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100 - Plaines de champs ouverts
Méthode d'inventaire et d'identification des paysages


Aux environs de Surgères, la plaine présente son horizon de sol plan dominé par les cultures céréalières.La ligne du ciel est animée cependant par les objets qui viennnent le ponctuer de loin en loin (ici un silo), et les frondaisons de ce qui peut être aussi bien une haie qu' un bois: sans relief, seule la lisière du motif est perceptible.

 

Les cultures et le ciel, dans tous ses états, dans un rapport simple mais plein de souffle, composent avec grandeur ce paysage.

Les plaines de champs ouverts regroupent l'ensemble des grandes plaines céréalières de la région qu'elles marquent fortement car elles y sont majoritaires en surface. De plus, les principales infrastructures de transport d'importance nationale (A10, N10, N147, N11, TGV) qui traversent le Poitou-Charentes offrent ce type de paysages aux regards des voyageurs.

Bien que parfois décrié et ressenti négativement, notamment lorsqu'il est assimilé et réduit à une "industrie agricole" génératrice de désordres dans l'environnement, ce type de paysages est le symbole de l'activité rurale et paysanne de nos campagnes depuis des siècles. Il correspond d'ailleurs assez précisément au schéma que chacun de nous peut avoir à l'esprit­ des grandes plaines cultivées françaises.

Ces types de paysages concernent 17 % du territoire régional et comprennent les secteurs suivants :


CES TYPES DE PAYSAGES
COMPRENNENT LES SECTEURS SUIVANTS :

    - la plaine d'Aunis

    101

      - la plaine du nord de la Saintonge

      102

        - la plaine de Niort

        103

          - les plaines de Neuville à Thouars

          104

            - les plateaux de Pamproux et de Lezay

            105

            - la dépression de Villebois-Lavalette

            106

            L'AMBIANCE PAYSAGERE
            Les représentations : les modèles littéraires, picturaux...
            La perception sensible des plaines de champs ouverts
            Les plaines de champs ouverts dans le contexte régional
            L'analyse par motifs

            LES DYNAMIQUES
            ET ENJEUX DE PAYSAGE

            Les principales dynamiques dans les plaines de champs ouverts
            Le diagnostic paysager
            Les mesures en cours
            Quelques boîtes à idées

            I -L'AMBIANCE PAYSAGERE
             
            I1 -LES REPRESENTATIONS : les modèles littéraires, picturaux…
              


            Les plaines font l’objet de peu de représentations plastiques, qu’il s’agisse de peinture ou de photographie, et d'une représentation littéraire dévalorisante.

            Néanmoins, du fait du dégagement du sol et des vastes cultures céréalières, l’image associée mentalement à ces paysages est celle, fortement inscrite dans l’inconscient collectif, de la Beauce.

            Certains d'entre nous refusent même d'accorder aux plaines d’openfield la qualité de paysages devant l’absence "évidente" de pittoresque (ce qui peut être peint). A travers de nombreux écrits, on trouve des dénominations de jugement plutôt négatif : territoires "banalisés", "sans attrait", "mornes plaines", associant ce type d’espaces à la perte de qualités, admises comme "paysagères", telles la disparition de modulations du sol, de la présence d'arbres et de haies, d'une certaine variété des objets…La plaine d’Aunis et la plaine du nord de la Saintonge en particulier, semblent avoir été à l’origine de ces descriptions de paysages plats, blancs, monotones, au "charme très incompris", qui ressortent des écrits des auteurs, Eugène Fromentin (*) et Pierre Loti (*) en tête.

            Les modèles de paysages picturaux du XVIIe siècle, repris dans les parcs et les jardins des XVIIIe et XIXe siècles, relayés par toute l’imagerie académique, ainsi que les cartes postales constituent un cortège de représentations encore très présent dans l'imaginaire collectif.

            Ainsi, les paysages qui s'écartent trop de ces référents, de ces "modèles", ne sont-ils bien souvent même pas abordés lorsqu'il est question de paysage. Ces a priori négatifs sont aujourd’hui redoublés par les accusations d’atteinte à l’environnement portées à l’agriculture intensive, dont la plaine d’openfield forme bien sûr la figure paysagère emblématique.

            L'expression la plus forte des liens que les paysages de plaines de Poitou-Charentes entretiennent avec le modèle de la Beauce s’exprime tout particulièrement dans le vaste secteur de la plaine de Neuville à Thouars, avec une forme de paysage très ouvert. Cette assimilation fait oublier les caractères spécifiques de ces plaines tels, par exemple, la présence des horizons de tuffeau au nord, les arbres isolés (noyers), les petites vignes et vergers. La non prise en compte des caractéristiques propres de ces plaines, notamment à l'occasion des vagues successives d'aménagement foncier, donne le sentiment d'une perte d'identité et d'une nostalgie des plaines d'antan qui renforce l'a priori négatif.

            La plaine ne semble pas avoir été considérée comme un sujet très pittoresque. Il n'en existe que peu de représentations (peinture, littérature…). On peut néanmoins citer deux types de représentations contemporaines particulières : la plaine figure dans certains documents pédagogiques du type la clé des champs, pour sa partie Deux-Sèvres. Elle y est nommée "plaine de Thouars" et son paysage est assimilé à celui de la plaine de Niort. S'agissant d'un document à vocation naturaliste, la plaine apparaît surtout comme l'habitat de certains oiseaux, en particulier le busard cendré et, bien sûr, l'outarde canepetière.

            Toutefois, en terme de représentations, deux cas font exception :

            Il existe effectivement des œuvres d'art importantes relatives à la plaine : œuvres notamment présentes au château d'Oiron.

            On citera en particulier le travail de Paul-Armand Gette sur le paysage du château lui-même, qui valorise les espèces herbacées rudérales ainsi que l'élément minéral sous sa forme de "cailloux" révélant ainsi, par contraste avec d'autres roches relatives à d'autres paysages, la spécificité de cet élément dans les paysages de plaines. Joan Fontcuberta relate dans une salle du château l'extraordinaire découverte du cocatrix, mystérieux animal de la région, par le Dr Ducroquet. D'autres artistes, invités peut-être dans l'avenir à travailler sur le site du château d'Oiron, pourraient encore alimenter l'imaginaire relatif à la plaine, jusqu'ici assez pauvre en représentations.

            La dépression de Villebois-Lavalette fait également exception à cette règle de "non représentation". La présence du château de Villebois, juché sur son promontoire au milieu du dégagement de la plaine, constitue un motif de choix pour les peintres qui nous en offrent de nombreuses représentations. Cette position surplombante et emblématique offre une vue pittoresque sur la nudité de la plaine environnante.

