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300 - Bocages
Méthode d'inventaire et d'identification des paysages


Les plans de haies et d'arbres se succèdent, multiplient les coulisses, délimitent des espaces intimes de prairie ou s'expriment les détails et les variations du relief... La roche, qui apparaît en blocs ponctue le paysage.

  

Dans la richesse des teintes de l'automne, une vue "secrète", comme réservée à celui qui les découvre, et que les bocages recèlent en nombre...

  

Au sein du réseau de haies et de pâtures, la présence des cultures vient bousculer l'organisation typiquement bocagère.

  

Au fil des saisons, les couleurs des prairies pâturées et des haies se succèdent pour créer des camaïeux changeant.

Les paysages de bocage regroupent l'ensemble des secteurs de la région où les haies sont suffisamment présentes et organisées en maillages on parle de "maillages bocagers" au point d'en constituer un élément marquant du paysage.

Les deux grands blocs de paysages de bocage de Poitou-Charentes correspondent assez précisément aux deux extrémités des massifs anciens que sont le Massif armoricain pour les bocages deux-sèvriens (vendéens plus loin) d'une part, et le Massif Central pour les bocages de la Vienne limousine et de la Charente limousine d'autre part, entre lesquels se situe le fameux "seuil du Poitou", passage privilégié entre Bassin parisien et Bassin aquitain.

Les différents secteurs de bocage sont également identifiés par les modulations courtes du relief, les réseaux complexes de cours d'eau, l'affleurement ponctuel de la roche (chaos granitiques) ou encore un habitat relativement dispersé. Des dénominations fortes telles "le Bocage bressuirais" ou "la Gâtine de Parthenay", pour des paysages aux caractères très similaires et de surcroît voisins, témoignent de sentiments d'appartenance prononcés. Contrairement à beaucoup d'idées reçues, ces types de paysages sont relativement récents, bien plus en tous cas que la plupart des plaines de champs ouverts picto-charentaises…

Ces types de paysages concernent environ 21% du territoire régional et comprennent les secteurs suivants :

CES TYPES DE PAYSAGES
COMPRENNENT LES SECTEURS SUIVANTS :

- la bande bocagère de la plaine de Niort

(cf 103)

- la Gâtine de Parthenay

301

    - le bocage bressuirais

    302

      - les contreforts de la Gâtine

      303

        - l'Entre plaine et Gâtine

        304

          - les terres rouges-secteur bocager

          305
          - les terres froides
          306

          L'AMBIANCE PAYSAGERE
          Les représentations : les modèles littéraires, picturaux...
          La perception sensible des paysages de bocage
          Les paysages de bocage dans le contexte régional
          L'analyse par motifs

          LES DYNAMIQUES
          ET ENJEUX DE PAYSAGE

          Les principales dynamiques des paysages de bocage
          Le diagnostic paysager
          Les mesures en cours
          Quelques boîtes à idées


          I -L'AMBIANCE PAYSAGERE
              
           
          I1 - LES REPRESENTATIONS : les modèles littéraires, picturaux…
            


          Pour décrire la France, le géographe P. Vidal de la Blache, qui fait appel aux traits de contraste les plus vifs, inscrit dans l’imaginaire collectif la différenciation capitale entre les bocages et les campagnes. Relayée par les cours de géographie de l’école, cette différenciation fonde un des schémas d’identification les plus puissants qui nous aide à percevoir les paysages. Le bocage constitue, dans nos esprits, un type extrêmement fort, qui donne un lien aux éléments que nous percevons.

          Cependant pour les bocages de la région les représentations picturales ou photographiques sont jusqu'alors peu nombreuses. Il est vrai que le paysage bocager ne présente pas facilement de vue d’ensemble, sinon en avion ou du haut des châteaux d’eau (c’est le cas des rares photos apparaissant dans les guides touristiques et géographiques) et se goûte de préférence lors de déplacements.

          Il n’en reste pas moins vrai que le bocage procure souvent l'idée d'une campagne pastorale, arborée, variée, calme, authentique et composée de petites scènes au sein desquelles les arbres, les prés, les animaux offrent un cadre de vie accueillant, plaisant, frais.

          Du fait que certains secteurs de bocage ont fait l'objet d'aménagements fonciers importants et prononcés, ces paysages sont souvent assimilés à des espèces en voie de disparition ; des kilomètres de haies, et donc des hectares de bocage, ont bel et bien été éliminés. En outre, de telles haies qui atteignent leur véritable maturité au bout de 70, 80 ans voir un siècle, constituent de véritables viviers écologiques.

          LaGâtine et le Bocage bressuirais, deux secteurs d’une grande importance dans la constitution des contrastes régionaux, font l’objet de forts sentiments d’appartenance : les habitants du Bocage et ceux de la Gâtine sont les héritiers d’histoires et de cultures qui présentent de nettes spécificités. Cependant et, sans que cette décision ne vise à assimiler les populations, les caractères du paysage des deux secteurs présentent de telles similarités ­qui se prolongent d’ailleurs bien au-delà du Poitou-Charentes­ qu’ils sont fréquemment présentés conjointement.

          Le nom même de "bocage", s’il désigne un territoire, est aussi une forme typique de paysage, que l’on identifie sur les secteurs décrits ici. Afin d’éviter les confusions, nous écrirons "bocage" avec une minuscule quand il s’agira du type paysager et, "Bocage" avec une majuscule pour désigner le territoire autour de Bressuire.

          Pour ces secteurs en particulier, l’imaginaire est aussi chargé d’histoire. Une grande pauvreté a longtemps caractérisé cette région isolée aux terres ingrates (le nom de Gâtine reprend en lui-même ce souvenir de terres pauvres, de terres gâtées) parcourues jusqu’au début du XXe siècle par les loups affamés. D’autre part, le territoire est marqué par les évènements de la Chouannerie, dont le paysage lui-même demeure une effigie puissante. Le "maquis" dans lequel il était possible de se cacher, les routes tracées ensuite par le pouvoir pour le mater, restent associés à une période de l’histoire de France encore très présente dans la mémoire collective.

          Il faut également citer le cas très caractéristique de la région de Courlay (Deux-Sèvres) dans laquelle la communauté spirituelle de la "Petite Eglise", très attachée aux traditions, donne au paysage du Bocage une identité spécifique.

          La forme et la composition des éléments du paysage, leur entretien, ne sont pas seulement les rouages d'une structure agricole ou l'habitat de telle ou telle espèce : l'attitude de la "Petite Eglise" nous indique fortement que le paysage, en tant que forme, peut être respecté et entretenu pour participer à une identité culturelle, au même titre que les vêtements, le langage ou les rites religieux.

