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200 - Plaines vallonnées et/ou boisées
Méthode d'inventaire et d'identification des paysages


Une scène parfaite, une campagne tranquille, douce plaine ponctuée d'arbres en taillis ou en sujets isolés, le long de la route qui semble onduler de l'un à l'autre.

 

Respiration de grands espaces de plaines qu'animent un léger relief, des motifs boisés ou bâtis.

Ces paysages regroupent une gamme très variée de secteurs dans lesquels des vallonnements ou des boisements, parfois les deux, créent des organisations spatiales spécifiques qui ne relèvent ni de la plaine de champs ouverts, ni du bocage.

Ces régions proposent d'autres structures paysagères dont la diversité est source de richesse. Leur identification souffre d'un déficit de représentations : il n'y a pas de "clichés" immédiatement reconnus. Pourtant, une découverte approfondie révèle un grand nombre de scènes pittoresques composant avec un bâti typique, qui renvoient bien souvent à l'idée d'une "campagne idéale".

Ces types de paysages concernent environ 23% du territoire régional et comprennent les secteurs suivants :

CES TYPES DE PAYSAGES
COMPRENNENT LES SECTEURS SUIVANTS :

la région du tuffeau

201

les terres de brandes

202

les terres rouges à taillis *

203

le Ruffécois

204

la plaine haute d'angoumois

205

la campagne de Pont-L'Abbé-d'Arnoult ­ Gémozac

206

la campagne de Cozes ­ Sémussac

207

L'AMBIANCE PAYSAGERE
Les représentations : les modèles littéraires, picturaux...
La perception sensible des plaines vallonnées-boisées
Les plaines vallonnées-boisées dans le contexte régional
L'analyse par motifs

LES DYNAMIQUES
ET ENJEUX DE PAYSAGE

Les principales dynamiques dans les plaines vallonnées-boisées
Le diagnostic paysager
Les mesures en cours
Quelques boîtes à idées

* Les terres rouges regroupent deux secteurs appartenant à des types de paysages distincts. D'une part, les terres rouges à taillis mentionnées ici et d'autre part, les terres rouges bocagères (cf. chapitre sur les paysages de bocage)


I -L'AMBIANCE PAYSAGERE
 
I1 - LES REPRESENTATIONS : les modèles littéraires, picturaux…
  


Spécifiques et disparates, ces ensembles de paysages rassemblent de manière très inégale des représentations paysagères ponctuelles.

Ce phénomène s'illustre notamment dans l'ensemble des terres rouges où le nom même de "terres rouges", associé à la présence des châtaigniers, forme un des rares motifs que l'on peut avoir préalablement à l'esprit en abordant ces paysages.

Globalement, il existe peu de représentations sur ces ensembles.

A tel point que certains pays semblent inexistants, notamment le Ruffécois : "le Ruffécois est un pays parfois oublié". Le Guide Bleu (*) donne ainsi le ton d’un territoire peu présent dans l’imaginaire collectif. En effet, celui-ci n'a pas ou peu donné lieu à des représentations (peintures, photographies…) qui auraient pu l’inscrire dans cet imaginaire : "il n’y a rien de spectaculaire". Pourtant le secteur présente les qualités d’un territoire rural dont les images de campagne préservée, qui ont aujourd’hui du prix, restent à créer et à diffuser.

Ponctuellement, des représentations apparaissent à travers la littérature pour des secteurs géographiques auxquels sont liés des évènements paysagers "naturels" et récurrents.

  • C'est le cas pour la brande
Le secteur des terres de brandes du Poitou, même si celles-ci s’étendent sur une très importante surface dans la région, souffre d’un déficit de représentation : ni la peinture, ni la photographie ne permettent de s’en former une image, totalement absente par exemple de l’iconographie touristique. C’est là peut-être que "l’indigence pittoresque", dont est parfois taxée la région, se constate avec le plus d’acuité. Les terres de brandes ne sont cependant pas totalement absentes de l’imaginaire : la grande pauvreté dont elles ont souffert au cours de l’histoire reste présente dans les esprits (Royaume de lapauvreté), illustrée par les tentatives de valorisation des terres entreprises par le Marquis Péruse d’Escars (*) au XVIIIe siècle à l’aide de réfugiés Acadiens.

Les terres de brandes servent également de décor à certains romans de Régine Desforges (*).

  • C'est aussi le cas pour la pierre (de tuffeau)
A la pierre de tuffeau du socle géologique est associée une architecture spécifique dans "la région du tuffeau".

"Pays souvent joli, dont l’harmonie aimable contraste avec la rigidité des plaines calcaires…", aimable, joli, la phrase de Jean Pitié (*) affirme la qualité de ce paysage qui vient rencontrer l’image mentale, très fortement inscrite, d’une succession de douces lignes de collines.

Il existe assez peu de représentations cependant du côté de la peinture ou de la photo, sinon celles liées au patrimoine abondant des châteaux forts

  
 
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    I2 - LA PERCEPTION SENSIBLE DES PLAINES VALLONNEES-BOISEES
      


    La perception de ces paysages est principalement conditionnée par la relative platitude du relief qu’occupent des cultures et des prairies sans originalité. On n’y trouve cependant pas les vastes amplitudes des plaines dégagées. Non seulement les parcelles n’ont pas le gigantisme des plaines de champs ouverts mais en outre, la campagne est hérissée de nombreux motifs végétaux qui s’intercalent entre l’observateur et l’horizon. Des bosquets (notamment en pays ruffécois), des haies et des arbres isolés s’articulent avec une certaine variété, entre eux, ainsi qu'avec les cultures, sans véritablement former de composition "qui se tienne". Cependant, la beauté des arbres vient donner de la vigueur au paysage : des chênes et des châtaigniers le plus souvent à la silhouette remarquable, se détachent dans les champs ou le long d’une haie, voire au long des routes.