              
             
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              I2 - LA PERCEPTION SENSIBLE DES PLAINES DE CHAMPS OUVERTS
                


              Le dégagement du sol par cultures conditionne toute la perception des secteurs de plaine.

              Sans obstacle, l’œil peut voler sur les étendues immenses de territoire et ne rencontre que le ciel. Du fait de la platitude du relief, le moindre objet se remarque et apparaît le plus souvent et le plus distinctement à l’horizon. Les plus courants d’entre eux, clochers, silos, châteaux d’eau, pylônes électriques, mais aussi arbres isolés, bosquets ­sans oublier les parcs­ viennent capter l’œil à la rencontre du ciel et des champs. Il faut savoir apprécier la grandeur et la respiration de ces espaces d'organisation simple.

              Pour laplaine d’Aunis, ces sensations sont particulièrement effectives, mais ne se limitent pas non plus à cela.. Il faut noter certaines particularités de l’architecture, marquée par la pierre blanche, la présence de quelques lambeaux de haies en limite de parcelles et des routes, mais peut-être surtout de la lumière, influencée par la proximité de l’océan.

              Dans ces espaces vastes et simples, ce ne sont pas les objets qui vont mobiliser l’attention…

              C’est au contraire l’occasion d’apprécier, depuis quelque point haut, la géométrie des parcelles découpant le sol ou les effets des saisons : l'attention n'étant retenue ni par l'espace, très uni, ni par les objets, assez rares, une dominante semble se dégager, retrouvée d'ailleurs dans la littérature : la couleur. Ce sont en particulier les couleurs des cultures en fleurs : le jaune des colzas ("à la limite du jaune", comme le disait Colette) et celui des tournesols donnent à ces terres plates comme un accès de violence, mais dont on sait qu'il ne durera pas... On peut y apprécier également l’effet du vent sur les barbes des céréales, le vol des oiseaux... En hiver, les belles teintes de la terre elle-même se révèlent comme la principale présence sensible du secteur, dans la gamme des ocres allant du jaune au rouge foncé. Le ciel avec ses couleurs vient compléter une figure très horizontale, calme et ordinaire.

              Un type particulier d'animation de la plaine est lié aux vallées situées aux franges. En plaine de Neuville à Thouars par exemple, à l'occasion des modulations de relief qu'elles créent dans ce paysage plat, on trouve les principales localités, à l'exception notable du cas de Neuville.

              Le contraste est renforcé par la nature granitique du fond des vallées, dans un ensemble plat et calcaire : le site très exceptionnel de la cascade des Pommiers (vallée du Pressoir), près de Thouars, tire un de ses attraits de ce contraste.

              Dans la plaine de Niort, les horizons sont très fréquemment occupés par d’autres formes de paysages, qui la recoupent et la scindent en nombreux compartiments dégagés, isolée les uns des autres. Ainsi, la notion de dégagement et de continuité du sol est-elle ici, moins marquée. Les arbres des bocages, des peupleraies, des massifs forestiers, participent plus fortement aux ambiances qui se présentent et modulent le schéma initial de l’openfield.

              Si les plateaux de Pamproux et de Lezay se rattachent aux modèles de paysages précédemment cités, leur réalité n’est pas exactement celle des grandes plaines de la région, du fait de la taille réduite des dégagements : un horizon de bois, un bocage, une vallée ne sont jamais loin. Les plaines de Pamproux et de Lezay apparaissent comme des plaines fugaces, des parenthèses.

              Dans le cas de la dépression de Villebois-Lavalette, on remarque plus particulièrement, depuis les points de vue du château et autres positions surplombantes, les lignes horizontales où alternent les dégagements cultivés avec les lignes boisées qui accompagnent les cours d’eau, jusqu’à l’horizon des zones boisées environnantes

                
               
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                I3 -LES PLAINES DE CHAMPS OUVERTS DANS LE CONTEXTE RÉGIONAL
                  


                A - LES FRANGES OU L'IMPORTANCE DE LA NATURE DES CONTACTS ENTRE SECTEURS PAYSAGERS (plaine / ville, plaine / bocage, plaine / mer, plaine / plaine…)

                La nature et la qualité des franges déterminent fortement la lecture et l'identification du secteur paysager. Celles-ci peuvent être visuellement très marquées ou au contraire ne pas s’exprimer physiquement.

                Des franges marquées dans le cas de la plaine de Neuville à Thouars.

                Les plaines de Neuville à Thouars sont regroupées du fait qu'elles apparaissent sur un socle géologique commun et révèlent un grand nombre de caractéristiques communes. Cependant le sentiment d'appartenance à une seule entité ainsi définie n'existe pas vraiment. L’appartenance se rapporte plutôt aux différentes plaines qui composent l'ensemble.

                Au nord-est : le secteur des collines de tuffeau présente un rebord surélevé, une côte, qui occasionne de belles positions de belvédères regardant la plaine, comme à Curçay-sur-Dive par exemple. D'autre part, la plaine étant dégagée, la côte forme l'horizon au nord-est, et c'est visuellement l'horizon le plus important dans la mesure où il est bien orienté par rapport au soleil.

                Au sud-ouest : la plaine et le bocage semblent ne pas se côtoyer directement : les rivières provenant des socles granitiques du bocage ont creusé la faible épaisseur de calcaire de la plaine près du bocage, et leurs vallées, leurs paysages s’interposent entre plaine et bocage. L'Auxances, le Thouet, l'Argenton, forment ainsi l'essentiel des franges sud-est.

                Au nord-ouest : la plaine se prolonge un peu au-delà des limites régionales vers Montreuil-Bellay. Cependant, entre St-Martin-de-Sanzay et Cersay, elle fait place à un secteur de vignoble, dans un paysage "Saumurois".

                Au sud-est : en terme de lecture du paysage, l'entité de la plaine prend fin avant la vallée du Clain, qui correspond à la limite du socle géologique jurassique.

                En effet, les multiples ruptures occasionnées par la vallée de l'Auxance, et surtout l'autoroute A10, la RN10 et les faubourgs de Poitiers, interposent des motifs qui ont tôt fait d'éteindre l'ambiance fragile de la plaine dénudée. Une ambiance de plaine est cependant perceptible à la sortie nord-ouest de Poitiers, mais elle est rapidement annulée par les horizons commerciaux de Migné-Auxances.

                Des franges invisibles entreplaine d’Aunis, plaine de Niortetplaine du nord de la Saintonge.