          Pour les contreforts de la Gâtine, la couverture bocagère est telle que ce secteur est mentalement associé à ceux du Bocage et de la Gâtine, auxquels il participe historiquement et dans les sentiments d’appartenance. Toutefois, certaines modulations dans les éléments de paysage déterminent une identification spécifique (orientations des vallées, fours à chaux…).

          Pour ce qui est desterres froides, les noms usuels retenus pour désigner ce secteur font référence au Limousin. L’appellation implique une représentation mentale des paysages associés au nom, évoque des terres de transition, annonçant déjà les paysages du Massif Central avec leur "modelé en creux, découpé par de nombreux ruisseaux qui dévalent les pentes en torrents fougueux après les fortes pluies" (Guide Bleu).On trouve aussi, vers Mouterre-sur-Blourde, la dénomination de "petite Suisse" ou "Suisse Poitevine", appelant plus étrangement des images de montagne quand il s’agit en fait de désigner un bocage, certes pastoral, mais sans grand rapport avec les pâturages dominés par les Alpes. Comme la Venise Verte dans le Marais Poitevin, le nom de la région Poitou-Charentes semble insuffisamment chargé d’images et la promotion touristique doit associer aux lieux des dénominations lointaines pour révéler l’intensité de ses paysages.

          Les franges orientales de la région présentent cependant, avec vigueur, les caractères d’un bocage qui appartient sans équivoque à la région, ne serait-ce que parce que c’est lui et, non le Limousin, qui s’inscrit dans les contrastes et les enchaînements qui composent le seuil du Poitou.

          Hormis les guides touristiques, il n'a pas été noté de représentations littéraires des paysages de ce terroir. La peinture a profité sans doute du pittoresque apporté par le relief plus accidenté : ainsi, dans un méandre de la Glane à Brigueuil, le site "Corot" aurait, selon le Guide Bleu, inspiré de nombreux peintres.

             
           
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            I2 - LA PERCEPTION SENSIBLE DES PAYSAGES DE BOCAGE
              


            Les paysages de bocage se caractérisent par le cloisonnement du territoire dû aux haies et aux bosquets. Ils en conditionnent fortement les modes de perception : on ne voit pas ce qui se trouve derrière l’écran souvent opaque que forme la haie et le paysage reste le plus souvent limité à ce premier plan vertical qui vient borner la vue, laquelle peut alors s’attarder sur la matière même de l’écran. Il en résulte une perception d’espaces restreints, dont on retrouve la notion dans l’appellation très juste de "petit pays" en Gâtine ou dans le Bocage bressuirais.

            Contrairement aux grands paysages dégagés qui présentent à l’observateur de vastes étendues de territoire, le paysage de bocage ne se livre que petit à petit, compartiment par compartiment. À l'observateur qui prend la peine de cheminer ­ même longuement ­ le bocage laisse l’impression de conserver de grandes zones d’ombre. Pays de secrets, de mystères et de cachettes qui se livrent par minuscules unités… et par corollaire, pays où le parcours donne le plaisir des découvertes, des paysages débusqués, presque volés parfois.

            Le resserrement de l’espace se fait sentir au plus profond des chemins creux, où le promeneur privé d’horizon jouit alors d’un rapport d’intimité et de proximité, d’une perception presque tactile du paysage. La feuille se fait plus proche, son dessin plus identifiable, la mûre est accessible et cueillie, sur le chemin lui-même apparaissent plus précisément le caillou, l’ornière, la ligne d’herbe et, l’anticipation de la promenade n’atteint que le prochain détour.

            Dans ce contexte borné, l’apparition d’une profondeur de champ fait l’effet d’un événement considérable, même s’il ne s’agit que d’une barrière de bois ajourée (barrière de Gâtine) percée dans une haie opaque. Cette ouverture donne à voir un pré, qu’une autre haie vient limiter à son tour. Ce simple motif résume à lui seul la pudeur d’un paysage qui ne se livre pas d’emblée.

            Certaines scènes cependant font apparaître le bocage dans une ampleur qui lui donne une valeur pittoresque plus marquée : il faut alors que soient réunies des conditions rarement associées, c’est-à-dire un mouvement de relief, qui permet à la marqueterie des parcelles de se présenter en tableau et une position pour l’observateur, sans obstacle pour boucher la vue.

            Ces conditions existent cependant au détour d’une route ou d’un chemin et procurent un plaisir proprement paysager permettant aussi, ce qui n’est pas négligeable, de disposer d’une vue d’ensemble à laquelle il est possible ensuite de se référer. Le plus souvent, de telles dispositions apparaissent dans les vallées et sont encore plus spectaculaires quand un plan d’eau organise un dégagement visuel central. La scène prend alors valeur d’un tableau ou d’un parc paysager : la succession des haies organise de belles profondeurs et, quand ils sont présents, les animaux viennent parfaire l’ambiance pastorale offerte à l’observateur. Par le mystère qu’il oblige à tenter de percer, par les parcours qu’il nécessite au sein des longs couloirs de haies, le bocage donne à ces apparitions, grandes ou petites, une valeur inestimable et les installe en sa profondeur comme dans une mise en scène qui les écarte du quotidien où tout est immédiat.

            Les secteurs du Bocage et de la Gâtine présentent une configuration très spécifique du relief et du réseau hydrographique : le sommet du massif ancien est creusé par un réseau dense et multiple de vallons qui multiplient les occasions de scènes paysagères. Ce relief spécifique reste cependant peu important, les motifs de vallées plus marquées ne se rencontrent que sur les flancs du massif c'est-à-dire dans les secteurs des contreforts de la Gâtine et de l’Entre plaine et Gâtine.

            Dans les contrefortsde la Gâtine, les ruisseaux creusent beaucoup plus nettement les vallées. Le réseau des haies, souvent moins serré, est parfois remplacé par un système de haies basses très rectilignes qui ne procure plus du tout le sentiment d’enfouissement du bocage dense. Les petites vallées de l’Entre plaine et Gâtine sont quant à elles parallèles et orientées vers le sud-est ; il en résulte un sens de lecture particulier que l’on ne retrouve pas dans les hauteurs de la Gâtine ni sur ses autres flancs.

            Dans les terres rouges bocagères, le bocage présente des formes de haies très variées, avec des configurations et des modes de gestion fort contrastés, impliquant une vision changeante des paysages. L’unité paysagère du secteur est cependant assurée par la présence des châtaigniers, que l’on retrouve aussi bien dans les haies que sous forme de bosquets et de sujets isolés dans les parcelles. Sur les parcelles labourées, la terre rouge apparaît également en hiver comme un caractère marquant. Le bâti confirme cette unité puisque l’on retrouve d’une part, les formes spécifiques de l’habitat et des fermes traditionnelles et d’autre part, les murets de pierre qui bornent les parcelles autour des villages. Cette forme particulière de l’espace (quelquefois nommée "bocage lithique") apporte au secteur une caractérisation forte, une sorte de motif emblématique qui souffre cependant des difficultés rencontrées pour en assurer l’entretien.

