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900 - Paysages singuliers (marais, Réserve Naturelle)
Méthode d'inventaire et d'identification des paysages


Album extrait: Subtilité et rigueur des compositions dans ce paysage construit. Répétition des alignements de peupliers, de frênes têtards et des voies d'eau.

Chaque paysage de cette catégorie possède des caractéristiques si particulières qu'il se distingue fortement des grands types paysagers évoqués plus haut.

Ces "paysages singuliers" ne correspondent à aucun autre (y compris hors région) et n'ont donc pas grand chose de commun entre eux, si ce n'est qu'ils ont, chacun, leurs propres spécificités.

Il est effectivement des paysages ­en Poitou-Charentes, en France et ailleurs­ qui présentent des systèmes paysagers uniques. C'est le cas typique de la Venise Verte dont le nom lui-même est désormais entré dans le langage courant pour nommer ce secteur très localisé de marais mouillés dans le Marais Poitevin.

Le Pinail également présente une configuration paysagère ­associée à des modes de gestion­ très spécifique. D'autres lieux aux caractéristiques paysagères équivalentes, mais moins (re)connus, de moindre importance en superficie ou disséminés dans le vaste territoire des brandes du Poitou lui ressemblent. Mais le Pinail, de par l'étendue et la cohérence du site ainsi que les modes de gestion actuels (associés au statut de Réserve Naturelle), constitue véritablement aujourd'hui une figure unique, qui bénéficie en outre de représentations particulières et diffusées. Les photos aériennes de ce site d'exception montrant le miroitement d'une multitude de mares sont l’une de ses images les plus diffusées.

Il est d'autres paysages qui se détachent à la fois visuellement, physiquement ainsi que par les usages et pratiques spécifiques qui s'y exercent ; c'est le cas de terrains militaires dont ceux de Montmorillon qui appartiennent aux brandes du Poitou) et ceux d’Avon-Bougon-Exoudun (bocages de Bougon-Avon).

A leurs manières, ces paysages ­et très certainement d'autres plus localisés­ constituent pour la région et au-delà, des paysages singuliers. Ils justifient ­à cette échelle­ une catégorie à part, qui ne demande qu'à être élargie…

En surface, ils représentent moins de 0,5% du territoire régional.


CES TYPES DE PAYSAGES
COMPRENNENT LES SECTEURS SUIVANTS :

- La Venise Verte

901

- les brandes du Poitou

902

- le Pinail

903

- le bocage de Bougon-Avon

904

LES PAYSAGES SINGULIERS

LA VENISE VERTE

LES BRANDES DU POITOU
(secteur du terrain militaire de montmorillon)

LA RESERVE DU LE PINAIL

LE BOCAGE DE BOUGON-AVON





I -L'AMBIANCE PAYSAGERE
 
I1 - LES REPRESENTATIONS : les modèles littéraires, picturaux…
  


"Marais mouillé", "Marais sauvage", "Marais de la Sèvre", "Venise Verte", le secteur porte plusieurs appellations. Bien que d’usage récent et de vocation principalement touristique, le nom de "Venise Verte" a été choisi ici dans la mesure où il traduit l'un des caractères les plus emblématiques de la région : cette appellation est largement utilisée et diffusée bien au-delà des limites régionales. Il faut cependant préciser qu’elle n’est que rarement utilisée par les maraîchins eux-mêmes et qu’elle semble ne s’appliquer actuellement qu’à une partie du marais mouillé, lui-même ne représentant qu'une partie du Marais Poitevin.

Venise, ses canaux et ses gondoliers, sert aujourd’hui de schéma de référence pour aborder ce secteur de conches et de bateliers, mais où les monuments de pierre sont remplacés par des palais de feuillages. Rues d’eau et façades de verdure : il s’agit là d’une bien étrange ville, qui excite l’imagination, faisant espérer peuples étranges et aventures. Il est important de noter que même si elle lui est aujourd’hui particulièrement attachée, cette référence à Venise n’est pas spécifique au marais mouillé. Les appellations de type Venise Verte, petite Venise (…) ont en France tendance à se multiplier.

La puissance de l’évocation de Venise est complétée par une diffusion très large des images du marais. Après le Futuroscope, la photographie la plus diffusée de la région représente une maison maraîchine aux volets colorés à laquelle sont associées les photos de barques, transportant soit des touristes pour donner l’envie d’effectuer la promenade, soit des animaux (vaches, chèvres) qui viennent compléter l’étrangeté de ce pays !

S’il est un paysage qui fait aujourd’hui l’objet d’un important mouvement de représentation par l’image c’est bien celui de la Venise Verte.

Y participe en premier lieu le travail des photographes professionnels (Daniel MAR, Christian ERRATH, Thierry GINUTH et d’autres encore), mais aussi de très nombreux photographes amateurs. Ils trouvent là un sujet d’inspiration sans cesse renouvelé, au fil des saisons ou des épisodes particuliers de la vie du Marais (inondation, neige…). De plus la quantité de cartes postales représentant (depuis longtemps), le marais (voies d’eau bordées de frênes-tétards), ses villages, ses bourgs et ses cabanes isolées (maisons aux volets bleus, aux volets verts, aux volets rouges) et ses scènes "traditionnelles" (transport en barques, pêche aux engins, trains de bois flottants), est particulièrement importante

La production écrite (livres de souvenirs, livres de poèmes le plus souvent accompagnés d’une importante iconographie) est depuis quelques années en forte progression. Le magnifique ouvrage de Jean Loïc LE QUELLEC, Daniel MAR et Christian ERRATH "Le marais Poitevin, de l’eau et des hommes" (Geste Editions-1991) constitue une référence.

La représentation picturale est également abondante (nombreux peintres amateurs, nombreuses expositions). Elle est aujourd’hui consacrée par le "festival de la peinture de Magné" qui chaque année invite des peintres à venir exprimer leurs talents autour d’un thème central : le marais. A noter également la production de dessins à la plume d’un enfant du pays, Camille GOUGNARD, qui brode de manière infinie sur les thèmes classiques du marais (conche bordée de frênes-tétards, bateau à l’attache…).

Enfin la bande dessinée s’est, elle aussi, saisi de la Venise Verte, puisque ses décors ont inspiré plusieurs productions récentes ("la saison des anguilles", "les griffes du marais").