                Du strict point de vue des caractères physiques, les paysages de la plaine d’Aunis ne présentent pas de différences significatives avec deux grands secteurs de plaine voisins, la plaine du nord de la Saintonge et la plaine de Niort. Ces plaines semblent en apparence former un unique grand ensemble pour le visiteur de la région. Entre Aunis et Saintonge cependant, les sentiments d’appartenance sont si forts qu’il a paru indispensable ­pour désigner ce qui reste avant tout des terroirs­ de réintroduire ici les appellations historiques par laquelle les habitants s’associent spécifiquement au territoire. La découpe du secteur vers l’est est donc liée à cette réalité, sans qu’il soit possible, sinon par le léger seuil de la vallée du Mignon, d’éprouver un réel changement de paysage.

                Des franges particulières.

                Pour ce qui concerne ses franges nord, sud et ouest en revanche, le secteur est cette fois marqué par sa situation côtière. Les anciennes côtes, qui dominaient autrefois les golfes aujourd’hui disparus, marquent toutefois toujours le seuil avec les marais desséchés (partie desséchée du Marais Poitevin, marais de Rochefort), dont les paysages de champs ouverts présentent un paysage très proche de l’Aunis lui-même.

                Vers la mer, l’agglomération de La Rochelle a désormais presque entièrement rompu le contact entre plaine et mer. La côte fait aujourd’hui l’objet d’un processus de développement si spécifique que l’Atlas a choisi d’identifier la côte d’Aunis comme un ensemble particulier, prenant acte de la rupture de l’enchaînement de la plaine avec la mer. Sur un important linéaire, c’est en effet désormais le rapport de la plaine avec l’agglomération rochelaise elle-même qui impose ses horizons périurbains.

                B - UNE IMAGE DE LA REGION DEPUIS LE RESEAU ROUTIER OU L'IMPACT DES PLAINES DE CHAMPS OUVERTS DANS LA PERCEPTION REGIONALE.

                La plupart du temps, plusieurs axes importants sillonnent la plaine et constituent des points de vue très fréquentés. L’insertion du réseau routier dans les paysages de plaines est tributaire de deux éléments essentiels :

                La situation de l’infrastructure par rapport au relief et sa position relative dans l’entité paysagère considérée, détermine la qualité de son insertion.

                C'est par exemple le cas de l’A10 en plaine de Neuville à Thouars qui représenterait potentiellement le plus grand nombre de visiteurs traversant la plaine. Cependant, le traitement de l'autoroute en déblai ne permet aucune vision de cette entité de paysage, et l'épisode autoroutier qui lui correspond est plutôt dédié au Futuroscope.

                Du fait de la faible largeur de la plaine, et de son orientation perpendiculaire aux flux principaux, elle n'est que partiellement traversée par les axes nationaux ou équivalents ou, seulement dans sa largeur.

                Seul l'axe Poitiers-Thouars donne la mesure de l'étendue de la plaine, qu'il traverse en plein milieu et dans sa longueur. C'est aussi, du point de vue touristique, l'axe qui relie les deux points forts que sont le Futuroscope et le château d'Oiron.

                La nature du traitement des abords de l'infrastructure est tout aussi déterminante.

                Sur l’ensemble du réseau routier parcourant les plaines de Niort, d'Aunis et du nord Saintonge (RN11 entre l'A10 et La Rochelle - l'Ile de Ré, RD939 de Surgères à La Rochelle, RD911 de Muron à Mauzé), on constate une présence de haies composites avec de nombreux ormeaux en mauvaise santé et plutôt mal entretenus, qui interposent des écrans opaques sans qualité entre le visiteur et les paysages dégagés de la plaine.

                Ce type de haies contribue à la monotonie de l’ambiance. Ces écrans banalisent considérablement les parcours et gomment les contrastes potentiels de la région. On regrette ici la trop grande rareté des plantations d’alignement, qui montrent, dans d’autres plaines, l’intérêt d’un motif qui accompagne la route, rompt la monotonie de la plaine tout en procurant de vigoureux premiers plans donnant du relief aux grands dégagements cultivés. Aucun chemin de Grande Randonnée ne parcourt le secteur.

                C - LES PRINCIPAUX POINTS DE VUE SUR LES PLAINES DE CHAMPS OUVERTS.

                Bien souvent, la platitude du relief implique une rareté relative des points de vue et par conséquent, un caractère d’autant plus précieux de ces derniers. Ces points de vue sont rarement internes à l'entité paysagère considérée.

                En plaine du nord de la Saintonge, quelques points de vue, sur ce territoire plat, apparaissent au niveau de légers rebords des nombreuses vallées qui la sillonnent.

                Les points de vue sont plus fréquemment présents depuis les secteurs voisins légèrement plus élevés.

                C’est le cas par exemple pour la plaine de Niort, à Ste-Ouenne, lorsque l’on vient de la Gâtine, et où le grand dégagement, presque annonciateur de la mer, forme un beau contraste avec l’univers cloisonné du bocage.

                Il en existe d’autres, au sud de Ste-Néomaye, depuis le bocage des terres rouges. Mais ils sont souvent difficilement accessibles.

                Certains points de vue peuvent être artificiels.

                Pour la plaine de Neuville, le Futuroscope est construit sur le socle calcaire de la plaine, ses toitures caractéristiques apparaissent à l'horizon plat de la plaine, et on peut avoir, depuis la "Giratour", des vues lointaines sur son étendue.

                Le château d'Oiron apparaît encore plus au visiteur comme un objet posé dans la platitude de la plaine, qui forme le paysage visible de toutes les fenêtres du château.

                Des points de vue constituent parfois le fait marquant d'un ensemble de paysages.

                C'est le cas pour la dépression de Villebois-Lavalette. Cet ensemble est ponctué par un point de vue central, accessible au public, lié à un monument, organisé comme un observatoire de la plaine, qui se trouve pour ainsi dire la seule de la région à disposer, en son sein, de son propre point de vue.

                Cela peut être également le cas des buttes témoins  en plaine de Neuville à Thouars

                  
                 
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                I4 - L'ANALYSE PAR MOTIFS
                  


                A - LE RELIEF ET LES ROCHES

                Dans le mot plaine, il y a la notion d’un territoire plan. Le relief est peu marqué, ou pas du tout, et c’est un caractère essentiel du paysage, qui en conditionne fortement la perception.