            Les terres froides qui englobent les paysages de la Charente et de la Vienne Limousines se regardent parfois à la manière des parcs anglais du XVIIIe : amples espaces de prairies ponctués de beaux arbres isolés où des successions de coulisses boisées installent la profondeur et cadrent les vues lointaines.

            Les troupeaux de vaches et de moutons parachèvent un tableau dont une certaine douceur bucolique n’est pas absente, même si l’architecture de granite participe à la constitution d’une ambiance montagnarde.

               
             
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              I3 -LES PAYSAGES DE BOCAGE DANS LE CONTEXTE REGIONAL
                


              A - LES FRANGES OU L'IMPORTANCE DE LA NATURE DES CONTACTS ENTRE SECTEURS PAYSAGERS

              Ce sont deux grands blocs de paysages correspondant assez précisément aux deux extrémités des massifs anciens (Massif Armoricain et Massif Central), dont le seuil du Poitou constitue le trait d'union.

              Le Bocage bressuirais et la Gâtine poitevineforment un des grands blocs de paysage de la région, en symétrie avec le bocage "limousin" des terres froides. Ces secteurs recouvrent la partie la plus haute du socle ancien, recouvert par la maille du bocage, celle où se manifeste avec le plus d’intensité un foisonnement de sources, de cours d’eau et de vallons. Ce système est lui-même le prolongement du bocage vendéen appartenant à la grande région des paysages armoricains. Il forme une pointe qui se recouvre, au nord et au sud, par les roches sédimentaires et les grandes plaines : il y a là un des contrastes qui caractérise fortement le Poitou. Les rebords du socle perdent cependant progressivement les caractères marqués du relief et de l’hydrographie (Entre plaine et Gâtine au sud, contreforts de la Gâtine au nord et à l’est), avant le contact avec les plaines de Neuville à Thouars. Il n’y a donc pas de seuil marqué.

              Les contreforts de la Gâtine constituent donc une zone de transition entre les hauteurs du Bocage et de la Gâtine, vers la plaine de Neuville au nord-est et vers les terres de brandes au sud-est. Vers l’est, le paysage de bocage fait place au massif forestier de Vouillé-Saint-Hilaire qui le sépare de Poitiers. Quant au passage vers les plaines, le contraste éventuel en est singulièrement gommé par l’interposition des vallées de l’Argenton, du Thouaret, du Thouet et de l’Auxance qui creusent le secteur et apportent leurs ambiances spécifiques au contact des deux types de territoire.

              Dans l’Entre plaine et Gâtine, comme son nom l’indique, le secteur se situe entre la Gâtine au nord et la plaine de Niort au sud, mais il est aussi en contact avec le site de Saint-Maixent-l’École et la vallée de la Sèvre niortaise et se prolonge par un secteur comparable vers l’est. La découpe de l’ensemble de paysages ne recouvre pas exactement la région agricole du même nom. Les franges avec tous les secteurs voisins ne sont pas franches. En particulier le réseau dense des vallées, qui se prolonge vers le sud dans la plaine de Niort, instaure une transition modulée notamment par le volume des peupliers en fond de vallées qui ne permet pas de contact direct avec les horizons dégagés de la plaine. Quelques vues sont cependant possibles vers la plaine comme à Ste-Ouenne au débouché de la RD12. Vers la Gâtine, le passage se fait encore plus progressivement puisque seule la forme du relief passe d’un réseau de vallées parallèles à un tissu de petites vallées orientées dans diverses directions, typiques d’un paysage de sources. A Saint-Maixent-l’École, le socle du massif ancien vient dominer le val de Sèvre et laisse place insensiblement aux reliefs moins marqués des contreforts de la Gâtine plus au nord-est.

              En terres rouges, le secteur bocager ne se présente pas d’un bloc et contribue à la variété des types de paysages qui caractérise le centre de la région Poitou-Charentes associé au plateau Mellois. Les terres rouges elles-mêmes se prolongent vers l’est mais sous une forme qui laisse progressivement s’atténuer le réseau bocager, au profit d’un système de plaine ponctuée de taillis.

              Les terres rouges bocagères se développent en deux grands ensembles situés de part et d’autre des plateaux de Pamproux et de Lezay, marqués par le paysage de champs ouverts. Une bande bocagère reste également présente entre ces plateaux, associée aux terres rouges, et comprend le paysage spécifique du camp militaire de Avon-Bougon- Exoudun. Les deux ensembles de bocage des terres rouges s’étendent, l'un au nord vers le Clain et l'autre, au sud, vers la Boutonne. Cette répartition autour du plateau, avec l’orientation des eaux, inscrit particulièrement ce secteur dans la notion vague et néanmoins puissante de seuil du Poitou.

              Le territoire des terres rouges bocagères se trouve ainsi au contact de nombreux autres types de paysages, comme au carrefour des paysages de la région. Au nord-est, les vallées marquées de la Vonne et du Clain organisent des seuils de perception qui séparent les terres rouges des types de paysage de plaine à taillis : les terres de brandes au nord et, surtout la partie de terres rouges à taillis vers l’est, où le châtaignier reste aussi marquant. L’enchaînement de paysage est encore moins net au sud-est vers le Ruffécois, autre plaine à taillis. Au sud-ouest, les terres rouges prolongent l’ensemble bocager de l’Entre plaine et Gâtine, creusées comme lui de vallées (le Lambon, la Belle, la Béronne, la Légère…) venant au contact de la plaine de Niort. Ce contact présente cependant une découpe d’indentations et la présence des rivières en atténue le contraste direct. Cependant, un très beau motif de paysage est produit par cette rencontre, au sud de Sainte-Néomaye, accentuée par le relief dominant du plateau. Au nord-est, la vallée de la Sèvre et le plateau de Lezay séparent les terres rouges des ensembles bocagers du socle armoricain et renforcent la notion de plateau dont les rebords sont griffés de vallées.

              Lesterres froides forment elles-mêmes la frange du Limousin et les paysages qu'elles regroupent s’étendent bien au-delà des limites régionales, vers le Massif Central. Vers l’est, la transition avec les terres de Brandes de la Vienne s'effectue très progressivement par l’aplanissement du relief, la raréfaction des ruisseaux et des haies. La vallée de la haute Charente forme un seuil plus net avec le Ruffécoiset renforce, en interposant un paysage d’un autre ordre, les contrastes entre le bocage Limousin et la plaine arborée des terrains sédimentaires. Au sud, les forêts de la région du karst sont situées à une altitude moins élevée : la Charente limousine apparaît réellement comme une hauteur à l’horizon. Le relief dessine une limite topographique sans ambiguïté, véritable seuil entre les paysages des terres granitiques et ceux de la plaine calcaire en contrebas. Le bocage est strié d’un réseau dense de vallées : les plus marquées d’entre elles occasionnent par leur relief une mise en scène du réseau bocager, qui apparaît sur leurs flancs comme un paysage spécifique, même s’il rassemble les mêmes éléments d’occupation du sol.

