres boisées, l'eau se perçoit et s'apprécie de manières très différentes : dans la continuité de prairies et de champs ouverts le long de vallées, dans la soudaineté et l'inattendu des sources ou de quelque autre fosse…

              Les petites vallées qui creusent le relief du pays d'Hortes'imposent par contraste : elles sont le lieu d'une présence humaine plus forte. Elles entament de façon continue le couvert forestier et font reculer ses lisières aux limites des coteaux. Elles se présentent par longues sections de "vallées-clairières", où fermes et hameaux dispersés se font vis-à-vis.

              Si l'espace même des vallées reste en grande partie perceptible, accentué par la forêt qui en dessine nettement les limites, la présence de l'eau même est plus confidentielle : rarement longés par les routes, les rivières et les rus sont visibles essentiellement au niveau de leurs traversées.

              Le site des sources de la Touvre dans lepays du karst, "résidu de nature en paysage périurbain", a perdu une partie de sa force évocatrice. Ses abords immédiats et ses aménagements passés ne lui rendent pas service.

              Les lisières jouent un rôle déterminant dans l'identification et la qualité paysagère des terres boisées.

              Dans l’ensemble, les nombreuses découpes entre forêts et dégagements définissent un très important linéaire de lisières. A la différence des grands massifs d’un seul tenant, la "marche boisée" multiplie ainsi la figure particulière des paysages de contact entre plaines et bois, apparaissant plus ou moins proche de l’observateur. Cette qualité constitue presque plus fortement l’ambiance du secteur que l’intérieur des massifs peu accessibles. L’intérêt paysager des lisières, zones de contrastes, prend ici une ampleur particulière.

              L'idée de nature, de liberté, et de propriété…

              La présence de la forêt est ce qui caractérise l'image d'ensemble du pays d'Horte. Elle induit dans la perception de ses paysages le sentiment d'une "nature" très prégnante, cette sensation de "pays secret" évoqué par le Guide Bleu. Les villages semblent isolés les uns des autres, au milieu de leur territoire de prairies et de cultures, cerné de forêt. Si la présence de clôtures ne se généralise pas encore, le caractère privé d'amples espaces de forêt s'affiche nettement par les interdictions d'entrer. Le sud du secteur échappe à ces restrictions avec les forêts domaniales de la Mothe-Clédou et de la Rochebeaucourt.

              Les boisements entrent dans la composition de paysages de campagnes déjà partagée entre prairies et polyculture pour en accroître la diversité.

              Dans le secteur descollines de Montmoreau, le produit des terres moins fertiles forme un horizon boisé autour des villages et hameaux installés sur les collines. La continuité boisée des sommets provoque -dans les parcours- des changements d'ambiance marqués. Les routes de crête offrent peu d'ouvertures sur la campagne environnante à l'exception de quelques vues très cadrées dans l'axe d'une coupe, d'une trouée de lande, d'une route transversale. Les parcelles de culture ou de prairie qui accompagnent le relief courbe, adoucissent la géométrie des lisières. Le socle calcaire nuance par endroit la terre de coloration blanchâtre et affleure la pente des coteaux sur lesquels se développent alors des pelouses sèches, ponctuées de genévriers. Quelques parcelles de vigne s'insèrent au milieu des cultures, de plus en plus nombreuses vers le nord. Cette densité nouvelle, couplée à la diminution des boisements et à l'atténuation du relief, amorce la transition vers le paysage viticole de la Champagne charentaise.

              Les paysages dupetit angoumoisoffrent des successions d'espaces boisés alternant avec de vastes clairières de cultures (dominante de prairies et de polyculture) également ponctuées de vigne. Certains secteurs plus fortement vallonnés où prédominent les prairies (au nord-est notamment), évoquent des ambiances de moyenne montagne.

                
               
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                I3 -LES TERRES BOISEES DANS LE CONTEXTE REGIONAL
                  


                A - LES FRANGES OU L'IMPORTANCE DE LA NATURE DES CONTACTS ENTRE SECTEURS PAYSAGERS

                Les terres boisées rompent les plaines, puis se poursuivent…

                La "marche boisée" s’étend tout d'abord au sein d’une grande plaine qu’elle sépare en deux : la plaine de Saintonge au sud et celle de Niort au nord. Vers l’ouest les distances s’agrandissent entre les boisements qui ne deviennent qu’un semis au sein des plaines de Saintonge et de l’Aunis ; l'extrémité étant constituée par la forêt de Benon. Vers l’est, les boisements se resserrent suffisamment pour créer un climat plus nettement forestier : du pays du karst aux forêts d'Horte, puis de la Dordogne. La transition est cependant progressive. Le val d'angoumois prolongé par la vallée de la Bonnieure forme le seuil entre ce secteur boisé et les plaines arborées et vallonnées du ruffécois et de l'angoumois.

                Des franges - spectacle.

                L'arrivée par l'est dans le pays du karst est l'une des plus spectaculaires et des plus fortes en contraste : les points de vue depuis le massif de l'Arbre offrent de larges panoramas sur la vallée de la Tardoire, avec la forêt d'Horte à l’arrière-plan ; les principales routes d'accès à la vallée sont des routes de crête, permettant de profiter au maximum de cette situation dominante. La différence des matériaux de construction (granite/calcaire) témoigne nettement du passage des "terres froides" aux calcaires jurassiques. Inversement, les hauteurs de la Charente limousine dessinent nettement l'horizon du pays du karst et sa limite à l'Est. Le pays d'Horte, qui avoisine et domine la dépression de Villebois-Lavalette dans sa partie sud-ouest, offre quelques vues dégagées fort appréciables.

                Des zones de contact aux paysages fragiles.

                Les côtes de l'angoumois constituent l'enveloppe sud de l'agglomération d'Angoulême et se prolongent jusque dans la ville, qui profite de ses vallées comme d'autant d'incursions de "nature" sur son territoire. Cette proximité n'est pas sans risque, puisque ces vallées sont à l'inverse autant de portes vers la campagne : axes convoités d'une extension urbaine en "doigt de gant". Ainsi, la proximité de l'agglomération angoumoise se fait sentir tout particulièrement sur ce secteur, et la limite entre les deux est une frange floue et sinueuse.

                Des transitions douces annonciatrices d'autres paysages…

                Ces franges correspondent assez spécifiquement aux secteurs du sud de la région où les trois secteurs de terres boisées concernés se côtoient directement : ce sont les collines de Montmoreau, le petit angoumoiset ladouble saintongeaise. Les deux premiers font la transition entre les paysages vallonnés et boisés du Périgord voisin (que seule la vallée de la Dronne sépare) et les paysages viticoles plus ouverts de la Champagne charentaise. La double saintongeaise fait une transition boisée entre les terres charentaises plus viticoles (Mirambeau, Lary) et le vignoble girondin, bien au-delà de la limite régionale. Elle annonce également par ses paysages de landes boisées de pins les forêts du littoral aquitain.