                Les caractéristiques géologiques sont telles que la roche sous-jacente n’apparaît que rarement : c’est la terre, qui la recouvre, qui autorise les cultures et apparaît nue en hiver, que l’on retient comme socle de ces paysages. Quelquefois cependant, à l’occasion d’une section de route en déblai, une coupe est offerte au regard.

                Pourlesplaines d'Aunis et du nord de la Saintonge, les rebords de plaine (secteurs de franges) présentent les événements des côtes mortes au-dessus des marais. Un micro relief est aussi à signaler, celui que constitue très légèrement le socle bombé de la forêt de Benon en plaine d'Aunis.

                Les vallées de plaines ne présentent pas de relief spécifique sauf pour les plaines de Neuville à Thouars où elles strient le territoire de manière plus marquée, car plus encaissées. La roche calcaire n’apparaît pas réellement comme un élément essentiel du paysage.

                Des évènements géologiques, naturels ou artificiels très circonscrits prennent une importance particulière, par contraste.

                C'est le cas notamment des Falunières du Moulin Pochas (Faluns d'Amberre) qui offrent dans les paysages de plaines de Mirebeau un univers assez étrange.

                Ailleurs, le principal événement est formé par le contraste entre les calcaires de la plaine et les granits du fond des vallées (cf. vallée du Thouet). L'exploitation des granulats de granite occasionne également, à l'ouest de Thouars, de grands terrils qui surprennent dans la platitude de la plaine.

                Les mouvements de vallées sont également plus prononcés sur les plateaux de Pamproux et de Lezay. Le fossé d’effondrement interrompt la plaine de Pamproux, effet renforcé par la position du bourg à flanc de coteau, dominé par la silhouette d’un immense silo. La vallée de la Dive (la "Dive du sud") est moins marquée dans la plaine de Lezay. Celle-ci marque cependant quelques mouvements de relief dans sa partie ouest, creusée de thalwegs orientés vers le sud-ouest, amorces des vallées du Mellois tout proche. Les roches calcaires occasionnent quelques évènements de gouffre (Bonneuil).

                A la différence des autres plaines de la région, la dépression de Villebois-Lavalette reste marquée par le relief. De part et d’autre, les côtes des massifs boisés, la vallée de la Nizonne, restent perceptibles. Dans la plaine elle-même, le sol est animé par deux types de modulations : les vallées du Voultron et du Ronsenac, et bien sûr les éperons, dont celui qui supporte les châteaux de Villebois et de la Mercerie.

                B - L'EAU ET SES MANIFESTATIONS

                L’eau n’apparaît que rarement sur les terres cultivées, sinon celle des pluies et des arroseurs. En revanche, les différentes ­et souvent nombreuses­ vallées qui sillonnent ces secteurs de champs ouverts apportent une présence de l’eau, même si celle-ci est plus "évoquée" (végétation spécifique) que directement visible. C'est le cas des peupliers qui se dessinent sur l’horizon en plaine de Niort ou en plaine de Neuville à Thouars par exemple.

                En plaine d'Aunis, quelques vallées, occupées par des systèmes complexes de ruisseaux, de bras, de canaux, plus ou moins liés au marais tout proche dont la plaine constitue le bassin versant, recoupent les paysages de champs ouverts. Ces éléments se signalent encore une fois beaucoup plus par la végétation qui les accompagne que par les motifs de l’eau elle-même, presque toujours cachée.

                Cette caractéristique s'applique également à la plaine du nord de la Saintonge où le territoire présente un chevelu particulièrement dense de vallées. Outre la Boutonne, (qui fait l’objet d’une description spécifique), il faut citer ses affluents : la Nie et la Trézence, ainsi que les rivières débouchant au Marais Poitevin : le Mignon et la Courance.

                C - LA VEGETATION

                La culture généralisée du sol, qui procure le grand dégagement visuel des plaines, forme avec le relief plat l’essentiel du caractère des paysages. Les cultures elles-mêmes, leurs matières, les couleurs qui se succèdent selon la saison, forment donc la principale substance paysagère de ces secteurs.

                Il faut cependant signaler de notables différences entre ces secteurs et le modèle de la Beauce souvent invoqué.

                En plaine de Niort, le dégagement du sol n’est pas total : entre certaines parcelles, et surtout le long de petites routes, des haies apparaissent ­mais sans former de système­ comme posées là sans véritablement instaurer de relation d’espace avec ces mêmes voies. Signalons aussi le massif forestier que constitue la forêt de Benon, que prolongent vers l’est la forêt de Chizé et les horizons de la marche boisée. Cet ensemble à dominante forestière, qui vient en quelque sorte interrompre la plaine, constitue la "trace" de l’ancienne forêt d’Argenson ; celle-ci se répercute aussi vers l’ouest par une constellation de bosquets.

                Les vallées modulent aussi fortement l’ambiance générale de la plaine. Les réseaux complexes de bras de rivière, de biefs et autres cours d'eau laissent apparaître une végétation spécifique des milieux humides contrastant avec celle de la plaine.

                Dans cet ensemble au sol plan, la végétation donne aux vallées le volume que le relief ne leur a pas accordé.

                Les peupliers trouvent là un sol humide propice et marquent le parcours des rivières, instaurant des accidents de volume dans la plaine horizontale. Ils ne sont pas seuls, puisque les vallées accueillent aussi un système spécifique de végétation de berges, aulnes et saules en abondance, qui le plus souvent s’imposent au regard plus que l’eau elle-même. Selon les sites, on peut aussi retrouver des systèmes de bocages autour de prairies dans les fonds de vallée.

                Dans ce schéma, les plaines de Neuville à Thouars apportent une spécificité : quelques parcelles de vigne s'y ajoutent : sporadiquement, au sud, pour le vignoble du Haut Poitou, plus nombreuses au nord en s'approchant du Saumurois tout proche. Dans ce grand dégagement, seul le bois du parc d'Oiron apparaît comme un événement dans la plaine, les autres massifs se trouvant sur ses franges : forêt de Scévolle, parc Challon, Forêt de Vouillé-St-Hilaire. Les peupleraies apparaissent au fond des vallées et en soulignent le cours... Elles peuvent aussi s'interposer dans le dégagement visuel, comme devant le donjon de Moncontour, dont la fonction défensive appellerait un paysage plus dégagé. Le long de la côte en particulier, le grand dégagement des parcelles est animé par la présence de noyers isolés.

                Autour des agglomérations grandes ou petites, le cortège des jardins, potagers, vergers, assure la transition entre les cultures et le bâti.