    • Des impressions de mouvement en région du tuffeau
    C’est avant tout le relief des collines, lié au relatif dégagement des sols, qui instaure les sensations de paysage. On circule au sein de ce mouvement général, dans les fonds, sur les hauteurs, sur les flancs. De loin en loin se présente une scène de paysage écrite par les lignes de crêtes des reliefs et dans la structure desquelles prennent position les motifs des bois et du bâti.

    Ainsi l’ambiance de sols cultivés, dominante, n’est pas ici associée aux paysages de plaines mais est liée au pittoresque des mouvements du sol. Ce phénomène instaure un paysage spécifique assez particulier dans la région.

    • Des sentiments de platitude enterres de brandes
    Les terres de brandes sont également nommées pour partie " montmorillonnais ". Cette dénomination s’applique aussi aux vallées, très contrastées, qui sillonnent le secteur (cf. chapitre "vallées").

    Des horizons assez pauvres, un bâti plutôt clairsemé, des motifs végétaux assez maigres procurent une certaine forme d'ennui. Les haies laissent bien souvent l’impression d’être à la fois incomplètes et, incomplètement entretenues. Cependant, la beauté des arbres vient donner une physionomie particulière au paysage. Des chênes le plus souvent, à la silhouette remarquable, se détachent dans les champs ou le long d’une haie, voire au long des routes. La présence d’animaux aux prés, les mouvements du relief (micro vallée, dépression) animent, de loin en loin, ce paysage. Il n'est peut-être pas aussi morne que le disent les guides !

    • Des effets de couleurs prononcés pour lesterres rouges à taillis
    Le sol dégagé par les cultures laisse voir la terre, effectivement et magnifiquement rouge et, une succession de taillis de châtaigniers forme un système de coulisses vers l’horizon.

    Les parcours routiers restent marqués par d’anciennes haies d’ormes décimées par la graphiose, formant des écrans sans qualités paysagères propres, s’interposant entre l’observateur et les paysages situés de part et d’autre des routes. Ainsi, les qualités potentielles du territoire restent-elles comme négligées et ce sentiment est renforcé par les silhouettes d’arbres morts ponctuant les cultures.

    • Les caractères des villages apportent leurs propres spécificités, du pays Ruffécois aux terres rouges à taillis
    L’architecture des fermes et des bourgs ­souvent prolongés de murets de pierre­, l’ambiance de pays agricole compensent dans certaines situations le sentiment général de paysage "non spectaculaire".
    • Autres spécificités de secteurs
    La plaine haute d'Angoumois est un long plateau vallonné, modelé dans une série d'ondulations amples orientées nord-ouest / sud-est. Elle domine la vallée de la Charente d'une part, le pays bas d'autre part, sur lesquels elle offre de beaux points de vue.

    L'alternance de cultures ouvertes et de vignes permet d'en mesurer l'ampleur, entrecoupée de ponctuations boisées et de quelques arbres isolés. Les cultures elles-mêmes, leurs matières, les couleurs qui se succèdent selon les saisons, sont des constituants importants de la substance paysagère du secteur

      
     
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      I3 -LES PLAINES VALLONNEES-BOISEES DANS LE CONTEXTE REGIONAL
        


      A - LES FRANGES OU L'IMPORTANCE DE LA NATURE DES CONTACTS ENTRE SECTEURS PAYSAGERS

      Franges marquées

      La région du tuffeau est particulièrement lisible du fait d'évènements relativement brutaux du relief. Ses franges sont assez nettement marquées au contact de la plaine en contrebas.

      Franges discrètes

      Dans les autres secteurs, elles sont loin d’être aussi flagrantes et ce, pour diverses raisons :

      l'étendue importante d'un secteur donné et la variation très progressive des motifs paysagers.

        C'est le cas pour les terres de brandes, l'un des plus vaste ensemble de la région qui s'inscrit dans le vaste système de seuil du Poitou, lui-même assez difficile à localiser précisément.

        le contact avec des types de paysages qui leur sont proches.

          Ces derniers sont inscrits dans la même typologie que les plaines vallonnées - boisées (terres rouges à taillis, Ruffécois…), où ce sont bien souvent les vallées qui s'imposent davantage comme éléments de ruptures et de seuils paysagers.

          B - UNE IMAGE DE LA REGION DEPUIS LE RESEAU ROUTIER OU L'IMPACT DES PLAINES VALLONNEES ­ BOISEES DANS LA PERCEPTION REGIONALE

          • Premières images régionales…, premiers belvédères…

          En venant du Nord, la traversée de la région du tuffeau par l’autoroute A10 constitue l’entrée dans la région Poitou-Charentes et, en même temps l’épisode paysager le plus pittoresque de la traversée de la région.

          Les mouvements du relief et la position de l’autoroute offrent en effet, de belles positions de belvédères sur les successions de collines et des positions dominantes sur les plaines. On regrettera que l’aire de service de Châtellerault - Usseau ne profite pas mieux de cet intérêt.

          Le reste du secteur est à l’écart des grands trajets mais, il faut citer la RD725 entre Châtellerault et Mirebeau, et la RN147 dont le tracé accompagne le rebord du secteur du côté de la plaine de Neuville, profitant alors des positions de belvédères.

          • Des spécificités paysagères "effacées"…

          En l'absence de grands axes et d'évènements singuliers, les contrastes et les transitions de paysage qui pourraient accrocher le voyageur dans ces secteurs tendent à s'amenuiser. Les terres de brandes sont traversées sur une petite partie au sud-ouest de Poitiers (A10 - RN10) mais sur une distance particulièrement courte. Les parcours qui donnent une réelle impression de la substance du secteur sont plus secondaires : RN151 vers Argenton et RN147 vers Limoges. En outre, le faible peuplement du secteur induit un réseau routier plus lâche.

          Le secteur des terres rouges à taillis, bien que traversé par l’axe important qu'est la RN10, n'est que faiblement apprécié et ressenti. De fait, la ligne ferroviaire actuelle (Paris-Bordeaux) présente une longue ligne droite de 20 km, indiquant bien la platitude du terrain.

          Aucun chemin de randonnée n’apparaît sur la cartographie usuelle.