                B - UNE IMAGE DE LA REGION DEPUIS LE RESEAU ROUTIER

                Les terres boisées se franchissent plus, pour certaines, qu'elles ne se parcourent, pour d'autres…

                La "marche boisée" est perpendiculaire aux grands axes du seuil du Poitou, mais ne constitue pas un événement sensible de leurs parcours. En effet, l’autoroute A10 passe au large de la forêt de Chizé, et le massif du bois de la Faye ne suffit pas à donner le sentiment d’un seuil forestier. De même, la RD950 reliant Saintes à Poitiers emprunte la clairière de la Villedieu sans pénétrer la forêt. Néanmoins, à cette occasion, le parcours offre un épisode marqué par la présence des lisières aux différents horizons de la route. Il n’y a pas d’axe traversant le secteur dans sa longueur et les parcours routiers ne permettent pas d’en apprécier les dimensions.

                En revanche, le GR36 permet aux randonneurs de bénéficier des ambiances de la série des massifs, en particulier par le "Tour de la Sylve d’Argenson". Le parcours emprunte de nombreuses situations de lisières, en particulier le long de la forêt de Chizé.

                La RN10 franchit la partie ouest du pays du karst dans une direction nord-sud. La RN141 coupe le pays du karst en diagonale dans sa partie centrale. Ces deux routes offrent une séquence forestière dans leur parcours. Le réseau routier dans son ensemble offre une certaine diversité de parcours, permettant de suivre le fond plat des vallées ou d'appréhender en "transect" la succession des vallées, collines boisées et forêts. Les allées de la Forêt de la Braconne sont en grande partie carrossables mais souvent barrées à l'une de leur extrémité : l'automobiliste aventureux, s'échappant des principaux axes routiers de traversée peut s'égarer dans un parcours véritablement labyrinthique. Ces grandes allées forestières sont d'ailleurs plutôt destinées aux piétons et cyclistes. Le GR36 et le GR4 sillonnent le secteur et offrent au regard du promeneur les curiosités du pays du karst (les fosses). Le pays d'Horte, quant à lui, se trouve à l'écart des grands réseaux nationaux. Il est traversé par la RD939 reliant Angoulême à Périgueux qui le longe au sud-ouest : son parcours fait ainsi alterner passages boisés et parcours ouvert sur la dépression de Villebois-Lavalette, avant de traverser la vallée de la Nizonne pour rallier le Périgord.

                La RN 10 franchit également les côtes de l'angoumois dans leur frange ouest, probablement la moins caractéristique du fait de reliefs et boisements réduits. Les côtes de l'angoumois offrent quelques routes de fonds de vallées (l'Échelle, le Charraux) aux parcours plus animés. Les routes importantes telles la RD674 qui traverse également les collines de Montmoreau, empruntent successivement les crêtes puis les vallées (la Tude). La plupart des parcours routiers passe souvent d'une ambiance à l'autre, faisant alterner paysages de plateau et de fonds de vallées. Bien qu'il n'y ait pas de GR, d'autres circuits de promenade balisés traversent ces collines de Montmoreau.

                La RN10 traverse ensuite la pointe nord du petit angoumoiset de ladouble saintongeaiseinscrivant sur son parcours leurs secteurs boisés, en alternance avec les secteurs viticoles de Charente Maritime, puis du Bordelais.

                La RD730, faisant la jonction entre Royan et la vallée de la Dronne, traverse la partie sud du petit angoumois, en bordure de la double saintongeaise, offrant des situations de lisière avec dominante de boisements au sud de la route, et dominante de vignoble au nord, vers les coteaux du Lary.

                La plupart des routes, dans ces secteurs, passe le plus souvent en crête ou transversalement aux vallons. Une série de routes départementales fait exception, longeant les fonds de vallée (le Palais) depuis les collines de Montmoreau jusqu'à la vallée du Lary.

                C - LES PRINCIPAUX POINTS DE VUE SUR LES TERRES BOISEES

                Du fait de reliefs relativement peu marqués et des boisements, il y a peu (parfois pas) de points de vue élevés dans la plupart de ces secteurs.

                C'est le cas de la "marche boisée", d'une partie du pays du karst où le voisinage des hauteurs de la Charente limousine offre par contre de très beaux points de vue sur ce dernier.

                Dans les secteurs vallonnés et boisés, les points de vue sont subordonnés à la coïncidence du relief avec les ouvertures de boisements.

                En pays d'Horte, ils se situent essentiellement à la frange du secteur, offrant plus de panoramas sur sa périphérie que sur le secteur lui-même. À Grassac et à Charras, la situation en hauteur et en lisière permet des vues lointaines (du nord au sud-est) sur la vallée du Bandiat et vers le Périgord.

                Dans les côtes de l'angoumois, malgré le potentiel occasionné par le relief, la présence répétée des boisements de coteau fait que les points de vue sur les vallées sont rares et restent limités à de petites scènes. Certains sites de plateau un peu dégagés (par exemple aux environs de Charsé, entre vallées des Eaux Claires et du Charraud) permettent de deviner à l'horizon les bâtiments les plus élevés de l'agglomération d'Angoulême.

                Les crêtes le plus souvent boisées des collines de Montmoreau, n'offrent que de trop rares "fenêtres", bien étroites, sur la campagne. Par contre, les routes qui empruntent transversalement les longues échines du relief présentent de vastes et lointains panoramas sur les vallonnements du secteur et sur fond de Périgord. Certains châteaux et bourgs, installés sur des sites défensifs, offrent des vues panoramiques intéressantes : il en est ainsi notamment des châteaux de Chalais ou de Montmoreau-Saint-Cybard.

                Autres points de vue artificiels.

                La platitude du secteur de la double saintongeaise limite son potentiel de points de vue. À Montendre-les-Pins, il faut la surélévation des remparts pour percevoir le paysage environnant, et par beau temps, l'estuaire de la Gironde. À Montlieu-la-Garde, il faut la hauteur de la Tour de Guet pour admirer l'ampleur de la forêt.

                  
                 
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                I4 - L'ANALYSE PAR MOTIFS
                  


                A - LE RELIEF ET LES ROCHES

                Dans les terres boisées, lorsque les couverts forestiers n'occupent pas tout l'espace, reliefs et roches remplissent des rôles paysagers très spécifiques.

                Les reliefs (et les roches) ont peu d'incidence paysagère dans la "marche boisée", ceux du pays du karst légèrement vallonnés sont à peine creusés par les vallées à fond plat de la Tardoire et du Bandiat.