En terme de représentation l’imaginaire porte également sur les habitants du marais eux-mêmes. Comme dans toutes les régions restées longtemps difficiles d’accès (vallées montagnardes, landes) les populations locales jouissent d’une réputation singulière, héritée de l’histoire : le peuple même des Colliberts (mentionné dans de nombreux ouvrages) qui s'y est installé ­aux origines multiples et aux tendances plus ou moins rebelles­ confirme la singularité du secteur. Autant dire que cette image se rapproche plus de la forêt mystérieuse (Amazonie, Bayou…) que de la riche et mondaine cité vénitienne.

  
 
    I2 - LA PERCEPTION SENSIBLE DE LA VENISE VERTE
      


    Selon que l’on soit promeneur ou actif dans le marais (agriculteur, forestier, agent d’entretien du réseau hydraulique) sa perception est fort différente Le mode de déplacement choisi conditionne très fortement la perception des marais mouillés.

    Une promenade en voiture est possible et même balisée. Mais elle ne peut emprunter que les rares routes qui sont construites sur les zones émergées (côtes et digues) sans véritablement pénétrer le sanctuaire du réseau des canaux. Pour qui n’y prends pas garde, la traversée du marais mouillé peu ne prendre que quelques minutes (D1 entre la Garette et Coulon, D23 entre Coulon et le pont d’Irelau).

    Ces promenades donnent cependant accès aux vues sur les villages, et permettent de retrouver des vues rencontrées (préalablement), telles celles des maisons maraîchines.

    Mais il faut laisser la voiture et embarquer sur un bateau pour percevoir dans leur substance les espaces du marais mouillé. L’expérience y est bien entendu très différente de ce que serait une promenade à pied ou à cheval. La barque instaure, de fait, un mode de perception spécifique : le glissement du bateau et la position assise induisent une perception passive (l’attention n’est requise ni pour la conduite ni pour la marche) et un regard glissant le long des berges. A moins d’une halte dans une parcelle cette perception sera la seule dans la matière du marais : c'est-à-dire une vue au ras de l’eau et de la terre en contre-plongée notamment sur les arbres.

    Ce mode de déplacement spécifique met l’observateur dans une disposition d’attention exceptionnelle, hors du quotidien : on la retrouve dans les parcs d’attraction (Pirates des Caraïbes à Disneyland, Jardins du Monde au Futuroscope…) pour orienter le regard des visiteurs et créer les conditions de l’extraordinaire ; référence désormais inscrite dans l’esprit (et le regard) de nombreux touristes…

    C’est donc à partir d’une barque que les paysages du marais apparaissent, et se ressentent.

    Le lieu de référence et point de départ de lecture de l’espace de cette "Venise" est celui des canaux, des conches, des fossés eux-mêmes. C’est probablement de là que viennent les comparaisons avec les cathédrales (la cathédrale de verdure). En effet, le volume d’air des conches est délimité sur les côtés et en hauteur par le double alignement des arbres. Cette composition prend à peu près la forme de voûtes gothiques du fait de l’étroitesse des voies, de la régularité des troncs qui forment comme des alignements de colonnes et de la hauteur, parfois exceptionnelle, des peupliers.

    De là, également, la prédominance du vert. En comparaison de situations ordinaires, où l’on se trouve la plupart du temps sur un chemin ou une route ­avec leurs couleurs de terre ou d’asphalte­ l’eau présente le reflet des arbres. En été, sa surface se colore entièrement de lentilles d’eau d'un vert saturé. La densité des feuillages instaure un univers où la lumière elle-même tend à être verte.

    Le réseau des canaux présente une réelle homogénéité de matière, offre peu de contrastes. La lente glissade d’une promenade se déroule sans évènement magistral comme un bain calme à l’intérieur des feuillages.

    Il est alors possible d’en observer les infimes variations, selon les espèces, de ressentir les moindres frémissements des vents dans la ramure des peupliers et des courants, qu’il devient d'ailleurs difficile de distinguer tant l’eau et l’air se confondent.

      
     
      I3 -LA VENISE VERTE DANS LE CONTEXTE REGIONAL
        


      LES FRANGES OU L'IMPORTANCE DE LA NATURE DES CONTACTS DE LA VENISE VERTE AVEC LES SECTEURS VOISINS

      La vocation touristique du marais, liée à l’attractivité de son univers étrange, est encouragée par sa position "sur la route des vacances" vers La Rochelle et l’île de Ré.

      Dans le guide bleu, Jean Pitié parle d’un "lien magique entre Vendée, Aunis et Poitou", auquel il faut ajouter la Saintonge.

      En effet, le Marais mouillé se retrouve à la rencontre de diverses entités. En premier lieu, il faut l’associer à son alter ego, le marais poitevin desséché, puisque du fait du régime de l’eau l’un ne peut exister dans sa forme actuelle sans l’autre. Le Marais Poitevin dans son ensemble (l’ancien golfe des Pictons), s’inscrit lui-même dans un secteur de grandes plaines calcaires, en Vendée au nord, en Aunis et Saintonge au sud. A partir du Vanneau jusqu’à Niort, un bocage qui forme une limite franche avec la plaine du Niort, vient enserrer le marais. Ce bocage joue un rôle très important dans sa complémentarité, paysagère, agricole et écologique avec le marais, dont il est l’écrin.

      On aborde donc très différemment le paysage selon le lieu d’où l’on vient. Venant de la plaine ou des marais desséchés, la frondaison des peupliers, visible de très loin, donne un sentiment de forêt qui s’estompe à l’entrée du marais pour laisser place à une vision de clairières multiples. Par contre l’arrivée par les contreforts bocagers permet une mise en ambiance progressive au cours de laquelle le marais se signale uniquement par la présence de l’eau et la composition des haies.

      Il y a un phénomène de "bords du marais" marqué par les anciennes côtes du golfe. Cette configuration géologique joue un rôle particulièrement important dans la composition des paysages maraîchins, puisque l’ensemble des villages du marais sont inscrits, en forme de villages rues à la limite exacte de ces terres hautes et du marais (La Garette, la Bellette du Vanneau, Irleau, la Garenne d’Arçais etc…).

        
       
      I4 - L'ANALYSE PAR MOTIFS
        


      A - LE RELIEF ET LES ROCHES

      Le marais est bien sûr extrêmement plat, par définition L’effet ainsi rendu est renforcé par l’absence de vue lointaine sur les reliefs des versants et par la platitude des eaux. Tout n’est qu’affaire de micro relief, digues, mottes, fossés. Quant au sol, il laisse apparaître dans les secteurs cultivés ou les jardins sa terre noire tourbeuse alors qu’apparaît, au revers des berges la couleur grise de l’argile.