                Quelques tronçons de routes sont soulignés d'alignements, qui organisent une mise en scène très adaptée à la situation de plaine dégagée. On les remarque notamment sur la RN11,sur les plateaux de Pamproux et de Lezay en particulier : l'alignement routier, plutôt rare dans la région, prouve combien ce motif occasionne une mise en scène très agréable tant pour la plaine que pour la route.

                Pour la dépression de Villebois, la végétation qui accompagne les cours d’eau forme, depuis les points de vue du château, de très belles bandes horizontales qui alternent avec les cultures, et le paysage du secteur est également marqué par les boisements, qu’il s’agisse des forêts voisines ou de petits bois aux sommets des légers reliefs.

                D - LE BATI, LES MOTIFS CONSTRUITS

                Traditionnellement, et de longue date comme l’a montré R. Dion*, les secteurs de grandes cultures sont aussi des territoires où l’habitat est fortement regroupé, c’est là un caractère essentiel de ces paysages. Cette particularité va de pair avec le dégagement des sols et instaure une réelle continuité de l’espace, jusqu’à l’horizon…

                Il existe une véritable composition des villages, non seulement compacts, mais aussi pourvus, sur leur zone de contact avec la plaine, d’un vocabulaire de transition fait de jardins, de bosquets, de vergers, et de murs d’enceinte, qui font que les fenêtres des maisons ne s’ouvrent pas directement sur l’immensité des cultures et sur le vent qui les balaie.

                Les châteaux d’eau, les grands bâtiments agricoles (hangars, silos…) ponctuent régulièrement la plaine de leur silhouette, sans la déparer : leurs grands volumes, leur hauteur, leurs fonctions même, se trouvent en accord avec les dimensions de ce vaste paysage, et les difficultés viennent plutôt des tentatives maladroites de camouflage végétal, qui ne font que stigmatiser des éléments qui mériteraient surtout une architecture plus soignée.

                En plaine d'Aunis, la blancheur caractérise l’architecture traditionnelle des fermes et des villages, des magnifiques églises, et s’associe, comme les écrivains l’ont remarqué à la lumière de l’océan pour donner au secteur cette tonalité "d’os blanchis". Aujourd’hui, l’architecture des environs de La Rochelle prend une place considérable, la ville s’étend assez loin dans les dégagements de la plaine. Il s'y déploie une architecture de ces dernières décennies beaucoup moins caractéristique, qu’il s’agisse des bâtiments commerciaux, des logements, des activités…

                Mais, surtout, cette urbanisation ne reprend pas la structuration spécifique des villages groupés, entre lesquels le ciel semble se poser directement sur les champs, ni le vocabulaire précieux des franges urbanisées. A ce contact abrupt, les cultures semblent ne faire l'objet que d'un seul principe, celui bien connu en urbanisme de la "table rase" (tabula rasa) : sur certains "espaces libres" (en l'occurrence, les champs cultivés), l’urbanisation périurbaine s'est malheureusement trop souvent inscrite, récemment, sans transition, sans composition...

                En plaine du nord de la Saintonge, de nombreux écarts, fermes et petits hameaux complètent le dispositif de couverture du territoire.

                Pour la plaine de Niort, bien que Niort elle-même ait donné son nom à cet ensemble de paysages, la ville se trouve cependant au centre d’une découpe très complexe des paysages, où la plaine se trouve réduite à quelques poches dégagées presque apparentées à des clairières. On ne peut donc pas réellement affirmer que Niort soit une ville dans la plaine. Elle lui présente cependant ses façades nord-ouest et sud-est. Son influence se fait ressentir fortement sur les espaces de plaine qui s’étendent vers Saint-Maixent, le long de la RN11, où les horizons urbains ont tôt fait de prendre le pas sur les dégagements des champs, comme à Chauray, à La Crèche et Aiffres, qui continuent leur essor.

                Le long de cet axe, il existe un risque de continuité des espaces périurbains qui irait à l’encontre de la présence des paysages de campagne. De nombreuses autres communes autour de Niort sont en expansion, mais leur partie agglomérée appartient de préférence à un autre type de paysage.

                Le vocabulaire assez pauvre des extensions des villes depuis la guerre se fait durement ressentir sur le substrat nu de la plaine, qui perd alors d’un coup ses attributs d’horizon largement offert au ciel. En outre, le caractère strictement fonctionnel et commercial de ces développements n’a pas pris la peine de produire, comme les agglomérations anciennes, une ceinture de transition avec le paysage des champs, faite de murs, de jardins, de mails (…). Les volumes sans caractère spécifique se déversent dans la campagne, considérée comme un "non-paysage", et produisent toute leur médiocrité.

                Toujours dans le secteur de laplaine de Niort, Coulonges-sur-l’Autize (malgré son nom) se situe plus nettement dans le paysage de champs ouverts. De même, Villiers-en-Plaine représente le cas type de village inscrit dans cette structuration de paysage. Mais les principales agglomérations se situent de préférence aux contacts de la plaine avec un autre type de paysage, soit la bande bocagère, soit les vallées.

                Pour laplaine de Neuville à Thouars : Thouars appartenant au paysage de la vallée du Thouet, Neuville est la seule ville de la plaine. Comme les autres localités, plus petites, elle montre une très nette concentration du bâti : le regroupement est la règle, et marque nettement la plaine, là aussi en contraste avec le bocage tout proche. Les pavillons égarés, seuls ou en bande le long des routes, détruisent cet équilibre. Hormis les agglomérations, petites et rurales, on remarque de nombreux monuments mégalithiques : dolmens, tumulus ; des traces de la position stratégique de la région au Moyen Age (donjons), un moulin conservé sur une éminence... On notera l'architecture singulière des maisons de terre à Ouzilly-Vignolles.

                L'exemple de la dépression de Villebois-Lavalette constitue l’occasion de rappeler l’importance de l’architecture du château et de ses remparts dans le paysage de la plaine. Il n’y a que deux villages vraiment marquants de ce point de vue dans le secteur : Fouquebrune au nord-ouest, et Villebois-Lavalette, qui s’est développé au flanc ouest de l’éperon.

                E - LES RESEAUX (routes, lignes électriques…)

                Dans les grands dégagements cultivés, les poteaux et les pylônes apparaissent nettement, souvent seuls objets auxquels l’œil peut s’accrocher. Le contexte de paysage de plaine en accentue fortement l’impact.

                Quant aux routes, ce sont les modes de perception presque uniques, dans des secteurs peu attractifs pour la randonnée : les plaines forment plutôt des paysages que l’on traverse, rapidement, entre deux points.