                Toujours en pays du karst, la falaise verticale des sources de la Touvre se présente comme un événement dans ce relief doux. Des effondrements calcaires de fosses et de gouffres accidentent ponctuellement le territoire, mais les aspects les plus spectaculaires de la nature karstique du sous-sol restent cachés au regard du promeneur. Événement artificiel, les lits de taille des carrières de Vilhonneur mettent à nu de belle façon le socle sédimentaire. Elles incisent en gradins les flancs de la vallée de la Tardoire.

                Hauteurs, reliefs parfois mouvementés, les terres boisées surplombent fréquemment les secteurs voisins, et présentent une ligne de partage des eaux…

                Dans le pays d'Horte se situe la ligne de partage des eaux entre les bassins de la Charente et de la Garonne ; une petite chaîne de collines le traverse d'est en ouest. Son relief le situe en position dominante entre vallées du Bandiat, de la Nizonne, et dépression de Villebois-Lavalette. Les hauteurs des collines de Montmoreau forment une ligne de partage des eaux, orientée nord-est/sud-ouest, entre le bassin de la Charente et le bassin de la Garonne. Le relief du secteur est une succession de longues échines calcaires, orientées globalement nord/sud au sud de la ligne de partage des eaux, nord-est/sud-ouest au nord de cette même ligne, alternant avec des vallées à fond plat, aux coteaux creusés de nombreux thalwegs. Il en résulte un relief amplement ondulé, les lisières des boisements qui coiffent les sommets des collines accentuant cet effet du relief dont elles épousent les courbes.
                Ces caractéristiques confèrent à la campagne une ambiance de douceur généreuse, sans âpreté ni rudesse. Le socle calcaire nuance parfois la terre d'une coloration blanchâtre, et affleure par endroit la pente des coteaux, alors juste couverts d'une pelouse sèche.

                Du réseau de petits vallons aux vallées profondes à falaises calcaires, les qualités spécifiques des terres boisées reposent très nettement sur les caractères des vallées.

                Le relief de la double saintongeaise est très peu marqué. Une frange haute est constituée à l'est par le haut des coteaux de la Seugne et du Lary. Le relief s'abaisse ensuite régulièrement et progressivement vers l'ouest, à peine creusé de quelques vallons humides, et sans émergences notoires, hormis ces petits tertres que désignent le "terrier" et le "peu" de la toponymie local : le Terrier des Cailloux, et le Terrier du Peu (doublement désigné comme éminence par les deux termes de son nom). Sable et cailloutis de quartz affleurent souvent le manteau végétal discontinu de la lande, et de nombreuses exploitations mettent à jour l'argile, très présente dans le secteur.

                Le relief du petit angoumois est animé plus régulièrement par un réseau de vallons et thalwegs peu profonds, coupé en diagonale par le creusement un peu plus important des vallées du Lary et du Palais.

                Les côtes de l'angoumois sont un secteur au relief mouvementé ; en effet, le plateau calcaire qui domine la Charente est creusé d'une série de vallées parallèles, orientées sud-est/nord-ouest, s'ouvrant sur la vallée de la Charente, de l'amont d'Angoulême (la Touvre) à son aval (la Boëme). Les coteaux de ces vallées profondes laissent souvent place à des falaises calcaires aux formes complexes, creusées de grottes, érodées à leur base que dominent alors de larges surplombs : les environs du Moulin du Verger, dans la vallée des Eaux Claires, et de Mouthiers, dans la vallée de la Boëme, sont de ce point de vue particulièrement remarquables. Ces falaises représentent un fort degré de pittoresque, très important à l’échelon régional, dont le territoire est marqué par les grandes plaines horizontales : par contrepoint, les verticales des falaises instaurent un contraste déterminant, un des seuls dont les paysages régionaux peuvent se prévaloir. C’est ainsi que, quand le relief s’évase et que disparaissent les motifs de découpe, les vallées perdent une grande partie de leur intérêt paysager. Leur forme s'atténue vers l'amont : mouvement léger du terrain s'intégrant aux vallonnements d'ensemble, leur relief spécifique n'est plus perceptible dans les parcours transversaux, et les vallées elles-mêmes ne sont plus identifiables.

                B - L'EAU ET SES MANIFESTATIONS

                Des vallées assez plates forment des axes de clairières enchaînées les unes aux autres et le site des principales agglomérations.

                C'est notamment le cas pour la "marche boisée" (Chizé, Saint-Séverin sur la Boutonne, Couture d’Argenson). Les vallées accueillent les vastes peupleraies, magnifiées en hiver par les inondations du lit des vallées. L’eau prend alors la place du sol et offre un miroir au rythme régulier des " Blancs du Poitou ", dans d’étranges paysages lumineux…

                Apparition / disparition de l'eau.

                Le sol calcaire du pays du karst fait "éponge", et la présence de l'eau est variable selon les saisons : les fonds de vallées inondés une partie de l'année sont souvent asséchés en fin d'été. Pertes et résurgences perturbent la perception des cours d'eau, et manifestent fortement la géologie du secteur ; les sources de la Touvre sont le phénomène le plus spectaculaire de cette interrelation.

                Eau et composition générale des paysages.

                Dans les côtes de l'angoumois, secteur de vallées, l'eau entre pleinement dans la composition générale des paysages qu’il s’agisse des rivières ou de plans d’eau.

                Plusieurs rivières irriguent les côtes de l'angoumois : l'Anguienne, les Eaux Claires, le Charraud, la Boëme, affluents de la Charente ; l'Echelle, plus septentrionale, rejoint la Touvre à sa source. La qualité de leurs eaux a contribué à l'essor d'Angoulême, favorisant l'installation de moulins et le développement de l'industrie papetière.

                Elles donnent ainsi lieu au développement de scènes spécifiques où l'architecture est étroitement liée aux cours d'eau, et au paysage des vallées : le Moulin du Verger, sur les Eaux Claires, en est un bon exemple. Dans la vallée de la Boëme, la plus large et la moins encaissée de toutes, s'est développé un paysage particulier d'étangs et de tourbières.

                De nombreux cours d'eau parcourent les collines de Montmoreau, rejoignant pour certains la Charente (le Né, et ses ruisseaux affluents), et les autres la Dronne, puis la Dordogne (la Nizonne, l'Auzonne, la Tude,...). Ils donnent lieu au développement de scènes spécifiques où l'architecture (moulins, lavoirs, pont) leur est étroitement liée.

                Des retenues collinaires parsèment le secteur, vouées souvent à la pêche. Parfois en milieu très ouvert, donc très visibles, et bénéficiant d'un aménagement "jardiné" qui les singularisent encore, elles sont de fait souvent mal intégrées au paysage.

                Petits ruisseaux et étangs.