      B - L'EAU ET SES MANIFESTATIONS

      Omniprésente, l’eau des canaux est la maîtresse du paysage qu’elle dessine de son réseau complexe.

      L’organisation hydraulique du marais mouillé est d’une complexité déconcertante. Le très grand nombre et la diversité des voies d’eau (conche, fossé, canal) et des ouvrages hydrauliques (barrage, écluse, batardeau, passe bateau) en est l’expression la plus marquante. Cependant si ce système entièrement organisé pour maintenir les niveaux d’eau souhaités (objet de nombreux débats et conflits) et permettre la navigation sur la Sèvre niortaise et ses voies d’eaux affluentes, est connu, souvent dans ses moindres détails par les maraîchins, il constitue pour le néophyte un vrai labyrinthe. Seule reste alors l’image fortement ancrée dans l’imagerie populaire de la conche bordée de frênes têtards.

      La plus magistrale manifestation de l’eau est l’inondation, notamment lors des crues décennales où l’eau recouvre le marais plusieurs jours ne laissant qu’apparaître peupliers et frênes-têtards dans un paysage blanchi. A l’opposé, de plus en plus, le marais souffre d’un manque d’eau en été.

      C - LA VEGETATION

      Sans la végétation, il n’y aurait ni marais boisé, ni "cathédrale" ; la "Venise" ne serait pas verte.

      Avec l’eau, la présence de la végétation associée aux berges participe à l'identité du paysage. La structure arborée du marais est constituée par un système dans lequel se succèdent, de manière régulière et répétitive, un premier rang de frênes têtards le long des rives, suivi le plus souvent par un deuxième rang de peupliers. Le phénomène de plantation de peupliers en pleine parcelle offre une image nouvelle du marais. Les jeunes plantations sont parfois protégées par des corsets de métal.

      La végétation basse des berges offre aujourd’hui deux motifs distincts générant deux images très différentes de la Venise Verte :

      - l’image traditionnelle, raréfiée dans les secteurs de prédilection pour les ballades en barque, des parcelles "propres" pâturées ou fauchées jusqu’au bord de l’eau, donnant l’impression d’un marais jardiné et offrant de profondes perspectives ;

      - l’image d’un marais dans lequel les berges foisonnent d’une végétation de mégaphorbiaies (orties, grande consoude, reine des prés etc...) renvoyant à une vision plus sauvage du marais, plus fermée

        
        II -LES DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE
          
         
        II1 - LES PRINCIPALES DYNAMIQUES DANS LA VENISE VERTE
          


        EVOLUTIONS EN COURS LES PLUS MARQUANTES

        Les paysages typiques de la Venise verte sont soumis à des dynamiques contradictoires : - extension des cultures et du maïs notamment au cours des années 70­80 que semble avoir freiné la mise en place de mesures agri environnementales ;

        - régression, dans les zones les plus difficiles (accès, taille des parcelles) de la mise en valeur agricole au profit de la friche ou de la plantation en plein ;
        - développement dans certains secteurs très localisés des habitations légères de loisirs. Les actions de connaissance, de reconnaissance et de gestion de l'ensemble du patrimoine (architectural, culturel, naturel ou paysager) sont multiples et croissantes sur ce territoire. Citons, à titre d'exemple, l’OGAF agriculture Environnement, les Grands Travaux, les inventaires en cours des frênes têtards et des haies bocagères, plan d’aménagement et de gestion du marais mouillé.

        L'implication et l'engagement des habitants, élus et techniciens locaux dans la qualité de leur cadre de vie, se lit dans le paysage lui-même :

        - soins portés à la qualité de la restauration du petit patrimoine bâti et des petites infrastructures (ponts et passerelles), à travers notamment le choix des matériaux, la réutilisation d'appareillages traditionnels, la sobriété des aménagements et de l'accompagnement végétal adapté au site, les finitions…
        - entretien des principales voies d'eau,
        - entretien des jardins privés et/ou collectifs,
        - maintien, par secteurs, de la taille traditionnelle du frêne en têtard…

          
         
        II2 - LE DIAGNOSTIC PAYSAGER
          
        ATOUTS, FAIBLESSES, MENACES

        De par sa singularité, paysage unique en France, la Venise Verte présente tous les atouts d’un grand paysage français.

        Elle allie tous les éléments d’un paysage pittoresque, présence de l’eau, végétation abondante, bâti au caractère marqué, mais aussi organisation extrême du territoire lié à une civilisation construite autour de ce territoire. D’autre part, la mobilisation locale en faveur du marais et la reconnaissance dont il bénéficie de plus en plus ce paysage à l’image d’autres grands monuments français, constitue un facteur positif pour la pérennité de ce paysage.

        Cependant il reste menacé par la difficulté qu’il y a à concilier les formes modernes du développement avec l’organisation paysagère héritée des aménagements du XIXe siècle. Cela vaut pour l’agriculture et la populiculture et de plus en plus pour l’activité touristique en plein développement.

          
         
        II3 - LES MESURES EN COURS
          


        MESURES DE PROTECTION

        Le marais mouillé de la Venise Verte est classé en arrêté de protection de biotope (2702 hectares). Une petite partie du territoire est classée au titre de la loi de 1930.Une procédure d’élargissement du site classé est en cours d’enquête.

        Elle a fait l’objet d’une opération "Grands Travaux" et aujourd’hui d’un plan de développement au titre de la politique nationale en faveur des zones humides.

          
         
        II4 - QUELQUES BOÎTES A IDEES
          


        Les actions de planification, d'aménagement, de gestion et d'entretien ainsi que de production d'images en cours sont si nombreuses (et les acteurs multiples), qu'il n'a pas été possible d'en faire l'inventaire, ni jugé utile d'en proposer d'autres, à l'occasion de cette étude régionale.

        Pour plus d'informations, contacter le Parc Interrégional du Marais Poitevin, à La Ronde.

          
         
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        (secteur du terrain militaire de montmorillon)
        I -L'AMBIANCE PAYSAGERE
         
        I1 - LES REPRESENTATIONS : les modèles littéraires, picturaux…
          


        Ce paysage d’organisation complexe de bois, de brandes et d’étangs ne renvoie à aucune autre composition existante (tout du moins sur un territoire aussi vaste) et ne correspond de ce fait à aucun autre type de paysage contemporain.

        Au siècle dernier, les brandes occupaient un vaste territoire du Poitou (en 1862, 80 000 hectares) et résultaient d’une pratique. Aujourd’hui, leur territoire s’est réduit comme une peau de chagrin (moins de 5 000 hectares).