          Cette absence de caractère paysager autour de la RN10 est renforcée par les secteurs successifs du Ruffécois puis de la plaine haute d'angoumois qui appartiennent au même type de paysage.

          C'est en Ruffécois que le Horst de Montalembert, événement de relief renforcé par un caractère boisé, intervient pratiquement comme le seul fait marquant du parcours nord-sud. Dans le sud du secteur, vers la marche boisée et la vallée de la Bonnieure, le GR36 ouvre quelques sections sur les plateaux.

          Les qualités paysagères, pourtant bien réelles, se font jour au niveau des liaisons secondaires, principalement sur les crêtes et plus particulièrement en plaine haute d'angoumois, où la vallée de la Charente semble constituer comme une frontière contournée par les grandes liaisons nationales. Ce secteur s'inscrit d'ailleurs plutôt dans un réseau interdépartemental, avec la RD939 qui le traverse en diagonale reliant Périgueux à La Rochelle. Les routes franchissant ou longeant le haut du relief de côte sont l'occasion de beaux points de vue, permettant de mesurer et d'apprécier les basculements d'un paysage à l'autre.

          C - LES PRINCIPAUX POINTS DE VUE SUR LES PLAINES VALLONNEES  - BOISEES

          Si de légers vallonnements occasionnent parfois des points de vue remarquables ­certains ont d'ailleurs été aménagés (ex. : Rouillacais)­ leur nature demeure bien souvent fortuite, alors que des stratégies d'aménagement (ou de ménagement) spécifiques et élargies au territoire environnant pourraient apporter une valeur ajoutée paysagère non négligeable, propre à conforter les identités locales.

          En région du tuffeauou enplaine haute d'angoumois, ils sont situés principalement sur la ligne du rebord, en haut du front de la côte, regardant les plaines en contrebas.

          Pour le premier secteur cité, c'est l'exemple de Curçay-sur-Dive, mais bien d’autres sites dominent les vallées de la Vienne. Quelques circuits touristiques sillonnent le secteur et relient entre eux les principaux monuments, mais aucun chemin de randonnée ne figure sur la cartographie usuelle.

          Pour le second secteur cité, c'est par exemple le point de vue de Gourville ou celui du théâtre gallo-romain des Bouchauds qui demanderaient à être élargi ou encore ceux qui se situent au niveau de la cassure des "pays bas" (cf. paysages des terres viticoles).

          Dans lesterres de brandes, la platitude du relief ne permet pratiquement pas de points de vue sur ces paysages ; il en existe, mais depuis le plateau vers l'échancrure des vallées. Seuls les routes et les chemins permettent fortuitement quelque regard.

          Par contre, lesterres rouges à taillis sont un des rares secteurs qui apparaît comme paysage depuis un point de vue élevé ! La butte de Montalembert, le seul véritable relief du secteur, offre des positions dominantes notamment depuis le village même de Montalembert. La vue y est considérablement étendue ; on dit que l’on peut voir jusqu’à Poitiers dans de bonnes conditions d’éclairage. Le point de vue existant reste cependant en deçà de sa potentialité, notamment en raison des difficultés à "gérer" le dégagement visuel et de l’absence d’aménagements spécifiques. Cette vue porte également sur le secteur duRuffécois.

            
           
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          I4 - L'ANALYSE PAR MOTIFS
            


          A - LE RELIEF ET LES ROCHES

          Du socle naturel aux modèles d'architecture…

            En région du tuffeau, celui-ci évoque en premier lieu la pierre et les caractéristiques d'habitat associées ; ceci renvoie d'ailleurs la plupart du temps à une réalité extra régionale (Touraine). Bien que le tuffeau n'apparaisse que peu sous forme naturelle, ce sont ici les reliefs de collines amples et doux créés par le socle géologique qui caractérisent en premier lieu les paysages du secteur, contrastant immédiatement avec les grandes étendues plates et voisines de la plaine. Ces reliefs supportent des positions spécifiques du bâti (voir plus loin) et des bois de sorte que se met en place une structure paysagère spécifique.    

            "L'imaginaire géologique" sur une géologie sans spectacle…

            Le relief est globalement peu marqué dans les terres de brandes ce qui renforce l’intensité paysagère des secteurs de vallée, grandes ou petites, qui entaillent ces terres de brandes. Les petits mouvements, notamment, révèlent l’organisation des plateaux (cultures et motifs végétaux arborés), sans pour autant produire la configuration spécifique des vallées.

            Il est amusant de noter la présence "imaginaire" du "Seuil du Poitou", inspirée par le géographe Vidal de la Blache (*) : "… ici se rencontrent le Bassin Parisien et le Bassin Aquitain, et sous cette rencontre passe, souterraine, la continuité des roches anciennes d’armorique et du massif central…" Un tel carrefour ne se traduit cependant pas de façon spectaculaire dans le paysage.

            Des reliefs ondulés aux reliefs doucement chahutés à l'approche des vallées et vallons.

            Le relief plat des terres rouges à taillis implique fortement la personnalité des paysages du secteur, et valorise par contraste les sites de vallée, qu’il s’agisse de la Charente et du Clain - en franges - ou des rares vallées mineures qui peuvent apparaître sur son territoire. Ces dernières portent des scènes de paysage plus pittoresques. La roche mère n’apparaît pas dans les paysages du secteur, en revanche la terre rouge lui donne son nom, et procure en effet, après les labours, une ambiance spécifique mise en valeur par le vert de la végétation des taillis.

            Le relief doucement ondulé est plus chahuté à l'approche de la vallée de la Charente (plaine haute d'angoumois), par les nombreux vallons qui descendent vers le fleuve, accroissant d'autant la diversité paysagère du secteur. La vallée très resserrée de la Nouère ­qui se jette dans la Charente au sud­ a de ce fait une identité marquée.