                Un réseau dense de petits ruisseaux parcourt le petit angoumois ou la double saintongeaise. Le sol argileux favorise la présence d'étangs et de lacs ou imprègne le fond tourbeux des thalwegs. Sa présence est révélée au travers du type de végétation qu'elle génère. L'eau alimente dans la Double un nombre important d'étangs et de marais issus pour beaucoup de l'exploitation de l'argile. Les plans d'eau constituent des scènes particulières, clairières d'eau cernées de forêt où le sable de la lande prend des allures de plage ; les plus vastes, comme le Lac Baron-Desqueyroux au sud de Montendre, sont aménagés en espaces de loisirs. A l'interface des couches de sables et d'argile, les sources sont fréquentes, et donnent lieu à des installations d'étangs de pêche étagées.

                C - LA VEGETATION

                Ce sont bien entendu les motifs de la végétation qui dominent les paysages des terres boisées…
                (Cf. paragraphe sur la perception sensible des terres boisées en particulier à propos de la "marche boisée")

                De très nettes dominances forestières…

                Dans lepays du karst, quelques lignes subsistent d'un maillage bocager en grande partie démantelé, et la vigne ponctue discrètement des terres plutôt consacrées à l'élevage et la polyculture. Des boisements, en chapelet continu de formes très découpées, morcellent l'espace entre Tardoire et Bandiat, persistance sur les reliefs de la présence forestière d'origine. Toujours entourées de forêts, les parties dégagées s'apparentent ainsi à des clairières. Les boisements plus importants des forêts de Boixe, de la Braconne et de Bois Blanc constituent l'axe de partage de ce secteur. La forêt de la Braconne, qui occupe une superficie importante, est en fait très entamée par l'ancien camp militaire et l'actuelle zone d'activités.

                Le pays d'Horte est le domaine de la forêt qui en recouvre quasiment toute l'étendue. Chênes et châtaigniers, souvent en taillis, en constituent avec les pins le peuplement. Fougères, genêts et ajoncs développent très localement des ambiances de lande, en forêt d'Horte notamment. A l'arboretum Jean Aubouin, en lisière de la Forêt domaniale de la Mothe-Clédou, a été initiée au milieu du siècle une expérience d'acclimatation d'essences exotiques. Mais depuis la route, ce lieu ne se singularise guère des boisements environnants.

                Les seules ouvertures dans le couvert forestier continu, sont les tronçons de vallées exempts de peupleraies, et les quelques "villages-clairières" qui ponctuent les hauteurs. Champs, pâtures, potagers et quelques parcelles de vigne, se partagent l'espace des clairières culturales qui entourent villages et hameaux. Si l'on rencontre friches et boisements de fonds de vallée, c'est de façon suffisamment ponctuelle pour laisser percevoir l'espace global des vallées -tout au moins par sections- d'un coteau à l'autre, limité nettement par les lisières forestières.

                … à des formes diversifiées de motifs végétaux…

                La végétation des côtes de l'angoumois contribue à la variété des paysages rencontrés : on trouve ici une diversité liée à la double identité du secteur, avec les motifs de végétation caractéristiques à la fois des secteurs de vallée et des secteurs boisés.

                Dans les vallées, les différents motifs de la végétation s’étagent depuis les rives des cours d’eau jusqu’au rebord des coteaux, organisent une concentration des motifs sur une même entité de lieu. Mais ils jouent également, trop souvent, le rôle d’écrans qui interdisent de jouir totalement de cette même qualité. Une végétation spécifique des coteaux succède à celle des fonds, et conditionne à nouveau les ambiances.

                Les pentes accueillent tantôt des cultures ou des prairies (de plus en plus rares), tantôt des bois (qui souvent apportent une "conclusion" aux paysages de vallées dont ils forment l’horizon), tantôt des friches à des stades divers, résultant des difficultés de gestion des terres en pente. Par endroit, le calcaire affleurant la surface des coteaux permet le développement de pelouses rases, d'où émergent quelques genévriers : l'ambiance sèche que génèrent ces milieux contraste singulièrement avec celle, plus humide, des fonds. Par ailleurs ces pelouses sèches présentent un grand intérêt botanique.

                Les plateaux sont le lieu de développement d'autres types d'ambiances végétales : on y retrouve l'organisation caractéristique des secteurs boisés où les installations humaines -villages et hameaux- se sont faites au cœur de clairières qui interrompent la continuité du couvert forestier. Champs, pâtures, potagers se partagent l'espace de ces clairières culturales. Pins et chênes, en maigres futaies ou en taillis, constituent la substance des boisements. Leurs lisières sont très découpées, creusées de profonds essarts. La forêt de Dirac est un massif plus continu, annonçant la densité boisée du pays d'Horte voisin.

                Les observations sont proches pour les collines de Montmoreau. En outre, des chênaies et châtaigneraies se sont installées en arrondi sur les épaules du relief, aux sommets des collines et les hauts de coteaux. Les pins se développent également d'une façon qui s'associe assez bien aux landes de fougères, de bruyères et d'ajoncs, poussant aisément sur ces sols pauvres. Des friches se développent sur les hauteurs, fermant progressivement clairières et essarts, et ce plus particulièrement dans la partie nord du secteur. Le terroir, plutôt voué à l'élevage et à la polyculture, est parfois ponctué de champs de noyers et de parcelles de vigne ; celles-ci se densifient au nord, à l'approche de la Champagne Charentaise et des terroirs de production du Pineau. Des lignes bocagères subsistent par endroit, et les petits cours d'eau sont souvent accompagnés d'une ripisylve arborée. Ces lignes végétales entrecoupent les espaces de prairies et de cultures, mais de façon suffisamment lâche, toutefois, pour ne jamais produire cette ambiance close que l'on trouve sur les terres de bocage. Il y a également de belles stations calcaires à orchidées, exposées au sud, comme à Juignac ou Saint-Amand-de-Montmoreau. Le climat relativement doux du secteur implique une variété renforcée, permettant d’observer des stations de végétation méditerranéenne sur les versants sud et de stations septentrionales sur les versants ombrés, les paysages de vallées concentrant alors la rencontre végétale du sud et du nord de la France qui constitue un trait spécifique de la région.

                … et à un "modèle landais".

                Les landes saintongeaises de la Double, à l'instar des landes du littoral aquitain, étaient une région stérile et mal drainée qui fut transformée au XIXe siècle par la plantation d'une forêt de pins maritimes.

                Ainsi la végétation clairsemée de la lande et les fûts droits et élancés des pinèdes caractérisent-ils aujourd'hui les paysages de la double saintongeaise, même si la forêt s'enrichit de feuillus en remontant vers le nord-ouest (chênes, frênes, châtaigniers, aulnes, bouleaux,...). Le couvert végétal s'interrompt aux lieux des implantations humaines, petites clairières dispersées dans la forêt, dont se démarquent les trouées plus vastes de Bussac-la-Forêt.