              B - UNE IMAGE DE LA REGION DEPUIS LES RESEAUX DE ROUTES ET CHEMINS

              LaGâtine et leBocage bressuirais offrent un réseau foisonnant de vallons orientés en tous sens du fait de la position de crête. Les routes principales reliant les localités ont souvent été tracées en ligne droite ; elles recoupent ce système de vallons. Leur position, souvent en crête, permet des vues dominantes mais la plupart du temps fortuites.

              L’autoroute A10 traverse alternativement plaines et bocages entre Poitiers et Niort. Le seuil du Poitou est indiqué (tout juste cité) sur le parcours. Le traitement des dépendances ne permet pas réellement de constater la diversité et l'entremêlement de paysages contrastés caractérisant le centre de la région Poitou-Charentes. La vallée de la Sèvre et la faille de Saint-Maixent constituent les évènements les plus marquants.

              La RN11 à l’est de Lusignan, et la RN10, ouvrent de larges séquences sur les terres rouges bocagères ; mais l’entretien des haies, le long des routes, qui se résume souvent à un passage vertical de l’épareuse, ne rend pas service à une perception valorisante des paysages.

              Contrairement aux secteurs du seuil du Poitou, les principales liaisons en terres froides obéissent à une direction générale est-ouest et non nord-sud. Le secteur est donc traversé dans sa largeur et les parcours ne permettent pas d’en apprécier l’étendue, pourtant très importante, qui représente plus de la moitié de la limite est de la région. Cinq axes d’importance passent ainsi des terres sédimentaires au socle ancien : Poitiers - Limoges, Poitiers ­ Argenton-sur-Creuse, Angoulême - Guéret, Niort - Limoges, Angoulême - Limoges. Les routes empruntent peu les vallées qui sont traversées mais rarement lues en tant que telles.

              Les chemins de Grande Randonnée qui traversent les secteurs de bocage offrent une bonne accessibilité des randonneurs aux paysages. Le GR48, par exemple, situé au rebord des vallées de la Charente et de la Vienne aborde Montmorillon, la vallée du Salleron.

              Un diverticule nommé "Circuit de la Mandragore" permet de jouir des paysages de Saint-Germain-de-Confolens, de Brillac et, le circuit de la "Vienne limousine" ­tout en inscrivant le nom dans les esprits­ distribue la région d’Adriers.

              C - LES PRINCIPAUX POINTS DE VUE SUR LES PAYSAGES DE BOCAGE

              Les points hauts de Poitou-Charentes se situent naturellement dans ces secteurs. En tête, celui qui se trouve au nord de Montrollet (terres froides) culmine à 368 m. Le relief fortement vallonné dans l’ensemble des terres froides, creusé de vallées encaissées (120 m pour la Vienne, 50 à 80 m pour la Charente et la Bonnieure), induit la présence de nombreux points de vue en rapport avec les cours d’eau. Ils sont soit naturels au rebord des coteaux parfois signalés depuis la route et rarement aménagés, soit artificiels. Les villes ont leur part dans la mise en scène des vallées car elles ont tiré parti du relief des coteaux pour installer en belvédères : châteaux, églises et places publiques. Ponts et viaducs sont aussi des lieux privilégiés de découverte des paysages ouverts sur le passage de l’eau. A l’extrême est, les points culminants de Brigueuil et de Montrollet sont aussi des lieux de découverte panoramique des paysages. Parmi les sites remarquables : le panorama sur la retenue de l’Issoire, en amont de Saint-Germain-de-Confolens ; l’Isle Jourdain et le viaduc sur la Vienne, ouvert au public et permettant une découverte de la vallée à une soixantaine de mètres au-dessus de l’eau ; le château de Saint-Germain-de-Confolens, en belvédère sur le confluent de la Vienne et de l’Issoire. Dans la partie nord du secteur, au relief moins accusé, les points de vue se trouvent surtout au rebord des vallées.

              Le Terrier du Fouilloux en Gâtine s'élève à 272 m. Signalé comme une promesse de point de vue sur les cartes, il n’est pas aménagé (à ce jour) "à la hauteur" de sa position ! Il est pourtant rare de pouvoir lire et apprécier ce type de paysage d'une manière aussi étendue. Globalement, ces paysages offrent peu de vastes points de vue ; ils sont plus nombreux dans lescontreforts de la Gâtine ou dans l’Entre plaine et Gâtine que dans le Bocage ou la Gâtine, car liés aux reliefs plus marqués des vallées creusées dans le socle de granit. Les routes de crête de ce dernier secteur permettent de loin en loin de bénéficier de vues sur les vallées parallèles. Depuis les villages, des ouvertures sont également données vers les vallées aux flancs desquelles elles ont pris position, mais les peupliers ou les établissements industriels comme à Champdeniers, ne permettent pas non plus de grandes échappées visuelles.

                 
               
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              I4 - L'ANALYSE PAR MOTIFS
                


              A - LE RELIEF ET LES ROCHES

              Le caractère du paysage de laGâtineest d’abord défini par la présence du bocage, mais il est complété par le système du relief et des eaux qui forme ici un ensemble cohérent de vallons orientés dans toutes les directions. Le relief y est doucement chahuté, mais chahuté tout de même. Il définit un tissu régulièrement mouvementé, même si l’ampleur en reste modérée. Le granite se présente parfois au flanc des vallées sous la forme de falaises ou tout au moins de pans de rochers.

              Mais la forme la plus frappante, spécifique de la région est celle des chaos granitiques et des chirons. Ces boules de granite ponctuent les prairies obligent le cours des ruisseaux et forment des paysages étranges, excitant le versant fantastique de l’imaginaire. La tradition leur attribue ainsi fréquemment des pouvoirs magiques et autres sortilèges.

              C’est le relief qui caractérisel’Entre plaine et Gâtine ; trois grands systèmes de vallées viennent griffer vers le sud le rebord du socle : au nord les affluents de la Vendée ainsi que l’Autize et ses affluents, au centre du secteur l’Egray et ses affluents, au sud le Chambon et ses affluents.
              Les dénivelés y sont parmi les plus vifs du Poitou. Le granite y laisse place aux calcaires en approchant de la plaine. La transition de socle rocheux se traduit dans les modes de construction.