            Une géologie marquée porteuse d'événement paysager majeur

            Il a déjà été évoqué ci-dessus, dans le chapitre consacré aux points de vue, l'importance géologique et paysagère du Horst de Montalembert entre terres rouges et Ruffécois

            B - L'EAU ET SES MANIFESTATIONS

            Les paysages de ce type ne sauraient être qualifiés de "paysages de l'eau", comme le littoral ou les marais. Néanmoins, si l'eau ne se présente que rarement au regard de façon directe ou systématique, il n'en reste pas moins qu'elle participe singulièrement à l'identité paysagère en général, et de chaque secteur des plaines vallonnées ­ boisées en particulier.

            En région du tuffeau, les découpes du relief sont conditionnées par le tracé des vallées, grandes et moins grandes, qui creusent la tendre roche. On a cité la Vienne et la Creuse mais de vastes inflexions sont aussi liées aux cours de rivières plus modestes : la Lenvigne, la Veude, le Mable, le Négron, le Martiel. Cependant, la spéculation des peupleraies, assez étendue, ne permet que rarement d’associer l’eau elle-même aux compositions du paysage.

            Dans les terres de brandes, l'eau est peu présente sinon par les vallées. Quelques mares apparaissent à proximité des fermes (comme par exemple en face du prieuré de Villesalem) ou dans les pâtures. Des étangs, artificiels pour la plupart, ont été créés afin d'apporter une richesse supplémentaire au pays. En effet, ils permettent en alternance la pisciculture et la culture une fois l’étang vidé et curé ; leur remise en eau se faisant naturellement en hiver.

            Les terres rouges à taillis, le Ruffécois ou la plaine haute d'angoumois ne sont franchement pas des secteurs marqués par l'eau, hormis bien sûr autour de la Charente pour les deux derniers ainsi qu'au sein de leurs diverses vallées bien souvent masquées par la végétation. Le Ruffécois offre quelques mares également à proximité des fermes. 

            C - LA VEGETATION

            De motifs végétaux assez faiblement caractéristiques…

            Dans le secteur fortement agricole de la région du tuffeau, les cultures dominent largement et déterminent l’ambiance générale. Elles se présentent sous forme de larges dégagements, sans la rupture des haies, ce qui permet à l’œil d’apprécier le développement des reliefs.

            Dans les terres de brandes, les cultures et les prés se partagent le sol de la région sans lui conférer de personnalité très forte.

            Les haies elles-mêmes, qui dans d'autres types de paysages (bocages, voire terres de brandes) apportent une spécificité marquée, apparaissent dans les secteurs de ce type sporadiquement dans les cultures et au bord des routes. C'est le cas dans la région des terres rouges à taillis où elles ne parviennent pas (plus) à former le réseau bocager perceptible dans l’autre partie des terres rouges (bocagères). En outre, au bord des routes, elles prennent trop souvent l’aspect étriqué et maladif que leur donnent les sujets morts et des entretiens parfois expédiés à l’épareuse. Très rarement, quelques sujets au pied dégagé (il peut s’agir de châtaigniers ou de noyers) accompagnent une portion de route, et tout change : l’espace dégagé des cultures prend alors valeur d’espace et la distance ainsi révélée met en valeur la présence des taillis à l’horizon. Les cultures et les prés complètent sans originalité particulière le dispositif végétal qui a bien de la peine à instituer une image de paysage identifiable.

            … à une végétation génératrice de caractéristiques paysagères identitaires d'un territoire.

            Les bois, les forêts et l'arbre

            Les forêts, lorsqu'elles se développent sur de larges territoires en prenant notamment position sur les lieux de crête, déterminent des espaces distincts et organisent des épisodes successifs et variés - des scènes de paysage - qui agrémentent les parcours. C'est particulièrement le cas avec les forêts de la Guerche et de la Groie vers la vallée de la Creuse, les bois de la Mothe, de Chalmont, de Villiers, de Verrière, au Nord de Loudun dans la région du tuffeau ainsi que de nombreux autres qui viennent bien souvent couronner les collines et former l’horizon. Leur présence est forte aux abords de l’autoroute, formant un épisode marqué à l’entrée nord de la région.

            De l'arbre isolé, au verger, au bosquet ou à l'alignement…
            De l'arbre singulier et emblématique aux motifs arborés combinés et multiples…

            Ces motifs végétaux plus ténus accompagnent de ci de là les campagnes et en augmentent la séduction, comme les noyers ou les châtaigniers isolés dans les champs, les cerisiers et quelques alignements de grande qualité reliant l’entrée des fermes aux routes de la région du tuffeau.

            Le caractère emblématique du châtaignier dans le secteur des terres rouges :

            "Terres rouges à châtaigniers" : la dénomination usuelle du territoire désigne l’espèce emblématique présente tant dans les motifs végétaux actuels que dans la mémoire des anciens modes de vie ruraux. On retrouve aujourd’hui cette espèce dans les taillis qui caractérisent fortement les paysages. Les taillis sont nombreux, pas forcément très étendus, mais leur répartition et leur disposition sur le territoire organisent un système de coulisses qui vient fermer l’horizon et former comme un espace de référence pour tout le territoire. Le châtaignier présente des événements saisonniers remarquables, notamment la floraison, qui fait apparaître sur les feuillages une écriture d’étoiles, ainsi que la période des fruits mûrs. Outre les taillis, l’espèce est également présente sous forme de sujets isolés dans les parcelles, au bord des chemins ou dans les haies relictuelles. Cependant, ceux que l’on voit aujourd’hui sont plutôt âgés, voire morts, ce qui associé aux ormes atteints de la graphiose laisse une impression assez désolée.

            Les formes de végétation, lorsqu'elles se multiplient, confèrent une diversité paysagère incontestable aux secteurs de plaines vallonnées ­ boisées. Ainsi, pour les terres de brandes, tout comme en Ruffécois, les principaux caractères spécifiques proviennent des motifs arborés multiples et combinés : arbres isolés dans les parcelles, bosquets, haies. Pour les terres de brandes, les bosquets, taillis, forêts, occupent une place qui peut devenir importante ; certains secteurs atteignent une proportion de boisement supérieure à 15% et la forêt vient à dominer le paysage (forêt de Moulière). C’est également le cas aux abords des vallées où la proportion de bois s’intensifie à l’approche des rebords des vallées de la Vienne, de la Gartempe, du Salleron et tend à confirmer le contraste de lecture entre les plateaux et les paysages de vallée.