                D - LE BATI, LES MOTIFS CONSTRUITS

                Des spécificités selon que les villages s'inscrivent soit, entièrement dans le massif boisé, soit suivant les vallées (comme cela se retrouve le plus fréquemment dans les autres types de paysages).

                Il n’y a pour ainsi dire pas de villages dans les forêts de la "marche boisée". Ils se situent au centre des clairières, de préférence au bord d’un cours d’eau. Seul Villiers-en-Bois s’inscrit, avec sa clairière, entièrement dans un massif. Les autres villages forment des séries en chapelets et présentent les mêmes caractéristiques architecturales que dans les plaines alentour. L’organisation du territoire présente de ce fait un enchaînement proche de ceux décrits par les Romains, où se succèdent Villa, Hortus, Ager et Saltus (ville, jardin, champ et forêt) ce dernier étant ici représenté par la forêt ensauvagée par la présence des animaux. Le secteur tient là une spécificité d’importance.

                Le matériau de construction de l'habitat traditionnel signe l'appartenance à un terroir, l'habitat pavillonnaire annonce indifféremment une proximité d'agglomération.

                La pierre calcaire du pays du karst confirme l'identité spécifiquement charentaise du secteur par rapport au granit des "Terres Froides" voisines ; les bourgs sont ici installés de préférence le long des vallées tandis que des hameaux et fermes isolées ponctuent les clairières. La zone d'activités de la forêt de la Braconne, et le développement, entre Braconne et Touvre, de lotissements et d'un habitat pavillonnaire clairsemé, annoncent la proximité d'Angoulême. Les constructions (fermes blocs le plus souvent) prennent une forme plus trapue en pays d'Horte, qui leur confère une certaine austérité tempérée néanmoins par la pierre calcaire et les tuiles rondes. A l'instar des secteurs avoisinants, le pays d'Horte est ponctué d'églises romanes et de châteaux.

                En terres boisées comme ailleurs, l’eau suscite un patrimoine bâti supplémentaire, très largement impliqué dans la composition des images de paysages.

                Pour rester dans une logique picturale, les éléments construits ­notamment dans les côtes de l'angoumois­ forment les fabriques qui animent les tableaux ou les photos. Les ponts, les moulins, les manoirs, les fermes et les châteaux ponctuent le cours des vallées, associés à l’eau dans leurs rapports d'espace et d'usage. Ils portent aussi, plus fortement que les formes végétales, la mémoire des usages anciens, en particulier les moulins : on peut mesurer l'attachement à cette mémoire à la publicité faite pour le moulin du Verger (et au niveau de la Charente, le Moulin de Fleurac), qui perpétue la tradition de la fabrication du papier "à la main". De même, les châteaux situés sur les sites défensifs rappellent l'implication des vallées dans l'histoire. Ainsi, le château de la Tranchade, surplombant l'Anguienne, était au Moyen Age le siège d'une seigneurie qui commandait l'accès sud-est à Angoulême. À ce patrimoine de "fabriques" s’ajoutent les agglomérations elles-mêmes. L’accès à l’eau, le contrôle des franchissements, les sites défensifs sculptés par le relief, ont parfois motivé l’implantation des agglomérations du secteur : c'est le cas notamment de Mouthiers-sur-Boëme. Mais le secteur compte également ses villages et ses hameaux de plateau, installés au cœur de clairières, comme Dignac, Dirac ou Puymoyen.

                La proximité d'Angoulême se fait sentir au développement de lotissements résidentiels ou d'un habitat plus diffus, en discontinuité parfois avec les noyaux villageois anciens, investissant les coteaux jusqu'alors préservés.

                L'éparpillement de petits villages et hameaux dans les terres boisées du sud Charente.

                C'est le cas pour les collines de Montmoreau, le petit angoumois ou la double saintongeaise. Ces petits villages s'accompagnent de lavoirs, fours, moulins à eau et à vent, de pigeonniers (inclus souvent dans le mur même des maisons), qui portent la mémoire des usages anciens, animent villages et campagne de leur présence modeste et organisent ainsi des motifs de scènes pittoresques.

                On retrouve la richesse architecturale propre à la région où l'art roman s'est développé entre influence saintongeaise et hispano-mauresque. Le passage des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, faisant étape à Mainfonds, Champagne-de-Vigny, Blanzac, Montmoreau et Chalais a contribué à cet essor (collines de Montmoreau). La présence d'argile dans le petit angoumois a favorisé l'usage de la brique dans la construction, utilisée avec la pierre calcaire pour la constitution des chaînages ou des soubassements. On retrouve dans certains bâtiments l'association de moellons, carreaux de terre cuite, et briques crues. Ces modes de construction contribuent à démarquer le petit angoumois des secteurs charentais voisins.

                À l'exception de Montendre-les-Pins situé à l'articulation avec le bocage de Mirambeau, il n'y a pas de regroupements humains importants dans le secteur de la double saintongeaise ; juste quelques petits villages, des hameaux et des fermes dispersés. L’architecture des fermes s’y démarque de la typologie typiquement charentaise des fermes à cour carrée : c'est une architecture plus humble, de bâtiments bas allongés, où étables et granges prolongent le corps d'habitation.

                E - LES RESEAUX (routes, lignes électriques…)

                Les routes et chemins marquent eux aussi les paysages des terres boisées, principalement d'ailleurs au niveau des vallées : à travers les motifs de franchissement des ponts, des viaducs, parfois des gués. Mais l'opportunité de pouvoir profiter du paysage à l'occasion de ces franchissements reste liée à l'existence de fenêtres ou de vues à ces endroits précis ; trop souvent, il n'y en a pas en raison de la végétation. C'est néanmoins à travers une alternance de zones boisées et de zones "ouvertes" que s'instaure un rythme de parcours spécifique, en adéquation avec l'organisation paysagère générale du secteur considéré.

                La jouissance ludique des paysages des terres boisées (mais aussi d'autres types) passe de manière assez incontournable par la promenade et la randonnée. La reconnaissance de la qualité paysagère de ces secteurs n'est rendue possible qu'à travers une large gamme de chemins, permettant d'appréhender ces espaces dans leur diversité. Les GR4 et GR36, par exemple, qui passent de plateaux en vallées, permettent une bonne découverte des côtes de l'angoumois.

                  
                 
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                  II -LES DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE
                    
                   
                  II1 - LES PRINCIPALES DYNAMIQUES DES TERRES BOISEES
                    


                  En plus des dynamiques lourdes qui touchent à peu prés l’ensemble des paysages, à savoir les évolutions de l’agriculture et le développement périurbain, les terres boisées de par leur nature sont marquées par les évolutions propres à la forêt, son développement, son exploitation et ses usages.

                  En Poitou-Charentes, ces évolutions tiennent moins à la capacité d’intervention de l’Office National des Forêts qu’à la multiplicité des décisions individuelles des propriétaires privés (décisions d’exploitation, mode de gestion, fermeture au public…).