                Là encore, il faut les mettre en relation avec le grand dégagement de l’espace, et noter l’importance des motifs de végétation qui peuvent les accompagner.

                Les alignements de grands arbres, quand ils existent, s’accordent particulièrement bien à cette circonstance paysagère.

                De loin, ils permettent d’instaurer un motif qui se détache avec élégance sur l’horizon qu’il anime, et depuis la route, ils forment des premiers plans d’une grande qualité pour donner de la profondeur et une certaine qualité pittoresque aux vastes dégagements visuels. Les écrans opaques, discontinus, souvent mal taillés, que l’on rencontre le long des routes, n’apportent par comparaison pas de valeur paysagère aux espaces qu’ils ponctuent.

                Néanmoins, là où des parcellaires anciens, "durabilisés" par la fixité des haies, ont été conservés, un réseau dense de petites routes et d’innombrables chemins (moins directs) contribuent au sentiment d’enfouissement que procure le bocage (bande bocagère en plaine de Niort) de manière très contrastée avec la plaine environnante.

                On ajoutera que, dans des secteurs sans objet, l'exercice de la représentation (à travers l’œil des dessinateurs, cf. Oiron) "s'accroche" aux poteaux supports des réseaux, qui constituent à peu près les seuls éléments qui se détachent et qui deviennent alors un élément symbolique des plaines de grandes cultures

                  
                 
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                  II -LES DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE
                    
                   
                  II1 - LES PRINCIPALES DYNAMIQUES DANS LES PLAINES DE CHAMPS OUVERTS
                    


                  Ces paysages qui prennent une place importante dans notre région sont marqués en terme de dynamique par deux phénomènes actuellement parmi les plus porteurs de transformation, les évolutions de l’agriculture d’une part et le développement urbain et péri urbain d’autre part.

                  Les plaines, espaces principalement voués aux productions céréalières et oléagineuses, ont particulièrement été transformées par les évolutions de l’agriculture depuis les années 50 ­ 60 et continuent à l’être au gré des modifications de la Politique Agricole Commune et de l’Organisation Mondiale du Commerce. Ces évolutions, récemment accentuées par la réforme de la PAC, ont entraîné un accroissement de la taille des exploitations dont la principale conséquence en terme paysager est l’agrandissement et le regroupement des parcelles (avec ou sans procédures d’aménagement foncier) et donc une élimination des effets de mosaïque et de maillage. S’il n’est pas possible de prévoir avec précision les effets des modifications de la PAC (modulation des primes), il est certain qu’il y a là une dynamique en cours et un enjeu majeur pour la qualité des paysages régionaux. Il y a peut être également l’occasion, pour les agriculteurs soucieux de la qualité de leur environnement et de la vitalité des territoires, d’inscrire la qualité des paysages dans leurs projets de développement.

                  Un certain nombre de secteurs de plaine sont situés dans ou à proximité de bassins de développement économique et démographique important. Dans ces paysages d’habitats groupés, le développement des grandes agglomérations et bourgs mais également des villages (habitations, zones artisanales ou commerciales) se fait hors des limites anciennes inscrites dans le paysage, et bien souvent sans cohérence ni continuité. Cette évolution bouleverse les compositions, souvent de qualité, des espaces de transition et des dégagements visuels et constitue à ce titre un facteur important de modification de nos paysages régionaux

                    
                   
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                  II2 - LE DIAGNOSTIC PAYSAGER
                    
                  A - ATOUTS ET FAIBLESSES
                    

                  Comme le notait Jean Pitié (*), il s’agit pour la région d’un des paysages "les mieux caractérisés", en référence aux plaines de grande culture. Issus de civilisations rurales anciennes, ils présentent (présentaient) une organisation spécifique et de qualité (voir ci dessus).C’est là un atout régional. En outre, les plaines constituent des lieux de grande respiration, de grands espaces d’une valeur réelle pour ceux qui en manque dans les villes.

                  Les plaines jouent également un grand rôle de par les contrastes assez vifs qu’elles créent avec le bocage, les vallées, les marais qu’elles contribuent à mettre en valeur.

                  Pourtant le risque existe que les différents aménageurs, considérant qu’il s’agit de paysages non pittoresques ( de non paysage), ne portent pas une attention aussi soutenue qu’à d’autres secteurs mieux reconnus.

                  Les paysages de la plaine sont fragiles.

                  L’horizon dégagé met directement en contact le ciel et la terre. Le moindre objet ­pavillon, centre commercial­ qui s’y interpose, est vu de très loin, et détruit leur identité de campagne, la beauté de leurs larges horizons. C’est donc paradoxalement un type de paysage qui nécessite une grande attention d’intégration, plus délicate peut-être que, par exemple, dans le paysage cloisonné du bocage.

                  En plaine de Neuville à Thouars, en même temps que la disparition de nombreux motifs ­notamment les noyers dans les champs ou les vignes plus nombreuses qu’ailleurs­ c’est d’identité locale qui disparaît.

                  Dans la dépression de Villebois-Lavalette, la présence du château, la proximité d’Angoulême, la valorisation par contraste mutuel avec les forêts environnantes, donnent au secteur une valeur paysagère spécifique parmi les plaines de la région, que renforce la présence d’un patrimoine architectural notable (châteaux, églises troglodytes à proximité…). En outre, le caractère rural est resté très affirmé, en grande cohérence.

                  Mais en termes d’attractivité, les plaines hormis les variations de couleur au fil des saisons restent assez monotones. Réduites à l’idée d’agriculture intensive elles perdent aux yeux de la plupart toute valeur paysagère.

                  B - MENACES

                  La progression des fronts urbains sans articulation avec la plaine affaiblit les valeurs de contrastes paysagers.

                  En plaine d'Aunis, la progression de la Rochelle constitue la principale menace de destruction de la plaine, non pas tant en quantité de surface (la plaine est vaste et peut accueillir de nouveaux quartiers) mais plutôt dans la dénaturation de ses caractères et l’absence de traitement des limites entre les cultures et les développements urbains.

                  Le développement d’une urbanisation en bande le long des axes routiers tend à uniformiser la lecture et l'appréciation des paysages.

                  Celui-ci concerne principalement l'urbanisation commerciale : c'est entre autres le cas de la RN11, en plaine de Niort, pour laquelle une urbanisation incontrôlée ne prenant pas en compte cette dimension de respiration nécessaire à l'appréciation des paysages de plaines, constitue une menace effective sur la qualité des paysages du secteur.