            On retrouve cependant les taillis sur l’ensemble du secteur, intervenant à l’horizon et dans l’espace avec plus ou moins de force selon leur position dans le relief. Ils sont rarement les seuls éléments arborés en relation avec les surfaces de cultures ou de prairie et se combinent aux haies, aux bribes d’alignement, aux arbres isolés.

            Toujours en terres de brandes, on remarque cependant une certaine maigreur de ces motifs due en partie à la pauvreté des sols et aux difficultés probables d’entretien d’une campagne peu peuplée. Les haies paraissent tronquées, orphelines du bocage auquel elles auraient autrefois participé.

            Les arbres ébauchent quelques alignements le long des routes mais sans jamais atteindre de caractère monumental. Pourtant, la forme des chênes adultes est partout belle. On note également que les arbres, principal atout du dispositif, sont vieillissants et on ne remarque aucun jeune sujet destiné à prendre la relève.

            De loin en loin, l’ancienne couverture de végétation rudérale, (ajoncs, bruyères…) réapparaît à l’occasion d’un "délaissé" : fossé, bout de haie, friche, guéret …ou bien sur des surfaces plus importantes comme les sites connus des Brandes du Poitou à Saint-Léomer et d'autres secteurs sur les communes de Saint-Pierre de Maillé, Nalliers, Haims, Pindray, Sillars, Lussac-les-Châteaux, La Ferrière…

            Vignes et vignobles

            Dans le sud du secteur de la région du tuffeau, le vignoble poitevin occupe de belles positions et instaure des ambiances spécifiques, d’une force difficile à soupçonner, comme à Colombiers. En plaine haute d'angoumois, l'espace ouvert est ponctué de quelques arbres isolés et d'une dentelle de boisements, aux formes complexes et aux lisières très découpées, creusées de clairières et d'essarts où s'insinue parfois la vigne. Les ondulations légères du relief permettent de bien percevoir les motifs des parcelles juxtaposant les cultures annuelles et les vignes. Ce dernier motif se densifie vers l'ouest.

            Végétation des fonds de vallées

            Le fond des vallées est fortement marqué par la présence des peupleraies qui prennent parfois des proportions très importantes -comme c’est le cas dans la région du tuffeau aux environs de Lencloître- au détriment parfois de la lisibilité des reliefs et de leur relation visuelle avec les rivières.

            D - LE BATI, LES MOTIFS CONSTRUITS

            La lisibilité de l'identité paysagère d'un secteur, par conséquent son appréciation, est fortement favorisée par un bâti qui répond par son organisation ou ses éléments constitutifs­ aux réalités de roches et de reliefs sous-jacents.

            C’est typiquement une spécificité de la région du tuffeau où avec le relief, le tuffeau imprime sa marque sur l’architecture qui peut faire appel au vocabulaire des grands blocs de pierre blanche très reconnaissables. C’est aussi un secteur dont le relief lui-même a conditionné les motifs spécifiques que forment les moulins et les châteaux. Prenant position sur les hauteurs ou les flancs des collines souvent isolés, ceux-ci ponctuent régulièrement le territoire dont ils viennent former les "fabriques", liées au vent ou aux positions stratégiques, inscrites aujourd’hui dans nos paysages de mémoire.

            Même si Châtellerault est construite en tuffeau et prend sa place dans le secteur auquel elle donne pour partie son nom, le site de la ville reste au plan paysager, associé à la vallée de la Vienne. En revanche, Loudun et Mirebeau sont les deux localités les plus intimement liées aux paysages spécifiques du secteur et prennent position, parfois très spectaculairement, grâce aux remparts sur le rebord des collines dominant la plaine. Ailleurs, seuls de petits villages viennent ponctuer le territoire sous la forme regroupée caractéristique des régions de culture dégagée.

            La répartition et la disposition du bâti et des motifs construits dans l'espace ainsi que le maintien de ces caractéristiques dans le temps, conditionnent la qualité paysagère des territoires.

            Dans les terres de brandes, c'est effectivement la rareté du bâti qui caractérise le secteur depuis toujours. Les villages et les fermes n’apparaissent que sporadiquement, ce qui contribue à former un paysage "désert", tout en assurant la prédominance des éléments végétaux.

            Une des meilleurs illustrations est représentée par le prieuré de Villesalem dont la belle architecture et l’ancienneté rares se trouvent encore en contact direct avec cette campagne retirée, pour donner véritablement l’ambiance des ermitages du Moyen Age. On notera également l’intervention à l’horizon des tours de refroidissement de la centrale de Civaux et des lignes électriques qui rayonnent autour d’elle. Aucune agglomération n'est spécifiquement inscrite dans ce type de paysage : les localités les plus importantes sont toutes situées dans les vallées et n'entrent en contact avec les terres de brandes que lorsqu'elles ont, par leurs extensions les plus récentes, débordé de leur site initial. L'entrée Est de Montmorillon est de ce point de vue plutôt malheureuse dans le sens où elle "détruit" la notion de campagne, si présente et si charmante par ailleurs.

            Dans un rayon de 10 à 15 km autour de Poitiers, les villages présentent une taille plus importante et le paysage peu caractérisé des terres de brandes laisse peu à peu la place aux fronts urbains de Poitiers.

            La plupart du temps, les spécificités d'habitat ne correspondent pas exactement au cadre géographique des secteurs paysagers tels qu'ils sont identifiés ici. Les différents styles d'architecture et d'organisation de celle-ci touchent des territoires plus vastes. Il faut noter cependant certaines "façons" ou savoir-faire très locaux comme en Pays Loudunais par exemple, pour lequel une plaquette de sensibilisation a d'ailleurs été produite.