                    
                   
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                  II2 - LE DIAGNOSTIC PAYSAGER
                    


                  A - ATOUTS ET FAIBLESSES

                  Au plan régional, les terres boisées inscrivent l’histoire des peuplements à très long terme dans les territoires.

                  Ces terres boisées confirment la position de passage entre le nord et le sud ainsi qu'entre les terres montagneuses du Massif Central et le bassin sédimentaire de la vallée de la Charente.

                  La "marche boisée" s'inscrit dans cette réalité "au cœur de la région", à cheval sur trois départements. Le pays du karst vient la prolonger.

                  Les forêts de la "marche boisée" animent l’étendue des plaines agricoles et offrent des "scènes" multiples et plaisantes en lisières. La richesse floristique due à la rencontre des végétaux du nord et du sud vient renforcer ces intérêts, ainsi que la présence réelle et plus ou moins mythique des animaux sauvages. Le pays du karst amène une diversité d'ambiances (forêt, lisières, vallonnements boisés, vallées) et d'horizons. Les phénomènes géologiques liés à la nature karstique du terrain et la dimension légendaire donnée à ce secteur, en multiplient les intérêts paysagers. Mais le pays du karst souffre d'un certain décalage entre la réalité sensible de certains lieux et l'attendu dont les a chargé leur légende : il en est ainsi notamment de la forêt de la Braconne à l'ambiance forestière fortement dégradée, et des sources de la Touvre dont l'aménagement des abords ne renforce pas la mise en scène poétique.

                  Les autres terres boisées ont chacune leur propre caractère, mais aussi la faiblesse de ne pas le représenter suffisamment.

                  Les forestiers…

                  Le pays d'Horte, l'un des rares secteurs de la région -avec la double saintongeaise- à posséder une aussi forte identité forestière, conserve un caractère assez unique malgré la proximité d'Angoulême. Son principal atout réside dans les contrastes qu'il offre entre passages forestiers et scènes rurales. L'aspect un peu "sauvage" et secret des forêts s’oppose aux ambiances rurales des vallées et clairières culturales.

                  L'une de ses faiblesses est son manque de représentation, qui n'aide pas à la reconnaissance de ses paysages. Il est à souhaiter que ce défaut n'empêche pas leur prise en compte dans les évolutions à venir, évolutions que peut laisser supposer le développement démographique du secteur.

                  La double Saintongeaise, outre son identité forestière, se trouve à l'écart des phénomènes de périurbanisation. En terme d'image, elle profite de son appartenance saintongeaise (Haute Saintonge). Cependant, en terme d'ambiances paysagères, elle est déjà aquitaine. Cette singularité est pour elle un atout, et un enrichissement pour la "palette" des paysages régionaux.

                  Le pittoresque…

                  Le secteur des côtes de l'angoumois profite d'une double identité qui le singularise dans l'ensemble des paysages régionaux : l'alternance de plateaux boisés et de vallées nettement caractérisées y crée une grande richesse d'ambiance. Les qualités "pittoresques" des vallées et l’importance des populations qui les fréquentent (habitants et visiteurs) leur donnent un degré supérieur de valeur paysagère.

                  En particulier, elles seules permettent d’envisager les territoires comme des tableaux, présentant un étagement d’éléments vers le ciel : il n’y a pas d’horizon de montagne dans la région, mais il peut y avoir des coteaux qui se découpent sur le ciel. Le potentiel est donc énorme : les vallées détiennent des trésors à valoriser encore par l’accessibilité et la lisibilité. Les habitants de l'agglomération angoumoise ne s'y trompent pas et les choisissent volontiers comme lieu de résidence. Si le secteur des côtes de l'angoumois peut profiter pour son développement de la proximité d'Angoulême, ce voisinage est à double tranchant, puisqu'il est susceptible aussi de mettre en péril son caractère rural encore marqué.

                  Les diversifiés…

                  Le secteur du Montmorélien (collines de Montmoreau) offre une diversité de paysages qui fait passer des ambiances spécifiquement forestières des hauteurs à l'ampleur des vallonnements cultivés et aux ambiances plus touffues des fonds de vallées. Il apparaît tout autant comme un secteur de boisements que comme un secteur de campagne, au caractère rural encore affirmé.

                  Cette diversité, organisée selon une partition très nette du territoire liée au relief et à la nature des sols, fait toute sa spécificité.

                  Le petit angoumois souffre d'un déficit d'image, qui le conforte dans une situation marginale : ni tout à fait saintongeais, ni tout à fait périgourdin, il ne bénéficie pas d'une publicité particulière, à l'inverse des secteurs voisins. Il pâtit sans doute de l'effet d'attraction qu'exercent ces secteurs plus nettement caractérisés par la production viticole et par la richesse de leur patrimoine architectural. Il garde encore une forte identité rurale, à l'écart des phénomènes de péri urbanisation et donne l'image d'un territoire très calme, un peu hors du temps. Son principal atout réside dans l'alternance d'ambiances qu'il offre : entre passages forestiers et ouverture des grandes clairières culturales, entre ambiances de campagne et ambiances parfois presque "montagnardes".

                  B - MENACES

                  La proximité d'Angoulême peut jouer un rôle de dynamisation des pays du karst et d'Horte mais peut aussi participer à leur dégradation si elle est source d'un développement urbain diffus, sans référence aux sites d'implantation. En ce sens, leurs vallées, même si elles sont actuellement à l'écart de la zone d'influence directe d'Angoulême, sont des lieux d'une certaine fragilité : vecteurs naturels de l'implantation des bourgs, elles offrent, de par leurs paysages plats et ouverts, une résistance potentiellement plus faible aux extensions urbaines que des paysages mieux caractérisés.

                  La clôture des parcs de chasse -qui va de pair avec le statut privé d'une grande partie des espaces forestiers- peut menacer, si elle se généralise, la perception des paysages, notamment des terres boisées (Horte et Double).

                  L'imaginaire associe volontiers à la forêt la notion de nature sauvage, et d'espace de liberté. Les clôtures dessinent des limites à l'intérieur de son territoire, le morcellent et y marquent l'emprise de l'homme ; elles dénaturent ainsi la perception des paysages forestiers, indépendamment même du fait qu'elles restreignent brutalement les accès à la forêt.

                  Des menaces communes à presque toutes les terres boisées, liées à…

                  - la vulnérabilité au voisinage urbain

                  - l'évolution de l'urbanisation aux abords des bourgs importants (Chalais, collines de Montmoreau),

                  - la dégradation et la déstructuration des espaces par l'urbanisation des fonds de vallées, la diffusion de l'habitat sur les coteaux,

                  - la perte d'identité des espaces ruraux aux abords des bourgs par la confusion des limites entre zones naturelles et bâties,

                  - certains sites tels que les petits boisements peuvent être fortement fragilisés pour cause de sur-fréquentation.