        Le camp militaire de Montmorillon est le plus grand territoire de brandes, d’un seul tenant, dans le Montmorillonnais. Ce terrain militaire apporte en quelque sorte un témoignage de ce qu’était le paysage poitevin il y a un siècle ou deux, car les méthodes de gestion de ce site (1 650 hectares) n’ont jamais changé. Grâce à l’occupation militaire, le site a peu évolué et s’est enrichi au niveau de la faune et de la flore.

        Le secteur n’étant pas accessible au public, cette fiche a été élaborée à partir de divers études, articles de presse et témoignages dont celui du Conservatoire d'espaces naturels qui en assure la coordination de gestion par le biais d'une convention passée avec le Ministère de la Défense et autres documents usuels (carte IGN, photographies, photographies aériennes).

          
         
          I2 - LA PERCEPTION SENSIBLE DES PAYSAGES DE BRANDES DU POITOU
            


          Il existe quelques récits sur les brandes mais pas de représentations picturales ou de photographies. Les guides touristiques n’en parlent pas. Le terme évoque néanmoins quelque chose dans l'imaginaire collectif : il est synonyme de lande et de pauvreté. Il nous rappelle de vastes étendues plates non cultivées et couvertes de broussailles où les moutons paissaient. Aujourd’hui, le camp militaire est un reliquat des brandes qui restera dans l’imaginaire puisqu’il demeure inaccessible.

          Le camp militaire s’étend sur 1 650 hectares et est constitué pour sa plus grande partie de brandes (environ 900 hectares). Les étangs, les bois, les pare-feu et les prairies se répartissent sur le reste du site. Dans ce paysage, les étangs ont des contours très sinueux qui ne se révèlent pas du premier coup d’œil. De la même façon, les bois ont une emprise irrégulière et par endroit se prolongent par des zones enfrichées. La limite entre les deux est souvent floue. Les brandes s’étendent partout ailleurs et ne dessinent pas de parcelles facilement identifiables comme dans les zones cultivées. Seul les chemins structurent cet ensemble surtout lorsqu’ils sont accompagnés d’un alignement d’arbres.

          Au nord-est du camp, à côté de Saint-Léomer, l’organisation des parcelles est marquée. Chaque prairie est entourée d’une haie parfois discontinue d’arbres et arbustes. Ces parcelles sont encore utilisées par des agriculteurs pour le pâturage des ovins ou le fauchage.

          La moitié nord du terrain est plus boisée que l’autre. Ce ne sont pas des boisements remarquables mais plutôt des friches avancées où arbres et arbustes se mélangent. Les espèces sont plutôt colonisatrices. Les bois au nombre de trois, la Bodinière au nord-est, la Gadinière au sud-ouest et le bois Gâché ne sont pas exploités. L’ancien bocage est encore visible lorsque la friche n’est pas trop avancée.

          Dans la moitié sud, les grandes étendues de brandes dominent, ponctuées d’arbres. Les brandes sont composées de bruyères à balai (la "brande") et d’autres variétés de bruyères. Les ajoncs viennent apporter l’aspect spécifique : tâches jaunes contrastantes des floraisons d'ajoncs parmi les teintes de feuillages persistants (verts foncés à vert grisâtres) des diverses bruyères (aux floraisons plus discrètes).

            
           
            I3 -LES BRANDES DU POITOU DANS LE CONTEXTE REGIONAL
              


            Ce secteur côtoie au nord les terres de brandes(202) et partout ailleurs le bocage des terres froides(306). Les passages de l’un à l’autre se font progressivement. En effet, le terrain se situe à la jonction de ces deux grands ensembles paysagers et de ce fait, sous leurs influences. Ainsi le camp comporte à la fois des brandes et du bocage.

            Mais le camp étant interdit d’accès au public, sa visibilité depuis les routes et chemins est particulièrement réduite.

              
             
            I4 - L'ANALYSE PAR MOTIFS
              


            A - LE RELIEF ET LES ROCHES

            Le camp militaire est situé sur un plateau dont l’altitude varie de 130 à 150 mètres. Le relief est donc peu marqué, aucune vallée n’est présente sur le site excepté la micro vallée constituée par l’exutoire de l’étang de Gardaché. Mais elle est peu appréciable à cause de la présence de la forêt, d’ailleurs remarquable pour la station botanique d'une graminée plutôt rare dans le secteur (la laîche allongée : Carex elongata) qu’elle abrite.

            B - L'EAU ET SES MANIFESTATIONS

            L’eau sur le site est présente plutôt sous forme stagnante. Une dizaine de mares de 2 à 20 hectares dont quatre sont périodiquement en eau ou tourbeuses ponctuent l’espace. De plus, les terres se gorgent d’eau en hiver dans certaines zones.

            Les étangs présents dans ce site mais aussi dans toutes les terres de brandes (202), ne sont pas naturels. Ils ont été créés par l’homme avec des systèmes de retenue d’eau pour apporter une richesse au pays.

            En effet, ils permettent la pisciculture : les poissons sont alimentés en matière organique par la culture de céréales une fois l’étang vidé et curé tous les 6 ans. Leur remise en eau se fait naturellement par les pluies d’hiver.

            C - LA VEGETATION

            Les brandes confèrent à ce secteur une personnalité forte. Un coupeur professionnel les exploite depuis plusieurs années.

            La forêt occupe 300 hectares, c’est-à-dire 20 % du camp ce qui est déjà important par rapport aux terres de brandes. D'après les photographies aériennes, on remarque qu’une partie de la forêt s’est constituée au détriment des brandes ou du bocage après l’abandon des terres par les agriculteurs et la constitution du camp militaire.

            Les terres sont pauvres et la croissance annuelle des arbres est faible ce qui en fait parfois des "bonsaïs naturels". Le port de l’arbre et sa silhouette sont alors spectaculaires. Par exemple, le chêne devient tortueux, très ramifié et de taille moindre.

            Les bois sont composés de futaie et surtout de taillis de chêne rouvre avec un sous-étage de merisier, d’alisier torminal, de houx et de frêne. Un boisement pur de chêne tauzin à la Doretière avec son feuillage particulier donne une ambiance intéressante, et constitue un peuplement exceptionnel au niveau du Poitou.

            Les étangs et leur cortège végétal de zones humides dont les roseaux, viennent contraster avec les milieux secs de la lande. Les ambiances dans ce site sont donc variées grâce à une végétation présente sous de multiples aspects ; ceci étant lié à la diversité des milieux, eux-mêmes liés au climat, au sol, la topographie...