            C'est assez souvent une agglomération ­et / ou une époque particulière de l'histoire­ qui "commandent" et déterminent des types d'architectures rurales locales et homogènes.

            L’architecture rurale typique du cœur de la région s’exprime dans les terres rouges comme dans les secteurs voisins, formant un grand territoire que constitue le "mellois". La pierre crémeuse, ressortant aux pignons sur des accents d’ombre portée, les murets prolongeant les villages et abritant les jardins ou les parcelles, contribuent au caractère du secteur mais aussi les monuments ruraux de la religion tels les églises et les lanternes des morts.

            Pour les terres rouges à taillis plus spécifiquement, aucune ville ne "commande" véritablement le style des nombreux villages et hameaux. Pas davantage dans les plaines du Ruffécois où les localités les plus importantes sont toutes situées dans les vallées alors que les plateaux accueillent les fermes et les hameaux dispersés, auxquels s’ajoutent les bâtiments agricoles plus récents (hangars, silos, stabulations...). Le tissu des agglomérations n'entre en contact avec les plateaux qu'à l'occasion d'extensions récentes et ponctuelles.

            Les bâtis et motifs construits (bourgs, villages, hameaux) qui parsèment en nombre important la plaine haute d'angoumois se réfèrent à la fois, à la période romane qui lui a légué son patrimoine d'églises et de centres de villages à l'architecture de pierre calcaire caractéristique de la région, et à l'organisation des bâtiments d'exploitation à cour fermée typique, plus largement, des pays viticoles de l'angoumois. On note aussi la présence de fontaines, puits, lavoirs, petit patrimoine vernaculaire souvent lié à l'eau, qui participe aussi à la qualité des villages.  

            E - LES RESEAUX (routes, lignes électriques…)

            Globalement les secteurs des plaines vallonnées ­ boisées sont marqués par une faible densité du réseau routier.

            C'est bien souvent le vocabulaire des motifs végétaux, haies et arbres isolé, bosquets qui l'associe plus ou moins fortement dans son maillage.

            Quand la belle silhouette d’un chêne ou d'un châtaignier isolé, d’un groupe ou d’une haie d’arbres, vient longer la route, le paysage prend soudain une vigueur particulière, instaurant une mise en scène très valorisante entre le visiteur et le territoire, tout en reposant sur les éléments mêmes qui le composent, donnant de la profondeur et de l’espace à un paysage qui manque de relief.

            On remarquera cependant que cette articulation reste en deçà des possibilités qu’elle offre : l’entretien des haies des routes reste manifestement minimal et de nombreux motifs, notamment les groupes et les lignes d’arbres, pourraient être mieux mis en valeur, de même que les transparences vers les cultures et les pâtures.

            Une meilleure prise en compte de cette dimension importante du paysage apporterait sûrement beaucoup à des secteurs qui ne méritent pas la réputation de monotonie qu’ils inspirent aux commentateurs

              
             
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              II -LES DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE
                
               
              II1 - LES PRINCIPALES DYNAMIQUES DANS LES PLAINES VALLONNEES-BOISEES
                


              EVOLUTIONS EN COURS LES PLUS MARQUANTES

              Un abandon progressif des motifs mineurs de la végétation, voire des "corridors" biologiques malgré des taux de boisements importants

              Il est sensible dans la région du tuffeau avec notamment l'effacement des alignements d'entrée de fermes. En terres rouges à taillis, l’économie rurale a longtemps associé cultures et arboriculture, les châtaigniers prenant une part importante dans les modes de vie. L’évolution des systèmes de production agricole ont considérablement modifié ces modalités et le paysage : disparition du système de haies lors des remembrements des années 1970 et des sujets isolés, entretien très différent des taillis. Ainsi, depuis ces années, de tels motifs de végétation semblent "flotter" dans une incertitude de projet paysager. La disparition lente des arbres isolés, l’entretien sans conviction des haies routières indiquent une absence d’image mentale de ce que "devrait" être ce pays depuis qu’il a été transformé, ce qui se traduit dans la sensation relative de paysage ingrat qui se dégage aujourd’hui.

              Dans ces plaines où l’occupation du sol était, il y a encore peu, assez diversifiée, la tendance actuelle est à l’augmentation des surfaces céréalières, oléagineuses et protéagineuses entraînant de ce fait une simplification du couvert végétal.

              • Déclin démographique et caractère rural marqués pour certains

              En terres de brandes, la zone d'emploi de Montmorillon est la moins peuplée de la région Poitou-Charentes avec 43 000 habitants. Les villes de Chauvigny et Montmorillon sont les seuls espaces du secteur à connaître une évolution démographique positive car le montmorillonnais entre, quant à lui, dans la catégorie des territoires ruraux dévitalisés. L'activité agricole est relativement importante, Montmorillon est la quatrième zone agricole de la région pour la part des emplois dans ce secteur, mais particulièrement fragile. Dépeuplement des villages et déprise agricole sont ici les principaux facteurs d'évolution des paysages.

              • Une dynamique liée à la diversification des centres d’intérêt touristique

              Le tourisme s'oriente de plus en plus vers la découverte du patrimoine au sens large, d'un "tourisme vert" s'appuyant sur le potentiel naturel des pays à travers randonnées pédestres, VTT… et vers la promotion des produits locaux. Il s'accompagne du développement de l'accueil chez les habitants (camping à la ferme, chambres d'hôtes et gîtes ruraux). Ces plaines, vallonnées et boisées, qui renvoient facilement à l’image des campagnes françaises bénéficient de ces nouvelles formes de tourisme.

                
               
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              II2 - LE DIAGNOSTIC PAYSAGER
                
              A - ATOUTS ET FAIBLESSES

              A l'intérieur de ce type de paysages, il existe une grande disparité de situations en particulier pour des questions de positionnement géographique régional.

              Des campagnes "retirées", telles les terres de brandes ou le Ruffécoisportent l’image de campagnes calmes qui ne présentent ni l’abandon des terres trop difficiles, ni le pittoresque des campagnes vallonnées. Leurs principaux atouts reposent sur la présence des motifs végétaux, sur la belle forme que prennent par exemple les chênes dans les terres difficiles des pays de brandes ou d'autres essences en Ruffécois.