                  - l'évolution de l'agriculture

                  - un élevage moins extensif entraînant l'abandon du pâturage dans les fonds de vallée et sur les coteaux, la multiplication des stabulations, de la culture du maïs fourrager se substituant aux prairies,

                  - des plantations de peupliers opacifiant parfois les fonds de vallées,

                  - un abandon d'entretien des berges faute de temps, la densification de la végétation de rive ou à l'inverse, son élimination trop brutale,

                  - une irrigation des cultures ayant une incidence sur le niveau des cours d'eau.

                  - un développement de retenues collinaires pas toujours bien intégrées.

                  Cas du petit angoumois

                  Le déficit de représentation du petit angoumois ne doit pas être un motif de défaillance dans la prise en compte de son paysage : que ce soit lors d'aménagements lourds ou par la somme d'interventions d'apparence ponctuelles et anodines. La déprise agricole, possible dans ce secteur, est susceptible d'amener, avec le développement de la friche, la fermeture progressive des clairières et essarts. Une intensification de l'enrésinement appauvrirait les paysages du secteur, la diversité des types de boisements étant garante de la diversité des ambiances forestières qui participe à l'identité du secteur.

                  C - POTENTIALITES ET/OU ORIENTATIONS ENVISAGEABLES

                  La dimension légendaire des territoires, un peu perdue au cours de ces dernières décennies, constitue un potentiel non négligeable de valorisation paysagère.

                  Cela concerne notamment la "marche boisée" et le pays du karst.

                  Sans vouloir à tout prix renforcer ce trait de caractère, en pays du karst, la nature géologique même du terrain pourrait être (re)combinée à la légende pour constituer le fil conducteur de mises en scène paysagères de sites mis en réseau. Manifester et renforcer son identité forestière pourrait amener à utiliser les motifs des clairières et des lisières très découpées comme support et cadre de développements urbains contrôlés.

                  L'équilibre de production à travers l'existence conjointe de la polyculture et de l'élevage sont à maintenir et à promouvoir afin de participer à la qualité des paysages du secteur, en veillant au maintien d'un parcellaire de dimension moyenne et au voisinage de cultures variées.

                  L'identité forestière est un atout à préserver et à valoriser ; bon nombre de ses caractères ou principes de gestion sont réutilisables dans l'aménagement des espaces publics.

                  La qualité forestière des paysages du pays d'Horte est un atout à préserver et valoriser :

                  - en veillant à limiter l'impact des secteurs forestiers privés, et notamment des réserves de chasse, dans la perception des paysages forestiers ;

                  - en maintenant la force des contrastes entre espaces ouverts et espaces boisés : intimité des "villages-clairières", ouvertures vers les horizons lointains, en lisière de secteur.
                  Mieux ouvrir et plus largement ce secteur à la promenade, en valoriser les parcours, sont aussi des façons de faire reconnaître ses paysages, en permettant une découverte plus large d’un pays un peu secret.

                  Autour d'Angoulême…

                  … le maintien de coupures d'urbanisation.

                  L'agglomération angoumoise doit s'appuyer sur ses paysages pour faire des choix dans l'organisation et l'occupation de son territoire.

                  Au vu du développement de ses communes, et indépendamment de leur statut intercommunal, on constate que le secteur des côtes de l'angoumois est concerné dans sa totalité par l'expansion de l'agglomération.

                  Le choix des lieux de développement de l'habitat, des zones d'activités et d'équipements doit donc se faire à l'échelle de l'agglomération urbaine élargie, dans le souci d'une économie des espaces "naturels" (espaces de loisirs et de respiration) et du maintien de coupures d'urbanisation permettant de préserver l'identité des différentes entités qui composent l'agglomération. Les vallées du secteur son -tout particulièrement dans ce contexte- des espaces naturels intéressants, et des paysages à préserver. Il s'agit de les valoriser dans leur continuité et de valoriser les sites ponctuels comme autant de scènes qui en enrichissent le parcours.

                  … des "vallées - entrées de villes".

                  Jouant le rôle d’entrées de ville, les vallées de l’Anguienne et des Eaux Claires (côtes de l'angoumois) constituent un enjeu pour l'agglomération, avec laquelle leur relation doit être réfléchie et aménagée. Une continuité d'espaces non bâtis doit être assurée, permettant par exemple de valoriser la pénétration au cœur de l'agglomération des éléments structurants du paysage qu'elles représentent. A l'inverse, elles constituent aussi ses portes sur la campagne, qui doit rester perceptible comme telle. Plateau, coteaux, fonds de vallée, rivières, boisements, dégagements visuels, noyaux urbains, doivent être pris en compte comme éléments constitutifs du paysage, sur lesquels s'appuyer pour cadrer l'évolution de ce secteur, que peut fragiliser la proximité d'Angoulême.

                  Réaffirmer la partition des paysages.

                  Les paysages du secteur des collines de Montmoreau s'enrichissent de leur diversité, des contacts et lieux de passage d'une ambiance à une autre. Cette organisation en mosaïque doit être réaffirmée et entretenue. Dans cet objectif, il s'agira d'affirmer les différences, tout autant que de soigner les transitions. Ainsi, le développement de la friche, entraînant l'extension des zones boisées, n'est sans doute pas une menace pour les paysages du secteur si celle-ci est contenue sur les hauteurs. Une extension sur les coteaux entraînerait une fermeture progressive du paysage, qui nuirait à sa qualité d'ampleur.

                  Les vallées du secteur doivent être valorisées, tant dans leur continuité que sur les sites particuliers qui en enrichissent le parcours.

                  D'une façon générale, le patrimoine architectural joue son rôle dans la caractérisation des paysages : notamment quand il est spécifiquement lié à l'eau (ponts, lavoirs, moulins) ou au relief (châteaux sur des sites défensifs, moulins à vent), et à leurs usages. Sa mise en valeur doit s'accompagner de celle des sites qui l'accueillent.

                    
                   
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                  II3 - LES MESURES EN COURS
                    


                  OPERATIONS D'AMENAGEMENT

                  Des études d'aménagement de sites déjà connues et fréquentées se développent dans certains secteurs, notamment périurbains. La complexité des paramètres en jeu nécessite la prestation d'équipes pluridisciplinaires (architectes, paysagistes, écologues, urbanistes…) qui abordent les problématiques d'aménagement de manière transversale à travers : diagnostics paysagers, évaluation des enjeux de paysage (commande, fréquentation…), formulation spatiale du projet et conduite des aménagements. Une étude d'aménagement de la vallée des Eaux Claires, sur le secteur des roches de Puymoyen (côtes de l'angoumois), est en cours.