              Dans le secteur desterres froides, les hautes surfaces des socles cristallins avoisinent les 300 m d’altitude, dominés par les hauteurs de la forêt de Brigueuil (341 m) et de Montrollet (368 m) à l’est et, par le massif de l’Arbre (345 m) au sud. La roche granitique apparaît parfois, durcissant les coteaux en falaises abruptes au flanc des vallées, tapissant le lit des rivières ou affleurant à la surface des prés.

              B - L'EAU ET SES MANIFESTATIONS

              Il pleut beaucoup sur ces terres hautes de Gâtine et Bocage, beaucoup plus que dans les secteurs voisins (500 mm en plaine de Thouars contre 1.100 à 1.200 mm en Gâtine). La Gâtine est d'ailleurs assimilée à un château d’eau. Les paysages se présentent fréquemment sous la pluie et, il arrive même que l’on ait l’impression de se trouver à l’intérieur même d’un nuage. Les terrains imperméables n’absorbent pas l’eau qui coule en de nombreux ruisseaux (mais également dans les chemins creux), dont la densité et les orientations multiples permettent de différencier ce secteur de ses voisins au nord et au sud. Les paysages des petites et multiples vallées ne laissent cependant pas l’eau des rivières si apparente : le réseau des écrans boisés, haies ou peupleraies et l’absence de voirie la gardent camouflée aux regards. Les cours des ruisseaux se devinent.

              Le régime des pluies n’est cependant pas équitable dans l’année : l’eau manque en été. Dans cette région d’élevage, chaque ferme a besoin de sa mare et l’histoire regorge de querelles, parfois violentes, provoquées par les besoins en eau des hommes et du bétail. Cette circonstance a suscité d’importants travaux hydrauliques de retenue des eaux ; des barrages ont créé les paysages singuliers des "lacs de bocage". Pour citer un exemple, l’étang du Bois Pouvreau, près de Ménigoute, associe dans un ensemble de très grande qualité, le plan d’eau, les magnifiques chaos granitiques du ruisseau et le bocage que l’on peut lire sur les flancs alentours.

              D’autres lacs (la Touche Poupard, le Cébron) ou étangs forment des paysages pittoresques. Le plan d’eau crée en effet un dégagement visuel de premier plan qui permet de mieux apprécier les versants bocagers, créant ainsi une composition proche de celle des parcs ou de certains tableaux. On peut cependant remarquer que la mise en scène paysagère de ces ouvrages (rives et digues de retenue) pourrait être améliorée par une meilleure composition.

              Si les sources ne sont plus le point marquant des secteurs descontreforts de la Gâtine ou d'Entre plaine et Gâtine, les retenues d’eau, en revanche, trouvent ici les conditions idéales de leur implantation et on les retrouve en nombre. La couverture végétale importante et le peu d’accessibilité par le réseau des routes et des chemins rendent néanmoins assez peu lisible l'eau des fonds de vallée.Entre plaine et Gâtine, le plan d’eau de Saint-Christophe-du-Roc, conçu dans les années 70 avec toute la pauvreté paysagère du style "espace vert" qui régnait à l’époque, l’écarte trop des paysages du secteur. Il y a là probablement une opportunité mal saisie.

              Le socle granitique desterres froidesest creusé par un réseau hydrographique dense qu’accompagne, souligne, mais aussi dissimule au regard une ripisylve plus ou moins continue. Le sol argileux maintient l’eau de ruissellement en surface qui imprègne les prés et alimente un nombre important de petits étangs. Les sources sont fréquentes et l’on attribue à certaines d’entre elles des vertus thérapeutiques qui les font nommer "fontaines à dévotion" ou "bonnes fonts".

              Comme en Gâtine, les plans d’eau (lac de Lavaud, retenue de l’Issoire, Asnières-sur-Blour) proposent de beaux motifs paysagers spécifiques du secteur, auxquels s’ajoute le projet de Mas Chaban. Il faut cependant remarquer que la baisse du niveau d’eau en été nuit à la beauté des compositions juste pendant la période touristique.

              Le bocage des terres rougesquant à lui n’est pas aussi humide que celui des massifs anciens ; l’eau reste essentiellement limitée aux rivières.

              C - LA VEGETATION

              La végétation est un motif primordial du bocage, dont la haie constitue tant l’emblème que le principal élément de structuration de l’espace, ainsi que l’essentiel des motifs visibles.

              La densité du réseau des haies va donc singulièrement déterminer l’ambiance des secteurs de bocage. Mais il faut également rappeler à quel point la position, la composition des haies et leur mode d’entretien sont importants pour déterminer la perception des paysages. Le degré d’opacité, la position vis-à-vis des routes et des chemins conditionnent la visibilité des territoires. Il y a par exemple une grande différence entre les haies opaques sur toute leur hauteur et les haies associant une haie basse taillée sous une futaie, qui restent présentes pour assurer l’identité du bocage et autorisent des vues dont elles forment un premier plan de grande qualité.

              La composition végétale et l’entretien vont aussi déterminer la matière végétale, les floraisons, la richesse floristique des motifs (on dit qu’une haie s’enrichit tout au long de son existence et que les plus belles sont plusieurs fois centenaires). Enfin, le bocage présente depuis fort longtemps des types de composition floristique formés avec les végétaux adaptés au climat, au sol, aux fonctionnalités des haies et qui sont largement inscrites dans les mémoires et regards. Quand les gammes végétales s’en écartent, comme les haies de résineux aux abords des villages, il n’est plus possible de les associer au réseau général dont le caractère de continuité rurale se trouve alors brisé.

              Aux motifs de haies viennent s'associer des barrières en bois qui s’ouvrent sur les champs, formant des scènes simples et pleines de charme, assez emblématiques de ce type de paysage (cf. couverture du fascicule "La clé des champs" en Deux-Sèvres).

              Certains pensent à ce propos que leur forme indique une appartenance au Bocage(2 vantaux) ou la Gâtine(1 vantail). Mais cette forme, pourtant impliquée dans les rares "tableaux" de ce type paysager, tend à être remplacée par de sévères et fonctionnelles barrières métalliques.

              La plupart du temps le chêne domine, de sa silhouette et de sa belle matière, les haies… Mais malheureusement, ce présent inventaire des paysages mené à l’échelle de la région tout entière ne permet pas de détailler l’analyse du réseau des haies. Pour une bonne prise en compte de ses caractéristiques paysagères, des études fines à l’échelle des communes ou des intercommunalités doivent être menées. L'Association Prom'Haies a d'ores et déjà procédé au diagnostic et a contribué à la replantation de réseaux de haies dans plusieurs communes de Poitou-Charentes.

              Le réseau de haies est complété par quelques bosquets et massifs forestiers, parmi lesquels les principaux occupent les positions de crête : Massifs de Secondigny, de l’Absie et de Chantemerle sur les hauteurs dominant l’Entre plaine et Gâtine, Saisine et Meilleraye au sud de Parthenay, Magot et Roux à l’est de la même ville et les bois d’Armailloux et de Bressuire.