              D'autres, forment des ensembles paysagers à la fois doux et présents dont la forme harmonieuse des successions de collines (région du tuffeau), des forêts et l’ambiance agricole dominante contrastent avec de grandes étendues plates ou d'autres secteurs recoupés de haies. La région du tuffeau valorise aussi le patrimoine bâti considérable, souvent associé aux reliefs, et qui marque fortement l’entrée dans la région par l’autoroute A10.

              Une autre harmonie naît en plaine haute d'angoumois de la viticulture qui, même si elle n'est pas prépondérante, est portée par le Domaine de Lignières qui déborde de fait sur ses alentours. La situation en hauteur et la relative ouverture du paysage permet de belles relations visuelles avec les secteurs voisins. Les motifs de boisements permettent de faire alterner les ambiances resserrées avec ces vastes panoramas. La vallée de la Nouère ajoute à la richesse des paysages du plateau tout ce qu'apporte la présence de l'eau, tant au niveau du patrimoine bâti qui l'accompagne que des ambiances végétales.

              Ces campagnes semblent encore épargnées des problématiques habituelles de "points noirs paysagers" tels ceux qui accompagnent ailleurs les phénomènes de périurbanisation. Il en est ainsi pour les terres rouges à taillis qui gardent une forte identité rurale non feinte formant l’essentiel de leur personnalité. Ce secteur dispose en outre, avec la terre rouge et les châtaigniers, d’une identité culturelle et d’une mémoire liées au paysage.

              Cependant, les évolutions des systèmes de production agricole ont bouleversé le territoire laissant le paysage comme un chantier abandonné. D’ailleurs la faiblesse de bon nombre de ces paysages vient du fait qu’ils procurent parfois un sentiment de "pas fini", probablement lié à l’absence d’entretien des motifs particuliers ou de l’absence de mode d’organisation du territoire affirmé.

              B - MENACES

              Les principales menaces sont celles liées à un développement urbain et économique qui considérerait de tels paysages comme trop peu valables pour mériter d’être pris en compte dans la composition des nouveaux espaces.

              La proximité urbaine, si elle constitue un facteur de dynamisation, peut aussi participer à sa dégradation si elle est source d'un développement urbain diffus et sans référence aux sites d'implantation.

              En plaine haute d'angoumois, la vallée de la Nouère, ouverte sur la Charente, est un site d'une grande fragilité au regard de la proximité d'Angoulême. Il faut veiller au potentiel que représente ce secteur, au regard d'une pression urbaine qui s'accroît de toute évidence.

              Dans le cas particulier des brandes la menace est liée d’une part à l’abandon du pâturage extensif, des pratiques d’incendie circonscrits qui limitaient le développement des arbres d’autre part au défrichement pour la mise en culture ou l’enrésinement. Or, certains types de landes présents dans la région, comme les landes humides ou tourbeuses, sont considérés comme fortement menacés au niveau européen et inscrits en tant que tels à l’annexe III de la Directive Habitats de la CEE (1989). Dans la région, les landes ont connu au cours des dernières décennies une très forte régression.

              C - POTENTIALITES ET ORIENTATIONS ENVISAGEABLES

              En terres de brandes, en Ruffécois, elles résident essentiellement dans la présence des motifs de la végétation qu’il reste à entretenir, à pérenniser et à compléter notamment, dans le rôle qu’ils doivent jouer au bord des routes. Le déficit criant de représentation du Ruffécois entraîne sûrement pour une part, les défaillances d’entretien de son paysage. Un travail de diffusion des paysages potentiels du secteur sera nécessaire pour entraîner les énergies. Le thème plastique et sémantique, des beaux chênes aux formes dessinées, paraît très prometteur en particulier, dans ses formes libres au bord des routes et dans les parcelles de prairies.

              Les terres de brandes ont un autre potentiel grâce aux brandes elles-mêmes, quasi disparues, mais qui représentent une double valeur : celle d’un paysage oublié, mais porteur d’une mémoire spécifique (terres pauvres pâturées extensivement) et celle d’une formation végétale au potentiel environnemental fort, dont le paysage émerge dans l’époque actuelle comme une valeur d’expression de la nature (paysages de friches) en même temps que plastique (floraison et matière des genêts, ajoncs, bruyères…)

                
               
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              II3 - LES MESURES EN COURS
                


              OPERATIONS D'AMENAGEMENT

              Hormis les secteurs de Charente-Maritime, tous les secteurs de plaines vallonnées-boisées sont concernés par la ligne TGV reliant Tours à Bordeaux. Si à 300 km/h, la diversité paysagère des territoires traversés est moins flagrante qu'à pied, les ouvrages et les modelés de sols ne sauraient être abordés et projetés de façon identique d'un secteur à l'autre, par souci d'intégration paysagère…

                
               
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              II4 - QUELQUES BOÎTES A IDEES
                


              A - POUR LA PLANIFICATION

              - Contrôler et planifier le développement des communes en expansion autour des villes principales (Châtellerault, Angoulême, Saintes, Rochefort) en concentrant les zones urbanisées, sans développement linéaire le long des routes, en évitant les phénomènes de continuité pavillonnaire et en soignant les nouvelles limites des bourgs.

              - Conditionner la nature, le contenu et l'organisation des Plans d'Occupation des Sols des communes en forte progression démographique aux analyses, préconisations et orientations paysagères préalables.

              - Assurer, pour les petites agglomérations rurales, la concentration du bâti et l’existence d’un traitement de transition avec les espaces agricoles : la pauvreté paysagère des entrées de ville ou de bourgs menace même les plus petites localités. L'utilisation des bosquets, des vergers, des promenades plantées périphériques (reprenant le thème des remparts) mais aussi la qualité des clôtures des parcelles, représentent un "vocabulaire paysager" à (re)mettre en œuvre.