                  Grands projets à forts impacts paysagers :

                  La ligne TGV reliant Tours à Bordeaux va passer à une ligne grande vitesse, son aire d’étude recoupe les ensembles paysagers de la "marche boisée", dupays du karst, des côtes de l'angoumois, dupetit angoumois et de la double saintongeaise. La "réponse paysagère" à apporter à l'implantation d'une telle infrastructure dans chacun de ces paysages est nécessairement spécifique.

                    
                   
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                  II4 - QUELQUES BOÎTES A IDEES
                    


                  A - POUR LA PLANIFICATION

                  Veiller au maintien de la qualité rurale et forestière des territoires : des veilles indispensables… au moment de l'élaboration des Plans d'Occupation des Sols.

                  - Respecter des coupures d'urbanisation suffisamment étendues et cohérentes pour garder une réelle force paysagère.

                  - Préserver des sites ayant un intérêt intercommunal (espaces de forte valeur paysagère, liés notamment à la présence de l'eau, de dégagements visuels, de falaises...).

                  - Sauvegarder des qualités rurales existant encore, en protégeant les sols agricoles, en favorisant le regroupement de l'habitat autour des noyaux urbains existants, en évitant le mitage pavillonnaire ou des bâtiments d'activité, en évitant les expansions urbaines étirées le long des voies de communication...

                  - Veiller à la fragilité particulière des coteaux et des bords de plateau, sur lesquels tout aménagement est fortement perceptible,

                  - Contrôler la répartition des zones dégagées et boisées, tout particulièrement en fonds de vallées,

                  - Observer un recul suffisant des constructions par rapport aux massifs boisés, de façon à ne pas "privatiser" les lisières.

                  Des occasions multiples pour l'identification des paysages ­et leur prise en compte­ dans la planification et la programmation.

                  À l'occasion d'études sur la qualité des cours d'eau (celles-ci se multiplient)

                  - Effectuer conjointement l'analyse paysagère : les éléments qui ressortiront d'une telle "lecture" seront utiles sinon nécessaires comme base de réflexion et de dialogue à toute action d'aménagement ultérieur.

                  Pour l'accueil et la découverte.

                  - Établir des plans de valorisation des promenades en maintenant notamment ­dans les traversées de forêts privées­ des bandes boisées d'accès libre entre clôtures et chemins, qui pourraient être acquises par la collectivité,

                  À travers la formulation de projets intercommunaux.

                  - Appréhender les paysages de ces secteurs à l'échelle des communautés de communes ou des Pays pour prendre en compte de façon global l'équilibre entre espaces ouverts et espaces boisés.

                  Des politiques d'acquisition publique et d'aménagement réduit.

                  - Relier des sites d'intérêts variés et faire naître des initiatives inventives de développement économique, touristique et/ou social grâce à l’acquisition publique de terrains, dans des secteurs où l'agriculture est en perte de vitesse, tout en assurant le maintien (par l'usage) de la qualité paysagère globale d'un territoire.

                  B - POUR L'AMENAGEMENT

                  - Assurer la meilleure "composition avec le paysage" des grandes infrastructures, notamment dans les modes de relations visuelles avec les espaces ruraux.

                  - Valoriser le paysage des Monuments et des routes touristiques.

                  - Encourager la qualité architecturale des bâtiments agricoles, sans camouflage ni déguisement, mais par les choix des emplacements, des volumes, des matériaux, avec le concours des hommes de l’art, c’est-à-dire en dépassant la stricte fonctionnalité. Ces outils de travail peuvent s'inscrire dans le paysage avec la volonté de contribuer à une identité régionale valorisante.

                  - Mieux utiliser le vocabulaire végétal dans les articulations entre la campagne et les zones urbanisées, et notamment les motifs des clairières, des boisements aux lisières très découpées comme support et cadre de développements urbains contrôlés, dans les opérations de traitement des entrées de villes et de villages...

                  Aborder les paysages de vallée site par site, y compris de petites scènes
                  (particulièrement dans les côtes de l'angoumois).

                  -  Organiser les tronçons au droit des franchissements routiers (aménagement de "scènes paysagères" autorisant une vision globale par exemple).

                  - Aborder la restauration du patrimoine (les fabriques) à travers une lecture de site, une réalité de territoire ; le patrimoine en question n'est jamais là par hasard. Aborder ensemble la restauration du patrimoine (pont, moulin,…) et sa mise en scène concomitante, en tâchant d'identifier avec précision quelle est la nature de ses relations avec le paysage de la vallée.

                  - Restaurer (ou recréer) le contact de la vallée avec les agglomérations : promenades publiques, dégagements visuels sur de belles scènes, intégration et aménagement d'éléments nouveaux, composition paysagère des lieux de loisirs (campings, sites de pêche)…

                  - Repérer et aménager légèrement les sites d'intérêt "naturel" et/ou sportif (mise en scène paysagère de l’accessibilité, des parcours, des scènes…) ; prévoir la mise en réseau de ces sites.

                  Mettre en place l’accessibilité des vallées et améliorer leur lisibilité.

                  - Acquérir et entretenir les chemins en liaison notamment avec les centres urbanisés, et traiter sur le plan paysager les scènes et fenêtres.

                  - Restaurer les continuités dans les parcours.

                  - Repérer et mettre en scène des points de vue, notamment routiers, depuis les parcours sur le haut des coteaux, et dans l’espace même des vallées.

                  C - POUR LA GESTION ET L'ENTRETIEN

                  - Assurer la richesse floristique et l’intérêt paysager des motifs forestiers : allées traversantes ouvertes sur la lumière des plaines, lisières riches et entretenues, animant le passage des chemins, matières forestières révélant la position charnière de la région au plan des climats.

                  - Maintenir la netteté des contrastes forêt / clairières, forêt / vallées ; veiller à la pérennité des lisières forestières en limite de coteau ; gérer les boisements dans le souci d'un équilibre entre feuillus et résineux (pays d'Horte).

                  - Entretenir les berges ; cela pose le problème de la valeur collective du cours d'eau. Les propriétaires privés ont beaucoup de mal à assurer ces charges de gestion. Des équipes de techniciens de rivières, des entreprises de réinsertion œuvrent sur des linéaires de rivières importants dans la région.

                  - Entretenir, en prenant en compte la dimension écologique, le sous-bois des peupleraies de façon à maintenir leur transparence peut s'avérer déterminant pour la lisibilité des fonds de vallées et cours d'eau (collines de Montmoreau).

                  - Examiner et anticiper la place des friches et de la reforestation dans les secteurs où l'activité agricole décroît. Elles représentent un potentiel écologique et touristique non négligeable (petit angoumois, double saintongeaise).

                    
                   
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                  Opérateur technique : ORE - http://www.observatoire-environnement.org - liste des pages
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