              On note également de nombreux vergers, (et le mouvement semble devoir progresser, comme en témoignent les encouragements de l’opération " paysage de reconquête ") notamment dans la région de Secondigny et de Vernoux-en-Gâtine, qui apparaissent parfois quand ils ne sont pas inscrits dans le réseau de haies. D’un point de vue strictement paysager, la forme des vergers n’est pas forcément celle d’une prairie plantée de fruitiers en plein-vent. On rencontre des formes plus modernes, adaptées aux techniques actuelles de traitement et de récolte, de grands cordons taillés comme des vignes ou des sujets greffés très bas, formant une matière hirsute à hauteur d’homme, où le sol n’apparaît pas. Ces formes n’ont pas encore été fortement représentées, l’œil des néophytes ne les connaît pas encore très bien et peut avoir du mal à les intégrer à un schéma de campagne construit avec des clichés mieux établis.

              Enfin, il faut dire combien, tout autant que les haies, l’herbe des prairies sont partie intégrante du paysage de bocage. De par sa permanence et sa continuité elle en assure l’unité, la cohérence et l’identité. Elle se marie avec la couleur et la matière des haies, au gré des saisons, pour organiser des scènes pastorales qui forment "l’essence" paysagère du bocage et que complète, quand c’est le cas, la présence des animaux aux prés.

              Dans le cas spécifique desterres rouges bocagères, le réseau de haies est marqué par une grande diversité de formes et de types d’entretien, qui justifieraient un travail spécifique d’inventaire sûrement fort instructif. En sus des chênes, la présence des châtaigniers sous forme de taillis et de sujets isolés dans les parcelles vient apporter une note particulière. Il semble toutefois que les arbres isolés soient appelés à disparaître, tous les sujets rencontrés ont semblé âgés, voire dépérissants et sans jeunes plantations de relève. Pourtant, l’espèce et ses utilisations ont donné son nom au "Pays Pèlebois" dans la région de Souvigné, en raison de la technique consistant à "peler" l’écorce des châtaigniers. Outre le réseau de haies, la végétation est marquée par l’alternance de prés et de cultures dans les parcelles et, par quelques massifs qui marquent probablement des dépôts de terres plus pauvres, dans ce pays de marche géologique où le châtaignier reste marquant, du moins en lisière.

              Le réseau de haies des terres froides accompagne de préférence l’eau, les routes et les chemins plutôt que les limites parcellaires. Le chêne et le châtaignier dominent dans la composition, mais aussi dans la forme des haies puisqu’ils sont souvent laissés libres d’atteindre les très belles silhouettes de l’âge adulte. Ils s’élèvent au-dessus d’un étage arbustif développé qui rend les haies imperméables aux regards. En sus des haies, de petits boisements aux formes très découpées ponctuent l’ensemble du territoire et deviennent plus nombreux au sud de la Vienne et de la Charente. Les paysages doivent aussi beaucoup de leur qualité aux prairies dont les matières veloutées, parfois piquées de joncs, tapissent les dégagements bornés par les haies. Ce sont elles qui accueillent et nourrissent les troupeaux, c’est sur leurs modulations de verts que se détachent les robes des vaches et des moutons.

              Le long des ruisseaux, quand ils ne courent pas simplement dans les prés, se développe une végétation spécifique : ripisylve naturelle souvent très dense ou bien peupliers en ligne ou en quinconce dont la masse vient occuper le dégagement visuel de la vallée et s’interposer entre les deux versants. Citons enfin un motif local d’une grande beauté : ce sont les productions de rosiers aux alentours de Montemboeuf qui forment en été des paysages colorés, tenant tout à la fois de la campagne et du jardin.

              D - LE BATI, LES "MOTIFS" CONSTRUITS

              Le bocage contraste avec la plaine par son réseau de haies, mais aussi par la répartition du bâti. Aux villages fortement regroupés de la plaine s’oppose la dispersion des établissements humains du bocage. Les petites unités de ferme, les hameaux, les châteaux et les manoirs isolés y forment une poussière bâtie très caractéristique.

              En outre, il faut rappeler le cloisonnement de l’espace qui fragmente la perception en petites unités et camoufle une grande partie des établissements, protégés des regards par le réseau dense des haies. Cela permet aux volumes récents nécessités par l’élevage, ou aux industries dispersées, de rester le plus souvent cachés. Pour les mêmes raisons, quand un bourg ou un village apparaît, ce n’est pas au loin ; le système bocager fait subitement place à quelques rues et se referme ensuite aussi vite.

              Du nord du Bocage au sud de la Gâtine, l’architecture utilise le matériau des roches de granite et de schiste. Mais si le paysage agricole reste affilié aux ambiances armoricaines, les toitures ne tardent pas à manifester, par l’utilisation progressive de la tuile canal, une appartenance au Sud.

              Bressuire et Parthenay forment les principales agglomérations, auxquelles se réfèrent les sentiments d’appartenance au Bocage pour Bressuire et à la Gâtine pour Parthenay. Chacune est inscrite dans un site de vallée : le Dolo pour Bressuire, le Thouet pour Parthenay (voir " les paysages de vallées ").

              Le développement des villes au XXe siècle a bien sûr fait déborder la matière urbaine de ses sites initiaux et l’influence des agglomérations sur les paysages du bocage se fait maintenant sentir assez largement le long des routes. Comme c’est le cas pour les villages, la matière des entrées des villes met brusquement fin à celle du bocage. Les haies de thuyas des zones pavillonnaires prennent la place des haies champêtres et l’influence paysagère du bocage disparaît assez vite, au profit de paysages urbains assez banals jusqu’aux centres des villes qui laissent alors s’exprimer leur patrimoine. L’appartenance des agglomérations au système bocager se retrouve plus volontiers dans leur vocation commerciale et de regroupement des populations agricoles environnantes. Mais la transition dans l’espace laisse plutôt l’impression de parenthèses urbaines dans le tissu bocager, plutôt que celle de véritables agglomérations du bocage.

              Dans l’Entre plaine et Gâtine, la plupart des villages occupent un site de vallée qui peut occasionner de beaux motifs de composition. Ainsi, l’église de Champdeniers prolonge un élément de relief au-dessus du fond de vallée dégagé…mais occupé par une très grosse usine ! Saint-Maixent forme l’agglomération la plus importante, même si elle concerne aussi les secteurs voisins du Val de Sèvre et des terres rouges bocagères et son influence se fait sentir sur les villages alentours, dopés par la proximité de la petite ville. Il faut enfin remarquer que la base de cet ensemble, au contact de la plaine de Niort, accueille un chapelet de localités plus dense que dans le reste du secteur. Il y a peut-être là des conditions plus favorables à l’implantation humaine (présence de l’eau ou apports conjoints des deux types de paysage).