                  Un principe comparable a lieu en plaine de Neuville à Thouars, autour de villages fortement regroupés mais aussi aux abords d'agglomérations (Poitiers, Thouars) où le développement pavillonnaire, en isolés ou en bande le long des voies, peut être destructeur pour un paysage aussi dégagé. Car tout s'y voit et intervient fortement dans l’horizon.

                  Les mouvements de sol des aménagements routiers et autoroutiers apparaissent bien souvent de manière incongrue dans le paysage même si des efforts sont souvent entrepris pour les "végétaliser".

                  Si une modification importante des modelés de sols est techniquement nécessaire aux aménagements routiers, ils requièrent des réflexions paysagères préalables fines afin d'être positionnés et organisés au mieux dans ces paysages. La végétalisation, parfois utilisée comme "alibi paysager" n'est pas toujours suffisante ; l'organisation même de ces modelés doit s'inscrire dans un véritable projet de paysage dans lequel le végétal (ou le minéral, le cas échéant) prend pleinement sa place pour nourrir et enrichir la qualité des aménagements.

                  Des préoccupations paysagères insuffisantes ou simplement trop tardives.

                  Trop souvent encore, d'importants projets techniques à fort impact paysager ­dont la remise en cause n'est pas ici l'objet­ ne se donnent pas le temps de réflexion nécessaire à la prise en compte du devenir des "évènements paysagers spécifiques" de la plaine.

                  Située trop en aval des considérations techniques, la réflexion ne peut se cantonner alors qu'à l'élaboration d'un plan de végétalisation ­sous le terme alibi de "paysagement"­ qui ne saurait tenir lieu de projet de paysage.

                  La réflexion simultanée des opérateurs techniques et des concepteurs paysagistes est la seule alternative à l'émergence d'un projet qui réponde conjointement aux considérations techniques et à l'ensemble des préoccupations paysagères sous ses multiples facettes en particulier esthétiques ou culturelles…

                  Notre incapacité à anticiper les effets en terme de paysage des importantes évolutions en cours dans l’agriculture nationale et donc régionale.

                  C - ORIENTATIONS ENVISAGEABLES

                  Agir sur l'évolution du regard et de la représentation.

                  Retrouver et diffuser des images des paysages antérieurs aux remembrements, sans vouloir les reconstituer, mais pour rééquilibrer les réalités locales de plaines par rapport à l’image très forte du modèle de la Beauce, et ce afin de mieux appréhender les évolutions à venir,

                  Mieux tenir compte du fait que la plaine forme le paysage des villes en extension et de la nécessaire qualité de l’articulation entre l'urbain et le rural,

                  Inscrire la plaine dans le paysage des déplacements, des locaux ou des touristes, et en tenir compte pour sa qualité et celle des "mises en scène" depuis les routes.

                  Concevoir un programme de jardins liés au patrimoine architectural et paysager.

                  Certains villages de plaines pourraient faire l'objet de travaux de recherche de concepteurs (architectes-paysagistes, architectes…) ainsi que cela a été entrepris dans la dépression de Villebois-Lavalette, afin de déterminer et d'exploiter les relations qui s'établissent entre les jardins et le paysage et de mettre en place des programmes d'actions locaux.

                  S'attacher à créer et/ou entretenir la valeur de contraste que la plaine occasionne au sortir de la ville dans les projets périurbains.

                  En plaine deNeuville à Thouars par exemple, sans être du plus grand pittoresque, la plaine peut cependant prétendre à représenter, à proximité de Poitiers, du Futuroscope, et avec le château d’Oiron, un environnement de bonne tenue. Les horizons, l’étendue de grandes vues sur un univers de cultures, représentent, malgré tout, un atout au sortir des villes et de leurs banlieues dénuées de perspectives naturelles. Le premier champs de colza, en contact avec l’horizon, prend valeur de symbole pour qui sort de la ville

                    
                   
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                  II3 - LES MESURES EN COURS
                    
                  OPERATIONS D'AMENAGEMENT
                    
                  Planification territoriale
                    


                  Un encouragement des stratégies paysagères périurbaines.

                    


                  En plaine d'Aunis, l'agglomération de La Rochelle mène actuellement une réflexion sur son développement vers la plaine, à travers l'élaboration d'un schéma directeur dans lequel les critères de paysage prennent une place fondatrice. Les frontières de l’agglomération, les continuités de paysage ouvert en direction du centre, la concentration des localités, sont intégrées au départ du projet de territoire, et seront en mesure de garantir la lisibilité des paysages de la plaine et la netteté des franges de l’agglomération.

                  (Cf. étude Paysage de l'agglomération de La Rochelle par le Syndicat Mixte pour le Schéma Directeur de la Rochelle en partenariat avec la Communauté de Villes de La Rochelle, la Direction Départementale de l'Equipement et la Direction Régionale de l'Environnement).

                  Des actions intercommunales de (re)connaissance et d'identification des paysages.

                  Un atlas local des paysages est en cours pour la Communauté de Communes de la plaine d’Aunis.

                  Des outils de "confortement paysager" potentiels.

                  Toujours en plaine d'Aunis, diverses communes sont engagées dans des révisions de Plans d'Occupation des Sols (P.O.S.) comprenant un volet paysager important.

                  Le développement de l'utilisation de parcours (pédestres, vélos…) pour la découverte des paysages.

                  Le pays d’Aunis prépare un schéma des circuits vélo. Tout comme les chemins de randonnée pédestre, les chemins, de manière générale, constituent un capital essentiel pour l'accès et la valorisation des paysages. L'échelle du Pays est particulièrement adaptée pour la gestion de ces réseaux : une action pilote est en cours dans le Pays Mellois en Deux-Sèvres (plateaux de Pamproux et de Lezay).

                  Grands projets à forts impacts paysagers

                  Des grands projets liés aux paysages de l'eau.

                  En plaine d'Aunis, un projet d’aménagement de la rivière le Curé est en réalisation avec une canalisation et un exutoire en mer.

                  Un projet de barrage avec une retenue de 1 000 ha est en cours sur la Trézence en plaine du nord de la Saintonge.

                  Du diagnostic à la programmation paysagère à l'occasion de l'implantation des grandes infrastructures :

                    Les autoroutes

                    De Fontenay-le-Comte à Rochefort (plaine d'Aunis, plaine de nord de la Saintonge), une autoroute est en projet.