            D - LE BATI, LES MOTIFS CONSTRUITS

            Ce secteur est particulier puisque les seules constructions sont celles du camp militaire. Elles datent d’avant la création du camp en 1956 sauf pour le réfectoire (construction métallique). Les anciennes fermes à la Bodinière, Sainte-Clothilde et Sebiou sont utilisées lors des séjours des soldats comme zone de vie, de bivouac, et pour Sebiou, le bâtiment est en attente de démolition.

            Le bâti a les mêmes caractéristiques que dans les terres de brandes (202). Il est rare et se dissémine dans le territoire sporadiquement ce qui contribue à assurer la prédominance des éléments végétaux.

            E - LES RESEAUX (routes, lignes électriques…)

            Une seule route nord-sud goudronnée structure le camp. Les autres sont plus nombreuses mais en terre et parfois accompagnées de végétal. Un réseau plus dense encore de cheminements quadrille l’espace à une plus petite échelle.

              
              II -LES DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE
                
               
              II1 - LES PRINCIPALES DYNAMIQUES DES BRANDES DU POITOU
                


              A - RAPPELS HISTORIQUES

              Le terme de brandes signifie en vieux français "brûler" et désigne le tison en allemand ("das Brand"). L’existence de cette formation remonte au XVIIe siècle suite à la surexploitation de la forêt pour alimenter en combustible les forges à minerai de fer de la zone alentour. Cette surexploitation a appauvri le sol qui était déjà pauvre et devenait complètement incultivable. Les brandes se sont alors développées. Elles étaient utilisées comme combustible, fourrage "pour les pauvres paysans" et surtout constituaient le toit des habitations.

              Au XIXe siècle avec la modernisation de l’agriculture, des essais de mise en culture ont été tentés avec des amendements mais ils ont tous échoué. Des haies ont été plantées surtout dans les vallées et l’élevage ovin dominait toujours.

              Au XXe siècle, les forces de l’OTAN ont acquis à l’amiable ou en expropriant les fermes de l’est de Montmorillon. Les dernières parcelles ont été achetées en 1956. Des troupes américaines ont occupé le camp jusqu’en novembre 1966 où les autorités françaises ont pris possession du terrain. En février 1975, la garnison de Montmorillon est créée.

              De façon générale, le pays montmorillonnais cherche à se débarrasser de l’image de terres de brandes et à moutons pour favoriser une image de tourisme rural plus valorisante.

              B - EVOLUTIONS EN COURS LES PLUS MARQUANTES

              La dynamique en cours la plus importante est végétale ; les milieux tendent à se fermer et à disparaître avec leur cortège végétal spécifique. Mais, l’armée et le Conservatoire d’Espaces Naturels de Poitou-Charentes ont signé une convention en 1997 pour la gestion de ce territoire qui va permettre d’entretenir la diversité des milieux, de la faune et la flore.

              Dynamique environnementale :
              Avec les landes de la Double dans le sud de la Charente et de la Charente-Maritime, les brandes de Montmorillon dans la Vienne constituent les deux ensembles majeurs d’affleurements de terrains siliceux ou argilo-siliceux propices à ce type de biotope dans la région. Comme les pelouses sèches, elles ont pour origine, après le défrichement d’une forêt primitive, le pâturage extensif du bétail sur des terrains inaptes aux cultures. En fonction de la perméabilité du substrat, on en distingue plusieurs types : landes sèches, landes moyennement humides et landes tourbeuses qui voisinent souvent avec de véritables tourbières formant alors des complexes écologiques d’une grande valeur biologique. Le maintien de la diversité de tels milieux, par des modes de gestion appropriés et sur un territoire plutôt restreint à l'échelle régionale, permet, par voie de conséquence, d'entretenir un type de paysage devenu aujourd'hui largement singulier.

                
               
              II2 - LE DIAGNOSTIC PAYSAGER
                
              A - ATOUTS ET FAIBLESSES

              Ce secteur est donc très intéressant du point de vue du paysage, de la diversité des milieux, de la faune et de la flore. De plus, il constitue la mémoire de ce qu’étaient les brandes autrefois, aujourd’hui disparues presque entièrement. Le site appartenant à l’armée, n’est pas ouvert au public ; c'est aussi le gage de sa pérennité.

              B - MENACES

              Certains types de landes présents dans la région, comme les landes humides ou tourbeuses, sont considérés comme fortement menacées au niveau européen et inscrits en tant que telles à l’annexe III de la Directive Habitats de la CEE (1989). Du fait, dans la région, les landes sont soumises à de nombreuses menaces et elles ont connu au cours des dernières décennies une très forte régression tenant à trois causes essentiellement :
              - le défrichement en vue de la mise en culture, et ce, malgré les caractéristiques peu favorables de leurs sols souvent engorgés d’eau en hiver et trop secs en été mais toujours pauvres en substances nutritives (en partie compensées par un apport important d’engrais),
              - l’enrésinement (qui substitue à un écosystème complexe, un milieu pauvre et souvent simplifié à l’extrême). Les landes de la Vienne disparaissent ainsi rapidement, sous l’effet d’une politique très active d’enrésinement, notamment à base de pin maritime.
              - conséquemment au point précédent, l'enrésinement est souvent précédé dans les secteurs très humides de drainages profonds qui endommagent irrémédiablement les rares tourbières.

                
               
              II3 - LES MESURES EN COURS
                


              Le secteur est concerné par une Zone d’Intérêt Communautaire pour les Oiseaux (ZICO) et par la directive Habitat.

                
               
              II4 - QUELQUES BOÎTES A IDEES
                


              POUR LA PLANIFICATION

              Pistes d'action

              Ce secteur pourrait faire l’objet d’un livre de photos, d’une exposition ou d’une vidéo permettant à chacun de se représenter ces paysages.
              Il serait intéressant qu'une visite guidée soit organisée exceptionnellement une fois par an.

              Bibliographie spécifique

              - Comité de Pilotage (18/12/1997), mission terrain militaire de Montmorillon. (CPIE Val de Gartempe),
              - Plan de gestion du terrain militaire de Montmorillon. Partie 1 : cahier de terrain / Conservatoire d'espaces naturels / CPIE Val de Gartempe. (Document de travail du 26 mai 1998),
              - Circonscription militaire de défense de Limoges. Journée Défense/Environnement, 18 Avril 1997,
              - Le Courrier de la Nature n°167, novembre - décembre 1997, (Page 22-23),
              - Articles de presse :

              Centre Presse Couleur Vienne du 22/04/97 et 19-20/04/97 (page 3)
              La Nouvelle République du Centre Ouest du 19-20/04/97 (page 2)
              L’actualité Poitou-Charentes n°40 (page 47),

              - La Lettre du Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes (n°5, Octobre 1995),
              - Carte IGN au 1/25 000 n°1928 E. 1978 et 1991.
              - La Vienne Paysage en liberté. Brissaud-Editions, 1993.