              Dans cet ensemble de bocage, les terres rouges bocagères apportent d'autres particularités, notamment architecturales. Aux maisons de granite des bocages des massifs anciens se substituent des constructions aux pierres blanches marquant l’appartenance aux socles sédimentaires. Elles obéissent en outre à un modèle assez significatif de type méridional, marqué par le motif des pierres en bossage qui animent de très nombreux murs en jouant de leur ombre portée. Une des caractéristiques les plus notables de ce secteur consiste dans les systèmes de parcelles closes de murets en pierre calcaire qui s’étendent à la périphérie des villages. C’est là un motif de transition d’une très grande qualité entre les agglomérations et leur contexte rural et la maçonnerie des murs, avec leur couronnement de pierres verticales, apporte aux paysages une élégante distinction. Certains d’entre eux semblent délibérément plantés sur leur couronnement et soutiennent alors une haie d’arbres constituant un motif très puissant. Mais ils sont malheureusement le plus souvent abandonnés, écroulés, envahis de halliers et ne peuvent plus jouer ce rôle caractéristique. Il arrive d’en rencontrer en clôture des pavillons les plus récents d’un village et c’est là une excellente manière de les réutiliser, tout en inscrivant l’extension du village dans le paysage traditionnel. Comme c’est le cas pour presque toute la région, les agglomérations les plus notables appartiennent aux paysages des vallées. On citera ainsi Melle, Celle, Saint-Maixent-l'École, Lusignan, Vivonne, Couhé… Seule Rouillé s’inscrit toute entière dans le paysage des terres rouges bocagères.

              En terres froides, la forme des constructions (fermes-blocs déjà limousines), le moellon de granite irrégulier dont elles sont faites, leur donnent une certaine austérité qui participe à la constitution de l’ambiance montagnarde que l’on retrouve dans l’appellation même des terres froides. La touche méridionale des tuiles rondes adoucit cette impression. Le secteur accueille un certain nombre de mégalithes.

              E - LES RESEAUX (routes, lignes électriques…)

              La dispersion du bâti ainsi que l’ancienneté du parcellaire, solidifié par la permanence des haies, conduisent à un réseau dense de petites routes et d’innombrables chemins aux parcours pas toujours directs qui contribuent au sentiment d’enfouissement que procure le bocage.

              Les chemins creux et les petites routes, bordés de haies établies sur des levées de terre, recouverts par la frondaison des arbres, forment un des motifs les mieux marqués du bocage, très apprécié par les randonneurs et les touristes en général.

              L’étude n’a pas permis d’explorer tous les chemins de bocage mais une tentative aux bords du Thouet a fait apparaître la difficulté d’en trouver le contact depuis le réseau routier, ainsi que la faible présence paysagère de la rivière, environnée d’une végétation extrêmement touffue et finalement assez peu accessible par les chemins. Par contraste, la jouissance paysagère est réelle quand une haie, taillée à hauteur d’yeux et surmontée de beaux chênes, forme le premier plan de vues sur les parcelles ou lorsqu’une entrée de champs apporte l’épisode pittoresque de sa mise en scène.

                 
               
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                II -LES DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE
                   
                 
                II1 - LES PRINCIPALES DYNAMIQUES DES PAYSAGES DE BOCAGE
                  


                EVOLUTIONS EN COURS LES PLUS MARQUANTES

                Les paysages de bocage sont parmi ceux qui, en Poitou-Charentes, comme en France en général, ont eu le plus à souffrir des évolutions de l’agriculture depuis les années 50. Les aménagements nécessaires pour adapter les structures foncières à l’agrandissement et à la modernisation des exploitations agricoles ont souvent été synonymes d’un fort amoindrissement ­ voire d’une disparition ­ du caractère bocager.

                Cette évolution est en grande partie à l’origine de l’important mouvement de mobilisation qui s’est fait jour depuis peu autour de la préservation (de la plantation) des haies dont on redécouvre la multiplicité des fonctions paysagères, écologiques, hydrauliques, économiques …

                Les bocages, principalement concentrés sur les massifs anciens aux sols pauvres, sont voués à l’élevage, et le plus souvent l’élevage extensif (bovin, ovin). L’évolution du bocage comme système de paysage tient donc essentiellement à la dynamique de ces systèmes de production dont le devenir est incertain du fait de la situation des marchés de la viande et des évolutions de la Politique Agricole Commune.

                Les logiques contradictoires, de transformation du milieu pour permettre une intensification des productions d’une part ou d’abandon et de boisement d’autre part continueront probablement à être à l’œuvre dans les bocages.

                Il est toutefois important de souligner qu’existent dans ces régions de nombreuses initiatives d’agriculteurs et/ou de collectivités (exemple : Mouton Village à Vasles) pour valoriser des productions de qualité issues de paysage de qualité, voire pour trouver les voies d’une agriculture durable en bocage.

                   
                 
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                II2 - LE DIAGNOSTIC PAYSAGER
                  
                A - ATOUTS ET FAIBLESSES

                Le réseau des haies permet une approche intime de l’espace et un isolement aujourd’hui très appréciés. Les chemins creux, les arbres, les prairies pâturées représentent une campagne aimable, aux espaces variés, très adaptée à la promenade à pied ou à cheval.

                Les bocages rassemblent les atouts nécessaires au tourisme vert. Il s’y ajoute le charme particulier lié aux activités d’élevage et le caractère très spécifique que donne au secteur la présence des chirons et des chaos de granite. Mais le système porte ses propres faiblesses qui sont peut être aussi ses atouts. Il reste d’une accessibilité et d’une visibilité difficiles. La privatisation des lieux et des chemins, les écrans visuels parfois importants font que le bocage ne donne pas immédiatement, ni facilement, toute la mesure de sa beauté.

                D’autre part, le système bocager n’est pas un système en équilibre naturel car il suppose l’intervention régulière de l’homme pour l’entretien du réseau de haies. Si ce dernier ne rejoint plus les besoins économiques auxquels il a répondu dans l’histoire, il faut, dans le projet de le maintenir, lui trouver d’autres justifications parmi lesquelles l’économie touristique n’est pas la moindre. La qualité des promenades et des espaces qu’elles donnent à considérer forme ici un élément important de produit touristique.

                D’autres atouts reposent sur les caractères spécifiques de certains bocages. La présence des châtaigniers, des murs et de l’architecture traditionnelle pour lesterres rouges bocagères, secteur en outre très agréable pour le tourisme vert, le taux de boisement plutôt élevé enterres froides, notamment dans le sud du secteur.

                B - MENACES

                Dans le bocage, l'abandon d’entretien des haies et la régression des prairies induisent une perte de l’identité pastorale. De manière paradoxale, les menaces sont soit la transformation (progressive ou brutale) vers des bocages déstructurés voire des néo plaines, soit le boisement spontané, notamment en fonds de vallons entraînant un effet "bouchage".