              - Assurer la qualité rurale des territoires, éviter le mitage pavillonnaire (et la dispersion des zones d'activités) et veiller à la continuité du tissu urbain autour des noyaux anciens.

              - Mettre en place des chartes communales et / ou intercommunales permettant d'inscrire le souci de la qualité paysagère dans les préoccupations de tous les acteurs du paysage ­publics, professionnels et particuliers.

              ­ Mettre en route des plans de paysage pour les vallées les plus fragiles.

              B - POUR L'AMENAGEMENT

              D'une manière générale,

              - Mieux traiter les articulations entre la campagne et les zones urbanisées en engageant des opérations de traitement des entrées de villes et de villages et en utilisant le vocabulaire végétal adapté.

              - Compléter le réseau des motifs végétaux, notamment le long des routes.

              - Valoriser le paysage des monuments et des routes touristiques en mettant en scène la tranquillité campagnarde que l’on peut associer aux temps d’édification des monuments.

              - Encourager un mouvement de qualité architecturale des bâtiments agricoles, sans camouflage ni déguisement mais par les choix des emplacements, des volumes, des matériaux, avec le concours des hommes de l’art c’est-à-dire en dépassant la stricte fonctionnalité pour inscrire ces outils de travail dans le paysage, avec la volonté de contribuer à une identité régionale valorisante.

              - Assurer la meilleure "composition avec le paysage" des grandes infrastructures (RN10 pour terres rouges et Ruffécois, RN141 pour plaine haute d'Angoumois) notamment dans les modes de relations visuelles avec les espaces ruraux. Des opérations de "nettoyage" des nombreux points noirs qui salissent encore les abords notamment de la RN10 (stations services désertées) sont nécessaires.

              Selon spécificités…

              • En région du tuffeau

              - Choisir et mettre en valeur par des aménagements adaptés un ou deux itinéraires routiers enrégion du tuffeauautour de Châtellerault et de Loudun afin d’améliorer la lisibilité du secteur et mettre en valeur son relief et son patrimoine bâti. Dans ce paysage de champs ouverts, les motifs d’alignements routiers d’arbres de haute tige peuvent se montrer très efficaces pour créer des premiers plans de qualité. Une maîtrise foncière élargie en bord de routes permet d'installer ces alignements à distance plus respectable de la voirie, pour une plus grande sécurité et un entretien peut être moins conséquent.

              - Limiter la part des peupliers dans certaines situations identifiées telles qu'à proximité des lieux de passages privilégiés ; par exemple, aux franchissements des vallées par les routes, depuis les points de vue les plus significatifs ou aux abords des monuments.

              - Assurer la qualité paysagère des secteurs de vignes, identitaires du Poitou, disposant de belles situations. De même, certains sites autour du petit patrimoine pourraient mieux révéler leur relation avec le paysage environnant (châteaux, moulins).

              - Mettre en scène la position de l’aire de service et les vues qui pourraient y être mises en valeur n'est pas anecdotique en terme d'image d'un territoire.

              • En Ruffécois

              - Entreprendre un véritable traitement du point de vue de Montalembert ! Un relief élevé, une large vue sur le paysage sont trop rares dans le secteur. D'autres points hauts également pourraient faire l’objet d’actions pas forcément lourdes visant à assurer la vue par le contrôle des dégagements des premiers plans et un minimum de mise en scène (stationnement, banc, balustrade…).

              • En plaine haute d'angoumois

              - Entretenir et valoriser les ouvertures internes au secteur et les points de vue élevés depuis ses franges vers les entités voisines.

              - Valoriser les centres villageois, le petit patrimoine rural (fontaines, ponceaux, puits, lavoirs,...) et les traversées de vallées dans leur ensemble. 

              C - POUR LA GESTION ET L'ENTRETIEN

              Réviser les modalités de gestion d'entretien du paysage au regard des usages disparus et des pratiques contemporaines.  

              Faut-il à tout crin replanter des haies si les terres ne sont pas menacées d’être emportées et si le temps manque pour les entretenir correctement ? Peut-on obliger quiconque à replanter des châtaigniers isolés s’ils gênent les cultures en n’apportant qu’un surcroît de travail ?

              En revanche, chacun est attaché à la mémoire que le paysage a pour rôle de perpétuer et qui se fixe aussi, sur tel ou tel motif de sa composition.

              Une proposition consiste à simplifier, mais sans l’abandonner, la gestion de ce paysage, en travaillant notamment sur le maillage des haies à conserver, à réhabiliter ou reconstituer, et sur la place des arbres isolés (domaine privé ou public ?). Ces propositions pourraient notamment trouver place dans des projets de Contrats Territoriaux d’Exploitation, individuels, mais surtout collectifs.

              • Terres de brandes

              - Envisager la place des landes et brandes dans le potentiel du secteur, préservation ou reconquête des îlots relictuels

              • Région du tuffeau

              - Encourager la gestion et la replantation d’arbres isolés (noyers et châtaigniers) ainsi que des alignements d’entrées de fermes.

              - Assurer par de nouvelles plantations la continuité de la présence des arbres isolés.

              - Assurer la qualité architecturale des équipements, comme les châteaux d’eau (l’exemple très positif de celui de Mirebeau est à valoriser) mais aussi les volumes courants des bâtiments agricoles : les hangars, stabulations, silos sont des objets d’architecture, et leur conception ne saurait se résumer à une approche fonctionnelle ni à une réalisation industrielle. Il est préférable d’encourager la création architecturale à ce sujet, avec un volet paysager axé sur la composition avec le site (implantation, orientation des volumes, choix des matériaux et des couleurs) et non sur des processus de camouflage.

              D - POUR L'EVOLUTION DES MODES DE LECTURE

              Même si cela demande du temps, produire et diffuser des représentations de paysages (photographie, peinture…) - par exemple de brandes et de chênes isolés en terres de brandes - peuvent fortement contribuer à faire changer de statut un paysage donné... surtout dans un contexte où la demande sociale est croissante sur l'authenticité des produits et des terroirs…

                
               
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