                
               
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              I -L'AMBIANCE PAYSAGERE
               
              I1 - LES REPRESENTATIONS : les modèles littéraires, picturaux…
                


              Cet endroit ne ressemble à aucun autre et sa gestion est spécifique. Il constitue une véritable "attraction" paysagère beaucoup plus discrète et réduite que le Marais Poitevin, mais néanmoins tout aussi étrange … À la différence de la Venise Verte, les images que peut donner le Pinail ne sont pas aussi pittoresques, aussi aimables. Ainsi, très peu de photos le représentent. En revanche, l’histoire très particulière du lieu en fait une sorte de "friche industrielle" dans la mesure où il découle de l’abandon de pratiques "intensives" d’extraction de pierres de meules. Il y a gagné une grande richesse environnementale et une grande force paysagère.

                
               
                I2 - LA PERCEPTION SENSIBLE DE LA RESERVE DU PINAIL
                  


                Quelque chose de mystérieux se dégage des ambiances du Pinail : on ne peut raccrocher à aucune référence connue les dispositions qui se présentent au visiteur. Jean Pitié parle même de la lune pour tenter de trouver une accroche imaginaire.

                On n'y entre pas par hasard. Le statut spécifique de réserve impose un accès contrôlé comme dans un jardin… Le lieu interpelle autant les sens que l’imaginaire. On circule en louvoyant entre des mares, et les éléments semblent appartenir à un autre monde que celui du quotidien. Des panneaux indiquent l’origine des trous formés par l’ancienne exploitation des pierres à meules. Ces pierres, de très bonne qualité, étaient parfois acheminées ensuite par voies d'eau.

                À la façon d'ancienne mine, c’est le temps qui s’impose comme la principale composante du paysage : le temps révolu de l’exploitation laissant ses marques grêlées d'une part ; le temps passé, durant lequel s’est installée une végétation spécifique au bord des mares. C'est aussi le souvenir des brandes disparues pour ainsi dire de la région mais encore présentes ici, et du pacage des moutons maintenu également. Même les cabanes artisanales rappellent un temps très lointain (en se rapprochant des huttes que l'on rencontre aux tumulus de Bougon) et évoquent des modes de vie ancestraux…

                Ce n’est pas un paysage pittoresque, il ne se raccroche pas aux belles représentations de la peinture et de la photographie, mais il s’en dégage une puissance rare au sein d’une relative rudesse.

                  
                 
                    I3 -LA RESERVE DU PINAIL DANS LE CONTEXTE REGIONAL
                      


                    Le Pinail forme une clairière creusée dans la forêt de Moulière, dont le nom lui-même fait référence à la présence des pierres à meules. L’ensemble se situe dans le grand territoire des terres de brandes.

                    Aucune route importante ne s’approche du Pinail : il faut s’y rendre spécifiquement. En revanche, il est desservi par le chemin de Grande Randonnée dit "les batailles de Poitiers".

                    Il n’y a pas de points de vues élevés à proximité immédiate du site permettant de l’embrasser dans son ensemble. Pour avoir une perception d’ensemble, il faut le survoler. Ce fait apporte un élément supplémentaire à sa singularité, comme en témoignent les photos aériennes.

                      
                     
                    I4 - L'ANALYSE PAR MOTIFS
                      


                    A - LE RELIEF ET LES ROCHES

                    L’ensemble est plat, ce qui renforce la présence des multiples mares installées dans les cavités de l’ancienne exploitation. La roche est ainsi présente à la fois dans l’imaginaire et par une légère mise en scène : une meule à l’entrée et quelques meulières plus petites de loin en loin.

                    B - L'EAU ET SES MANIFESTATIONS

                    L'eau très présente dans les cavités a pris la place laissée par les pierres. C’est sa présence qui a permis le développement d’un milieu spécifique et qui dessine ce paysage très singulier.

                    C - LA VEGETATION

                    L'histoire particulière du lieu (cf. ci-dessous) permet la présence de la végétation des brandes et des espèces spécifiques des rives des mares.

                    D - LE BATI, LES MOTIFS CONSTRUITS

                    Quelques cabanes vouées aux moutons et certains édifices liés à l’accueil et à l’information des visiteurs animent le Pinail et contribuent à donner au lieu sa densité historique.

                      
                      II -LES DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE
                        
                       
                      II1 - LES PRINCIPALES DYNAMIQUES DE LA RESERVE DU PINAIL
                        


                      Au Moyen Âge, le Pinail était une exploitation de pierres meulières. Épuisée, elle a suivi ensuite une évolution naturelle.

                      Sa richesse environnementale et son statut de Réserve Naturelle en font un territoire géré spécifiquement selon les objectifs de préservation des dites richesses. Ce site, dont la gestion est aujourd'hui particulièrement suivie, ne présente pas d'évolution notable en terme de paysage.

                        
                       
                      II2 - LE DIAGNOSTIC PAYSAGER
                        
                      ATOUTS ET MENACES

                      Cet endroit forme un paysage surprenant, original et d’une grande qualité. Les objectifs de gestion actuels coïncident avec les qualités paysagères du lieu. Le statut de Réserve Naturelle offre toutes les garanties de pérennisation.

                        
                       
                      II3 - LES MESURES EN COURS
                        


                      MESURES DE PROTECTION

                      Ce secteur est une Réserve Naturelle d’une superficie de 135 hectare

                        
                       
                      II4 - QUELQUES BOÎTES A IDEES
                        


                      A - POUR L'AMENAGEMENT

                        Le statut et la gestion actuels permettent aux qualités paysagères du Pinail d’être maintenues et proposées aux visiteurs. Une mise en scène et un accueil, orientés principalement sur la pédagogie, mettent en valeur les particularités historiques du lieu.

                        Seuls certains détails (clôtures, panneaux…) pourraient trouver plus encore leur place dans l’ambiance mystérieuse du lieu, qui apporte à la région un de ses paysages les plus puissants, et en même temps très lié à l’identité régionale.