                L’extension des plantations de conifères ou de peupliers en fonds de vallées a été remarquée dans certains bocages. Si cette tendance se poursuit, c’est une véritable mutation qui se réalise vers un nouveau paysage "bouché" assez éloigné du bocage.

                   
                 
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                II3 - LES MESURES EN COURS
                  


                Une opération "paysage de reconquête" visant à valoriser les prairies pâturées par l’élevage de vaches parthenaises ainsi que la production et la transformation de pommes a été réalisée autour de Secondigny. 

                   
                 
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                II4 - QUELQUES BOÎTES A IDEES
                  


                A - POUR LA PLANIFICATION

                Inciter à la mise en place de plans de gestion pour les haies, sur la base de la connaissance et des expériences locales.

                - Construire des plans d’entretien et d’aménagement des haies (dégagement de vues, constitution de petits parking, etc.) autour des circuits de promenade (en voiture, à pied, à cheval, etc.) en tirant un meilleur parti de l’espace des rivières. Il est impératif d'envisager cela sur une vision à long terme ­du type des plans de gestion forestiers­ dans un souci de développement durable (écologie, économie, agriculture, paysage…).

                - Poursuivre les efforts déjà déployés, notamment par l’association Prom’Haies et tirer parti de son expérience.

                Les cas concrets de réaménagements d'axes routiers (élargissements de voies, contournements…) constituent une bonne occasion de projet autour des haies, plus largement de projets de composition avec un "vocabulaire local" du paysage. De tels projets menés conjointement par les ingénieurs, les concepteurs de paysage, les naturalistes et les acteurs locaux permettent d'associer les objectifs fonctionnels et écologiques à ceux de la lecture et de la mise en scène des paysages, tant pour leur importance culturelle que pour le potentiel touristique.

                Autour de la fonction paysagère des circuits de promenades…

                - Mettre en place des projets de circuits de promenades tirant un meilleur parti des potentialités de paysage offertes par les espaces du Bocage et notamment, les paysages des vallées.

                - Aménager des belvédères d'intérêt potentiel. Une réflexion est engagée sur le site du Terrier de Saint-Martin-du-Fouilloux, mais d'autres sites offrant d'autres types de regards sur le paysage de bocage seraient à envisager.

                Éléments particuliers

                Certaines carrières, après des réaménagements parfois coûteux, constituent aujourd'hui des espaces naturels et des motifs de paysage particulièrement intéressants. Il est déterminant d'envisager ­dès en amont de l'exploitation­ la reconversion paysagère des plus importantes d'entre elles, en ayant à l'esprit les qualités intrinsèques des fronts de taille et les scènes paysagères de qualité qu’elles peuvent instaurer.

                Qualité des bâtiments agricoles et projets de composition avec le paysage.

                La qualité architecturale discutable de certains bâtiments agricoles n'est pas une fatalité. Il faut la susciter, en appelant des concepteurs à produire des types adaptés aux exigences fonctionnelles d’aujourd’hui et en proposant en même temps une bonne architecture actuelle, instaurant une relation de qualité avec le paysage spécifique du Bocage.

                B - POUR L'AMENAGEMENT

                D'une manière générale, en paysage de bocage, les vues sont rares et fortuites. Néanmoins, il y a une multitude de points de vue possibles, de routes à mettre en scène, d’espaces publics jouissant de vues dans les villages (…) qui amèneraient probablement le public (dont l'habitant) à porter un(des) regard(s) différent(s) sur les paysages qui l'entourent.

                Des plans d’eau existants n'ont pas tous les qualités requises pour sembler appartenir pleinement aux paysages dans lesquels ils se trouvent. Un travail de recomposition peut s'avérer nécessaire. Parfois, un simple travail de constitution d'une palette végétale et d'organisation des espaces peut suffire. Des cahiers des charges, exigeant la composition paysagère de futures retenues d’eau et élaborés en partenariat, donnent de bons résultats dans le temps.

                Si des portions de rivières doivent rester en retrait pour des questions de fragilité ou bien être consacrées à des activités spécifiques, d'autres méritent d'offrir une meilleure jouissance paysagère : la création ou la simple réouverture de chemins le long des cours d’eau, couplés à un aménagement doux des berges, peut y contribuer fortement.

                C - POUR LA GESTION ET L'ENTRETIEN

                Le maintien de l’ensemble des éléments spécifiques des bocages (haies, prairies …) repose fortement sur celui de l’élevage pour lequel des mesures d’accompagnement, notamment de type agri environnemental sont nécessaires. Les futurs Contrats Territoriaux d’Exploitation devraient constituer de ce point de vue une occasion pour prendre en compte ces régions trop souvent oubliées.

                La mauvaise gestion des haies repose beaucoup sur une méconnaissance de leurs spécificités. Des recensements de haies sont bien souvent nécessaires pour mettre en place des plans de gestion adaptés, associant les objectifs de fonctionnalité (brise vent, retenue des terres, abri du bétail) et ceux du paysage (persistance de l’ambiance bocagère, lisibilité du territoire et des plus belles scènes de circuits de promenade). La production de cette connaissance est aussi l'occasion de révéler et de soutenir ­aux yeux de tous­ le caractère pastoral identitaire du Bocage.

                Les haies existantes doivent continuer de jouer leur rôle dans le paysage (entretien, pérennisation). C’est un objectif d’une grande importance. Les haies routières méritent une action complète de révision de leurs modalités de création et d’entretien, en liaison avec les objectifs de visibilité et de sécurité bien sûr, mais aussi de respect des spécificités de chaque végétal en terme de taille, de traitement, de silhouette. Le châtaignier, par exemple, reste emblématiquement lié aux paysages des terres rouges, alors pourquoi ne pas le réutiliser davantage dans les haies nouvellement créées ? En outre, si un tel type de démarche se développe, il y a probablement sur certains territoires un potentiel d'emplois.

                Enfin, évaluer la pertinence des plantations de résineux constitue un véritable enjeu de paysage pour la pérennité du bocage. Si le mouvement est inéluctable, il est en tous cas indispensable de l’accompagner de mesures paysagères.

                D - POUR L'EVOLUTION DES MODES DE LECTURE , L'EVOLUTION DU REGARD

                Dans un contexte où les modes d'entretien des haies tendent à s'uniformiser via les progrès mécaniques et techniques, l'image même de la haie haute est parfois synonyme d'archaïsme. Communiquer sur des expériences, sur des coûts de gestion de haies hautes ­par rapport aux haies basses­ et les différents intérêts d'un tel mode d'entretien, est très souhaitable pour promouvoir un "nouveau" bocage rimant avec développement durable.

                   
                 
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