                      Le TGV

                      La ligne TGV reliant Tours à Bordeaux va passer en ligne grande vitesse, son air d’étude recoupe les ensembles paysagers de la plaine de Niort, des plateaux de Pamproux et de Lezay ainsi que de la dépression de Villebois-Lavalette ; cet événement majeur dans le paysage implique une stratégie paysagère propre à chacun de ces secteurs…

                        
                       
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                      II4 - QUELQUES BOÎTES A IDEES
                        
                      A - POUR LA PLANIFICATION
                        


                      La délimitation paysagère des zones à bâtir.

                        


                      - Définir de façon stricte des zones bâties et des futures zones à bâtir, pour pérenniser le regroupement de l’habitat.

                      - Planifier l'urbanisation interurbaine sur des territoires susceptibles de subir des mutations importantes dans les années à venir : exemple de l'axe Niort / Saint-Maixent et les conséquences liées à l'échangeur autoroutier.

                      La détermination des "espaces de respiration", la qualification et le soin portés aux franges.

                      - Rechercher l’équilibre entre les paysages agricoles et le développement des localités et agglomérations en expansion : le travail mené autour de La Rochelle vise notamment à maintenir des coupures d’urbanisation où la plaine "respire ", et surtout identifie les limites à traiter spécifiquement entre ces deux entités. La qualité des coupures d’urbanisation et des limites est aussi valable pour les petites localités.

                      - A soigner tout particulièrement, en franges, la qualité particulière des secteurs de plaines qui s’étendent au pied des points de vue aménagés sur les rebords des plaines (ex : côte de tuffeau délimitant la plaine de Neuville à Thouars) : ce sont des paysages au sens premier du terme.

                      Le soin aux objets isolés

                      - Prendre en compte la qualité architecturale des objets isolés, grâce à d'éventuels "mini-plans de paysages" aux abords des monuments les plus remarquables (églises romanes en nord Saintonge), et faire une recherche soignée des parcours des lignes électriques…

                      Un état de veille au respect de "directives ou d'orientations paysagères" dans les Plans d'Occupation des Sols des communes à forte ou moyenne progression démographique.

                      B - POUR L'AMENAGEMENT

                      L'aménagement des "ceintures " des agglomérations.

                      - Prévoir l'aménagement de jardins et de mails pour assurer une transition entre la plaine et les zones construites en plaine de Neuville à Thouars par exemple.

                      Des projets d'aménagements routiers spécifiques.

                      - Instaurer une politique de plantations d’alignement le long des routes, en remplacement des haies d’ormeaux pour les secteurs des plaines d'Aunis et du nord de la Saintonge ou, d'autres écrans opaques mal taillés également en plaine de Niort ou, en confortement de parcours touristiques (ex : Futuroscope-Oiron) : à mettre en place par parcours, en commençant par les plus fréquentés.

                      - Elaborer une composition paysagère de l'autoroute en projet. Dans une plaine, l'idéal consiste en une voie au terrain naturel, en contact direct avec les champs, avec, ponctuellement, quelques motifs de plantations élevés aux troncs dégagés, et des masses boisées au droit des passages supérieurs.

                      La mise en scène des franchissements de reliefs.

                      - Valoriser les vues dominantes sur les marais.

                      Exemple des côtes mortes : ces rares motifs du relief restent mal perçus, alors qu’ils dessinent la géographie régionale.

                      La mise en scène des vallées.

                      - Dégager des scènes, dans le traitement des franchissements routiers, pour mettre en valeur la présence de l’eau et de la végétation spécifique, y compris dans la matière transparente des peupleraies.

                      Les réflexions concertées dès la phase de programmation.

                      - Orienter par des cahiers des charges exigeants la composition paysagère des futures retenues et autres bassins de rétention en eau, dés la phase de programmation. Même préconisation concernant les infrastructures aériennes pour éviter l'envahissement du ciel.

                      Des projets spécifiques autour de la réutilisation d'éléments végétaux ou bâtis caractéristiques de secteurs.

                      Exemple : les noyers isolés tendent à disparaître dans certains secteurs de la plaine de Neuville à Thouars.

                      - Les réintroduire ­toujours en isolés­ le long des chemins et autres voies secondaires publiques, à distance néanmoins suffisante des parcelles de culture afin de ne pas entraver la circulation et l'évolution des machines agricoles les plus volumineuses.

                      C - POUR LA GESTION DE L'ENTRETIEN

                      La "Programmation" d'espaces dégagés autour de sites remarquables non réglementés (hors Plans d'Occupation des Sols ou des Schémas Directeurs…).

                      - Limiter la culture des peupliers aux parcelles réellement exploitables, et les remplacer par un mode de gestion laissant l’espace dégagé autour des châteaux forts et donjons notamment en plaine de Neuville à Thouars. Moins les secteurs ont de relief, plus ces espaces doivent être vastes.

                      L'incitation aux initiatives intercommunales (et communales) de gestion des fonds de vallée.

                      - Inciter à l'acquisition par la collectivité ou au conventionnement avec le(s) propriétaire(s) ; un ensemble d'outils est disponible pour satisfaire un projet collectif de gestion d'un fond de vallée.

                      Encouragement aux projets s'appuyant sur le confortement des "évènements paysagers structurants".

                      - Entretenir et pérenniser les haies

                      Exemple : éléments bocagers en plaine de Niort : les haies existantes doivent continuer de jouer leur rôle dans le paysage.

                      C’est un objectif d’une grande importance. Les haies routières méritent une action complète de révision de leurs modalités d’entretien, en liaison avec les objectifs de visibilité du secteur et le respect des végétaux (création d’emplois).

                      Encouragement au développement d’actions, individuelles ou mieux, territoriales, à objectifs paysagers dans les futurs Contrats Territoriaux d’Exploitation (CTE).

                      D - POUR L'EVOLUTION DES MODES DE LECTURE

                      La constitution d'un fond iconographique des paysages.

                      De façon générale, les plaines de Poitou-Charentes ne bénéficient que de peu de représentations illustrant leurs spécificités au regard des plaines de la Beauce.

                      - Mettre en œuvre des protocoles de constitution de fonds iconographiques spécifiques peut-être un axe non négligeable pour tendre à remédier à cet état de fait.

                      La constitution d'observatoires de paysages (photographiques ou autres).

                      - Envisager la réalisation de programmes de jardins "observatoires de paysage" autour de sites remarquables notamment en dépression de Villebois-Lavalette où le patrimoine paysager est étroitement lié au patrimoine des parcs, jardins et sites emblématiques assimilés.

                        
                       
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                      Opérateur technique : ORE - http://www.observatoire-environnement.org - liste des pages
                      Membre actif du RPAPN : http://www.biodiversite-poitou-charentes.org/