                        B -POUR L'EVOLUTION DES MODES DE LECTURE, L'EVOLUTION DU REGARD

                        Si l'intérêt écologique de ce secteur est particulièrement reconnu et identifié, il n'en est pas de même pour son intérêt paysager. Il serait intéressant de mettre en œuvre la production de représentations propres à révéler cette dimension (dessins, photographies voire littérature…), en la rapprochant d'autres dimensions spécifiques telles qu'historiques, sociales ou culturelles.

                          
                         
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                        I -L'AMBIANCE PAYSAGERE
                          


                        Ce bocage particulièrement dense, qui autrefois constituait de vastes étendues, couvre actuellement un faible territoire. Il est la trace d’anciennes pratiques agricoles et d’autres modes de vie. Le paysage des communes de Bougon et Avon a été comme figé dans le temps depuis les années cinquante. Tout autour, les parcelles ont été remembrées et le paysage a changé. Le terrain militaire d’Avon, suite à une gestion particulière, possède une flore et une faune très riches.

                        N'étant pas accessible au public, tout comme le terrain militaire de Montmorillon, cette fiche a été élaborée à partir de diverses études, articles de presse et témoignages (notamment du Conservatoire d'espaces naturels de Poitou-Charentes qui en coordonne la gestion auprès des militaires) ; et documents divers (carte IGN au 1/25000ème, photographies et photographies aériennes)

                         
                        I1 - LES REPRESENTATIONS : les modèles littéraires, picturaux…
                          


                        Le bocage (cf. chapitre sur les types de paysages du même nom) reste dans l’imaginaire une idée de campagne "pastorale", arborée, variée, calme et authentique, dont les représentations mentales sont des petites scènes au sein desquelles les arbres, les prés, les animaux, composent un cadre accueillant, plaisant et frais. La particularité du bocage d’Avon-Bougon-Exoudun est son inaccessibilité au public. Il génère donc mystère et curiosité. Nous l’imaginons, et sa connaissance passe pour le plus grand nombre, par l'intermédiaire exclusif de la représentation (photographies, témoignages), ce qui est loin d'être anodin en terme de paysage.

                          
                         
                          I2 - LA PERCEPTION SENSIBLE DES BOCAGES DE BOUGON-AVON
                            


                          La plupart des éléments de perception de ce paysage renvoient aux éléments relatifs aux autres bocages (s'y référer), tout en accentuant certains caractères.

                          Le cloisonnement du territoire par les haies et les bosquets conditionne fortement la perception : la vue s’arrête à la haie épaisse. Néanmoins, certaines de ces haies (peu entretenues) sont discontinues et offrent des passages "sauvages" aux troupeaux de bovins. Il a néanmoins la particularité d’être très dense, très serré (certaines parcelles ont conservé des dimensions très restreintes que l'on ne retrouve plus dans la plupart des bocages). Les parcours offrent des successions de "pièces" et de surprises propices à l'entraînement des troupes militaires.

                          De nombreux ormes qui demeurent sont ­comme presque partout ailleurs­ morts et non remplacés. Leurs silhouettes participent à l’ambiance singulière du site. De plus, des parcelles sont abandonnées et s’enfrichent doucement. Des petites parcelles de vignes ponctuent le bocage en limite ouest du camp militaire.

                            
                           
                            I3 -LE BOCAGE DE BOUGON-AVON DANS LE CONTEXTE REGIONAL
                              


                            A - LES FRANGES OU L'IMPORTANCE DE LA NATURE DES CONTACTS DU BOCAGE DE BOUGOU-AVON AVEC LES SECTEURS VOISINS

                              Ce secteur côtoie à l’ouest et à l’est le secteur bocager des terres rouges bocagères (305), au nord et au sud, celui des plateaux de Pamproux et de Lezay (105). A l’ouest et à l’est, la transition est progressive alors que celle au nord et au sud est inexistante. L’espace cloisonné du bocage est remplacé par l’espace ouvert des grandes plaines cultivées. L’échelle du paysage change, le contraste est important.

                              B - L'IMAGE DU BOCAGE DE BOUGON-AVON DEPUIS LES RESEAUX DE ROUTES ET CHEMINS

                              Le camp est interdit d’accès au public. Il se perçoit néanmoins fortement depuis les routes qui le longent par l'alternance de haies opaques et volumineuses et des prairies qui apparaissent telles des échancrures dans un vaste massif d'arbres et arbustes (perception au sol depuis la route).

                              C -LES PRINCIPAUX POINTS DE VUE SUR LE BOCAGE DE BOUGON-AVON

                              Sur la crête des coteaux proches, mais de façon relativement lointaine. La transition entre ce secteur et les espaces agricoles remembrés qui l'environnent immédiatement est particulièrement perceptible depuis le site voisin de la Côte Belet, dont le Conservatoire d'espaces naturels de Poitou-Charentes est propriétaire.

                                
                               
                              I4 - L'ANALYSE PAR MOTIFS
                                


                              A - LE RELIEF ET LES ROCHES

                                Ce secteur est situé sur un plateau variant de l’altitude 100 m à 140 m. Il est traversé au nord par la vallée des Ayrault. Des micro vallées, sèches en été et transversales à celle-ci, créent de légers vallonnements dans le plateau.

                                B - L'EAU ET SES MANIFESTATIONS

                                L’eau est très active en circulation souterraine à travers les assises calcaires. A la surface, les dolines (petites dépressions fermées appelées gouffres dans cette région), des vallons inondés faiblement en hiver, des puits profonds et rares reflètent ces phénomènes souterrains. De multiples mares parsèment le secteur.

                                Dans ce secteur, au nord du camp militaire, la "fosse au roi" est une doline inactivée depuis longtemps. A Bougon, la "fosse ronde" donne naissance au ruisseau le Bougon et à l’est du camp, le "Gouffre le Creux Fendu", le "Gouffre de l’Ortiou" et le "Gouffre du Pré Durci" sont encore en activité.

                                C - LA VEGETATION

                                Élément principal du bocage, la haie structure l’espace et l’essentiel des motifs visibles. La densité du réseau des haies détermine donc l’ambiance des secteurs de bocage. Mais la position, la composition des haies et leur mode d’entretien sont également importants pour déterminer la perception des paysages.

                                Dans ce secteur, différents types de haies se rencontrent :

                                - celles en bordure de route, dégradées et constituées d’un linéaire de roncier,
                                - celles en plein champs buissonnantes,
                                - celles doubles, typiques du bas pays, séparées par un fossé évacuateur des eaux,
                                - celles arborescentes des chemins ruraux aux espèces variées dont l’orme adulte a disparu.

                                Elles sont composées d’ormes champêtres en rejet, aubépines, prunelliers, érables champêtres, troènes, cornouillers sanguins, merisiers, cormiers, …

                                Le maillage des haies, reflet du parcellaire, marque les différents vallons par son implantation soit en parallèle de l’axe de la vallée soit en perpendiculaire sur les pentes.

                                Les parcelles entourées de haies sont de très petites tailles. Elles varient de 0,5 à 10 hectares pour les plus grandes, ce qui donne 177 m de linéaire de haie par hectare en moyenne pour Bougon.

                                D - LE BATI, LES MOTIFS CONSTRUITS

                                Ce secteur est particulier puisque les seules constructions sont celles du camp militaire. Elles datent d’avant la création du camp en 1956. Les anciens bâtiments agricoles (peu nombreux), l’école et la mairie sont utilisés lors des séjours des soldats. Leur spécificité tient à la rénovation homogène par les militaires des toitures (de couleur rouge).

                                E - LES RESEAUX (routes, lignes électriques…)

                                L’ancienneté du parcellaire, durabilisé par la fixité des haies, conduit à un réseau dense de petites routes et d’innombrables chemins, aux parcours pas toujours directs, qui contribuent au sentiment d’enfouissement que procure le bocage. Par contraste, les routes récentes semblent appartenir à un autre territoire. Quant aux routes, elles occasionnent une certaine frustration : les haies qui en bordent les principales sont le plus souvent entretenues à l’économie, taillées verticalement sans transparence, et ne présentent que trop peu d’échappées visuelles sur ce bocage…

                                  
                                  II -LES DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE
                                    
                                   
                                  II1 - LES PRINCIPALES DYNAMIQUES DES PAYSAGES SINGULIERS
                                    


                                  EVOLUTIONS EN COURS LES PLUS MARQUANTES

                                  En 1956, l’État acquiert les deux tiers de la commune d’Avon pour l’ENSOA (École Nationale des Sous-Officiers d'Active) et installe un terrain militaire. L’accès au site est alors interdit et en 1979, un droit de pacage et de récolte des herbages est accordé au groupement de communes sur lesquelles s’est installé le camp. Ceci explique la stabilité relative du paysage du terrain militaire.

                                  De plus, aucun remembrement n’a été réalisé avant la création du camp, ni après, mais le remembrement des communes de Bougon, Exoudun et la partie sud d’Avon vient d’être terminé en 1998 (demande posée en 1984, 88). Le paysage limitrophe du camp est amené à évoluer dans les prochaines années dans des proportions à cet instant inconnues (Renseignements obtenus auprès du chargé du remembrement du secteur de la Direction Départementale de l'Agriculture et de la Forêt des Deux-Sèvres).

                                  La comparaison des cartes IGN au 1/25 000 de 1963 et 1996 révèle un maillage bocager peu changé entre Bougon, Avon et Exoudun. Par contre, le réseau de chemins de terre accompagné de haie a diminué. Il est moins dense et moins de haies l’accompagnent.

                                  Les territoires au nord (Pamproux) et au sud (Chenay et Saint-Sauvant) ayant beaucoup changés avec les remembrements, aujourd'hui, le bocage dense laisse immédiatement place aux grandes parcelles de culture céréalière. Ceci explique la limite du secteur très marquée au nord du camp militaire et aussi au sud en contact avec Chenay et Saint-Sauvant.

                                  En août 1988, la totalité du terrain militaire d’Avon a été classé en ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique) et sa gestion est contrôlée par une convention tenant compte à la fois de la nécessité de protéger les richesses écologiques du milieu et des contraintes d’utilisation militaire.

                                  Le contrôle de la friche par pâturage et fauchage influence favorablement les milieux, leur faune et leur flore. Une O.LA.E. (Opération Locale Agri Environnementale) inclut tout le terrain militaire. Le Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes en réalise le suivi scientifique.

                                    
                                   
                                  II2 - LE DIAGNOSTIC PAYSAGER
                                    
                                  ATOUTS, FAIBLESSES, POTENTIALITES, MENACES

                                  Ce secteur, très intéressant du point de vue du paysage, de la diversité des milieux, de la faune et de la flore n’est pas ouvert au public.

                                    
                                   
                                  II3 - LES MESURES EN COURS
                                    


                                  A - MESURES DE PROTECTION

                                    Le terrain militaire d’Avon est inventorié en ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique) depuis 1988. Les ZNIEFF n’ont pas de valeur juridique ou réglementaire. Il appartient aux collectivités locales concernées de veiller à ce que les documents d’aménagement et d’urbanisme assurent la pérennité de la zone.
                                    L’OLAE Haut Val de Sèvre (1998) permet de mieux gérer le site.

                                    B - OPERATIONS D'AMENAGEMENT

                                    Un projet de création de réservoirs tampon est en cours, ses conséquences sur le régime hydraulique de la vallée des Ayrault peuvent être néfastes pour la diversité des milieux et donc celle de la faune et de la flore.

                                      
                                     
                                    II4 - QUELQUES BOÎTES A IDEES
                                      


                                    POUR L'EVOLUTION DES MODES DE LECTURE, DES REGARDS

                                    Ce secteur pourrait faire l’objet d'une production de représentations (dessins, photographies), d’une exposition ou d’une vidéo, permettant aux gens de se le représenter ; une visite guidée pourrait être exceptionnellement organisée une fois par an.

                                    Le point de vue depuis la Côte Belet contient un potentiel pédagogique "exploitable" en terme de lecture paysagère sur le secteur.

                                    Bibliographie spécifique

                                    - Recommandation de gestion du terrain militaire d’Avon. Décembre 1995. Auteur : Centre Permanent d’Initiation à l’Environnement du Pays de Gâtine Poitevine.
                                    - Terrain militaire d’Avon (Deux-Sèvres) : éléments d’évaluation et de gestion du patrimoine écologique du site. Rapport de synthèse. Août 1995. Auteur : Cellule de Recherche Appliquée, Centre d’Études Biologiques de Chizé, Centre Nationale de la Recherche Scientifique.
                                    - Carte IGN au 1/25 000e n°1628 E de 1996 et 1963
                                    - Photo aérienne noir et blanc de 1990, n°1777 et 1778
                                    - DDAF des Deux-Sèvres, 68 rue Alsace Lorraine, 79022 Niort Cedex.
                                    - Le Courrier de la Nature n°167. novembre - décembre 1997. Page 20-21

                                      
                                     
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                                    Opérateur technique : ORE - http://www.observatoire-environnement.org - liste des pages
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